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CRITIQUES DE CONCERTS 22 février 2018

Première à l’Opéra de Paris de l’Eugène Onéguine mis en scène par Dmitri Tcherniakov, par la troupe du Bolchoï sous la direction d’Alexander Vedernikov.

Un repas assez indigeste
© Damir Yusupov

Ekaterina Shcherbachenko (Tatiana)

Malgré quelques belles idées, cette production d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski signée Dmitri Tcherniakov et importée du Bolchoï, bloquée dans un beau mais difficile décor unique, ne parvient pas à convaincre en ouverture de saison 2008-2009 de l’Opéra de Paris. Une médiocre exécution musicale ne sauve rien.
 

Palais Garnier, Paris
Le 11/09/2008
Gérard MANNONI
 



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  • C’était apparemment le spectacle à la mode, celui qu’il fallait voir. Le Bolchoï de Moscou avec tous ses effectifs faisait l’ouverture de la saison lyrique au Palais Garnier, en pendant au New York City ballet qui assurait l’ouverture de Bastille. Même pour la dernière des six représentations, le Tout-Paris des amateurs de lyrique était là. Annoncée comme sulfureuse, la production n’est en fait qu’une demi-réussite, ou un demi-échec comme on voudra, mais elle souffre surtout d’une exécution musicale de bas niveau à tous égards, au moins avec cette distribution.

    En ces temps où les metteurs en scène font la loi et servent d’appât à un public de plus en plus incapable de distinguer un bon chanteur d’un moins bon ou même d’un mauvais, parlons donc, pour commencer, du spectacle. Dmitri Tcherniakov a choisi la solution du lieu unique, une vaste salle à manger meublée d’une très grande table ovale autour de laquelle et devant laquelle toute l’action va se dérouler.

    Comme presque toujours en pareil cas, même si le décor est séduisant, bien éclairé, généralement bien utilisé, on butte sur des incohérences, sur ces moments où le lieu n’est plus utilisable avec un minimum de vraisemblance pour l’action. On se livre alors à d’acrobatiques contorsions cérébrales pour tenter de justifier ce choix. L’exemple le plus frappant est ici celui du duel : comme il ne peut vraiment pas avoir lieu dans la salle à manger de Madame Larina, il devient une sorte de bagarre entre Onéguine et Lenski. Le coup part involontairement et tue Lenski. Pas compliqué, non ? Mais surtout pas honnête du tout, M. Tchernikov !

    Et puis, au dernier tableau, cette entrée d’un Onéguine décalé face au monde des Grémine, au point de ne pas trouver à s’asseoir, de glisser sur le tapis, d’envoyer maladroitement en l’air le plat d’un serveur et de raconter sa vie à l’ensemble de cette noble société attablée, à laquelle, de plus, ne se joignent que trop tardivement le Prince et Tatiana, tout cela est totalement grotesque, puéril, hors de propos. Quelques exemples seulement, parmi d’autres options assez absurdes et même ridicules. Bien innocent, dira-t-on, si l’on songe aux libertés tellement plus grandes prises partout avec la vérité des livrets et souvent de la musique.

    En revanche, certaines idées fonctionnent, comme ces chœurs paysans du début, chantés comme des chansons à boire par les hôtes de Madame Larina. Et puis, on ne peut nier l’intelligence de la direction d’acteurs, où chaque personnage est bien défini, bien travaillé, joué « comme au théâtre dramatique ». Original et plausible aussi, le comportement de l’assistance au début de la dispute entre Onéguine et Lenski. On croit à une blague, tant cet affrontement semble contre nature, alors on rit, avant qu’une certaine angoisse ne gagne peu à peu. Somme toute, un spectacle maladroit mais non sans qualités, qui passerait mieux s’il était correctement chanté et dirigé. Même s’ils se rachètent dans une scène finale plus correctement honorée, les deux principaux protagonistes sont aussi bons acteurs que piètres chanteurs.

    Ekaterina Shcherbachenko s’efforce de tirer parti d’une voix assez ingrate, Tatiana à la peine dans la scène de la lettre. Vladislav Sulimski, aussi terne physiquement que vocalement, n’accède à quelque crédibilité qu’à l’ultime tableau. Si le ténor Andreï Duneev, Lenski à la voix aussi étriquée que son physique, et à qui l’on confie aussi l’air de Monsieur Triquet (pourquoi ?), mérite les acclamations dont il est gratifié, il faut alors construire un pont d’or pour les autres interprètes passés et présents d’un rôle où, de Shicoff à Villazón, s’illustrent encore les plus belles voix du monde. Les autres rôles sont tenus de manière plus ou moins insignifiante, sauf pour la nourrice d’Irina Udalova et le Grémine Mikhail Kazakov, assez convaincants.

    Sous la baguette molle et sans inspiration d’Alexander Vedernikov, l’Orchestre du Bolchoï apparaît tour à tour trop discret et trop clinquant. Bref, dans un théâtre comme le Palais Garnier, il eût fallu un niveau musical d’une autre tenue pour que les faiblesses d’une mise en scène finalement plus maladroite que scandaleuse s’estompent derrière ses indéniables qualités.




    Diffusion sur ARTE le lundi 10 novembre 2008 à 22h45.




    Palais Garnier, Paris
    Le 11/09/2008
    Gérard MANNONI

    Première à l’Opéra de Paris de l’Eugène Onéguine mis en scène par Dmitri Tcherniakov, par la troupe du Bolchoï sous la direction d’Alexander Vedernikov.
    Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Eugène Onéguine, scènes lyriques en trois actes (1879)
    Livret de Piotr Ilitch Tchaïkovski et Constantin Chilovski d’après le poème d’Alexandre Pouchkine.

    Chœurs et Orchestre du Théâtre du Bolchoï
    direction : Alexander Vedernikov
    mise en scène & décors : Dmitri Tcherniakov
    costumes : Maria Danilova
    éclairages : Gleb Filshtinski

    Avec :
    Irina Rubstova (Madame Larina), Ekaterina Shcherbachenko (Tatiana), Svetlana Shilova (Olga), Irina Udalova (La Nourrice), Andreï Dunaev (Lenski), Vladislav Sulimski (Eugène Onéguine), Mikhail Kazarov (le Prince Grémine), Valery Gilmanov (Zaretski).

     



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