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CRITIQUES DE CONCERTS 26 mai 2018

Version de concert de Fedra de Pizzetti sous la direction d’Enrique Mazzola au festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon 2008.

Montpellier 2008 (1) :
Fedra l’incendiaire

© Giancarlo Pastonchi

Enrique Mazzola

Le Festival Radio France et Montpellier s’est fait depuis longtemps le champion de la redécouverte d’œuvres rares. Cette année, bonne pioche : la Fedra d’Ildebrando Pizzetti, malgré le livret verbeux de Gabriele d’Annunzio, est un magnifique opéra, qui rappelle à quel point la musique au début du XXe siècle était riche d’une culture et d’un raffinement musicaux exceptionnels.
 

Opéra Berlioz - Le Corum, Montpellier
Le 16/07/2008
Laurent VILAREM
 



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  • Avec son petit centre fortifié, qu’un dédale de ruelles étend démesurément de l’intérieur, Montpellier apparaît comme la ville idéale pour un festival qui délaisse les grandes artères du répertoire et n’aime rien tant qu’à sortir des sentiers battus et présenter des découvertes musicales. Preuve encore cette année – avant la Esmeralda de Louise Bertin et la Sallustia de Pergolèse – en la présence de cette Fedra oubliée, la « fille de Minos et Pasiphaé » chère aux amoureux de Racine mais ici relue dans l’Italie de 1910 par le compositeur Ildebrando Pizzetti et le dramaturge Gabriele d’Annunzio.

    Les mélomanes connaissent de nos jours Gabriele d’Annunzio essentiellement par le Martyre de saint Sébastien que mit en musique Claude Debussy, mais on oublie l’influence qu’avait l’écrivain transalpin sur la vie culturelle et musicale de l’époque, tant Malipiero, Respighi, Mascagni notamment mirent en musique ses pièces de théâtre.

    Cette Fedra semble appartenir au plus pur de son écriture : un épisode mythologique au contenu assez violent – Fedra immolera non seulement par jalousie une thiébaine mais accusera de viol Hippolyte, l’homme dont elle est amoureuse et qui l’aura éconduite – sous le strass d’une monumentale culture ancienne, dans un déluge de noms propres, de périphrases ou de mots rares qui constituent une authentique régalade pour les cruciverbistes.

    De ce texte ampoulé, dont on suit l’intrigue avec le plaisir coupable que l’on prend à regarder un péplum, Pizzetti tire tout ce qu’il y a à prendre musicalement. Usant d’une palette qui oscille entre Strauss pour les épisodes passionnés ou voluptueux et Debussy pour les passages plus atmosphériques, le compositeur italien parvient à animer et à colorer un texte qui aurait pu n’être qu’immobile et complaisant.

    Fedra est à vrai dire un opéra bien intrigant, car plus que les grands moyens employés – chœur a cappella notamment utilisé au début du III –, c’est avant tout le portrait ambigu d’une femme vengeresse qui meurt auréolée d’une musique diaphane, heureuse d’avoir semé le malheur autour d’elle, qui questionne et qui trouble.

    Parenté musicale avec Florent Schmitt

    Cette volonté de puissance et de possession d’une héroïne qui entraînera la chute du royaume rappelle évidemment le parcours conjoint de d’Annunzio et Pizzetti qui furent très tôt et très longtemps des admirateurs du Duce italien. Et si la musique de Pizzetti devait rappeler celle d’un autre compositeur, ce serait peut-être celle d’une autre figure controversée, celle de Florent Schmitt, qui, sous la coupe d’une musique très souvent somptueuse et colorée, synthétise les préoccupations et les failles de son époque.

    Quoiqu’il en soit, le métier musical de Pizzetti est impressionnant tant la version de concert aura stimulé l’imagination et interroge peut-être encore davantage que dans une version scénique qui aurait dû affronter l’épineuse question des dialogues de la pièce.

    Outre la distribution dont on retiendra la soprano originaire de Mongolie Uran Urtnasan-Cozzoli dans le rôle de la Thiébaine et le gouleyant ténor argentin Gustavo Porta dans le rôle d’Hippolyte, on saluera la bonne prestation de l’Orchestre de Montpellier Languedoc-Roussillon sous la direction énergique d’Enrique Mazzola et surtout la prestation de la soprano Hasmik Parpian, qui malgré l’annonce d’un léger refroidissement, rayonne et triomphe d’un ouvrage lyrique qui fera bientôt l’objet d’un enregistrement discographique.




    Opéra Berlioz - Le Corum, Montpellier
    Le 16/07/2008
    Laurent VILAREM

    Version de concert de Fedra de Pizzetti sous la direction d’Enrique Mazzola au festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon 2008.
    Ildebrando Pizzetti (1880-1968)
    Fedra, opéra en trois actes (1912)
    Livret de Gabriele d’Annunzio

    Version de concert

    Hasmik Papian (Fedra)
    Gustavo Porta (Ippolito)
    Chang Han Lim (Teseo)
    Christine Knorren (Etra)
    Martin Tzonev (L’auriga Eurito d’Ilaco / Il messo)
    Mihaela Binder-Ungureanu (Gorgo)
    Uran Urtnasan-Cozzoli (La schiava tebana)
    Tomislav Lucic (Il mercante fenicio)

    Chœur d’enfants Opéra Junior
    Chœur de la Radio Lettone
    Orchestre national de Montpellier Languedoc-Roussillon
    direction : Enrique Mazzola

     


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