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CRITIQUES DE CONCERTS 20 octobre 2018

Nouvelle production de King Arthur de Purcell mise en scène par Corinne et Gilles Benizio et sous la direction d’Hervé Niquet au festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon 2008.

Montpellier 2008 (2) :
Du divertissement à l’opéra

© Marc Ginot

Gilles Benizio

C’est la problématique que soulève ce King Arthur de Purcell mis en scène avec un brio impressionnant par le couple d’humoristes Corinne et Gilles Benizio, alias Shirley et Dino. On est surpris, on rit, on s’amuse grâce également au Concert Spirituel et à Hervé Niquet, instigateur du projet, mais vient-on uniquement à l’opéra pour passer un bon moment ?
 

Opéra Comédie, Montpellier
Le 17/07/2008
Laurent VILAREM
 



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  • Le King Arthur de 1691 soulève toujours l’épineuse question : faut-il conserver l’intégralité – cinq heures tout de même ! – de la pièce de Dryden ou ne donner que les magnifiques interludes musicaux composés par Purcell ? À cette sombre question, Hervé Niquet, directeur musical du Concert spirituel, a choisi la seconde option de la plus lumineuse des façons, en donnant carte blanche à Corinne et Gilles Benizio, pour leur première mise en scène d’opéra.

    Il est d’une certaine manière réjouissant de voir les têtes d’affiche de la très populaire émission de Patrick Sébastien Le plus grand cabaret du monde, dans leurs costumes de Shirley et Dino, se frotter à un monde dont les téléspectateurs de ladite émission se sentent le plus souvent éloignés. On espérait ainsi qu’ils signent un coup d’éclat décomplexé à même de satisfaire non seulement les amoureux de Purcell mais aussi un public entièrement nouveau.

    C’est, disons-le tout de suite, en très grande partie le cas, tant la mise en scène regorge d’idées, de trouvailles et de malices étonnantes. Et si l’on trépigne les premières minutes sur son siège devant la légèreté annoncée – le chef Hervé Niquet se transformant dès le début en harangueur, changeant de vêtements plusieurs fois dans la soirée et se transformant même en irrésistible chansonnier pour un immortel On a le béguin pour Célestin ! –, on se prend petit à petit au jeu, avec les nombreuses interruptions de plateaux dues à un technicien joué par Gilles Benizio qui, s’ils prennent le risque de faire passer la musique au second plan, entraînent cette brutale constatation : on a rarement vu toute une troupe de chanteurs être aussi justes et aussi drôles sur scène !

    Entre un Roi Arthur au déhanché Michael Jacksonnien (João Fernandes), les cupidons sœurs ennemies (Chantal Santon-Jeffery et Ana Maria Lubin), ou des prêtres portés sur la dive bouteille interprétés par Mathias Vidal et Marc Mauillon, on finit par rire de bon cœur et par s’avouer, tout mélomane spécialisé que l’on soit, qu’on a même rarement été aussi surpris à l’opéra.

    Car a-t-on déjà vu l’apparition de skieurs norvégiens en plein milieu d’un acte, ou plus iconoclaste encore, l’odeur dans une salle de spectacle d’un véritable barbecue avec vraies saucisses pour les ripailles du dernier acte ? Mieux encore, la production tisse un territoire poétique avec des costumes et des décors dans la lignée d’Ubu Roi de Jarry, si bien que tous, des mélomanes avertis aux plus novices, reconnaissent avoir passé un « agréable moment », pour reprendre l’expression si souvent employée à la sortie des théâtres.

    Une absence criante de nostalgie

    Mais la restriction – et elle est capitale – arrive: l’opéra n’est-il pas cet endroit où le drame est de rigueur ? Sans aller jusqu’à affirmer comme Gerard Mortier qu’on ne va pas à l’opéra pour se divertir, cette profusion d’idées comiques, d’avant et d’arrière-plans, passe notamment entièrement à côté de la nostalgie de l’œuvre de Purcell. Dans un environnement hippie-communautaire pour la scène des bergers, Gilles et Corinne Benizio ne feront par exemple aucun sort à des phrases comme « ne laissez pas la jeunesse sans jouir de la vie », ou « quand la jeunesse s’en sera allée, tous les hommes vous flatteront mais aucun ne vous désirera ».

    De même, pourquoi détourner l’attention par des pitreries superflues lors du sublime air du froid d’Arthur – popularisé dans l’excès inverse avec look gothique et teint pâle par le chanteur allemand Klaus Nomi dans les années 1980 ? Ne faut-il pas parfois donner à entendre simplement la musique et faire miroiter à l’auditeur ce qu’il est déjà en train de perdre ? C’est dans cette héroïsation de la souffrance et de la mélancolie que s’entrouvre le plus souvent la voie du souvenir à l’opéra.

    Shirley et Dino sont ainsi passés à deux doigts mais de façon radicale à côté du parfait spectacle populaire que leur talent était pourtant à même de produire.




    Opéra Comédie, Montpellier
    Le 17/07/2008
    Laurent VILAREM

    Nouvelle production de King Arthur de Purcell mise en scène par Corinne et Gilles Benizio et sous la direction d’Hervé Niquet au festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon 2008.
    Henry Purcell (1659-1695)
    King Arthur, semi-opéra en cinq actes (1691)
    Livret de John Dryden

    Chantal Santon-Jeffery (dessus)
    Ana Maria Lubin (dessus)
    Mélodie Ruvio (bas-dessus)
    Mathias Vidal (haute-contre)
    Marc Mauillon (taille)
    João Fernandes (basse)

    Chœur et Orchestre du Concert Spirituel
    direction : Hervé Niquet
    conception et mise en scène : Corinne & Gilles Benizio
    costumes : Catherine Rigault
    éclairages : Jacques Rouveyrollis

     


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