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CRITIQUES DE CONCERTS 13 décembre 2017

Création française de l’opéra Frühlings erwachen de Benoît Mernier dans la mise en scène de Vincent Boussard et sous la direction de Daniel Klajner à l’Opéra national du Rhin.

La grande tradition belge
© Alain Kaiser

La Belgique deviendrait-elle le pays des grands opéras contemporains ? Après les œuvres de Philippe Boesmans, Frühlings erwachen de son élève Benoît Mernier étonne, pour sa création française à l'Opéra du Rhin. L'alliance de la musique et de la mise en scène est telle que le spectacle se révèle absolument somptueux.
 

Opéra du Rhin, Strasbourg
Le 19/09/2008
Laurent VILAREM
 



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  • On a gardé du directorat de Gerard Mortier à la Monnaie de Bruxelles le souvenir de créations parfaitement abouties de Philippe Boesmans, telles la Ronde, Conte d'hiver, où le compositeur, le metteur en scène (Luc Bondy) et le chef d'orchestre (Sylvain Cambreling) agissaient à la manière d'une triade. Le succès de la création de Frühlings erwachen de Benoit Mernier dans la capitale belge en mars 2007 semblait renouveler ce coup d'éclat, et sa reprise, avec les mêmes interprètes, à l'Opéra du Rhin, confirme l'excellence du spectacle.

    Adapté de la pièce éponyme de Wedekind, l'auteur de Lulu, Frühlings erwachen ne joue aucunement la carte de l'inédit : l'opéra évoque le destin tragique d'adolescents, dont le suicide d'un idéaliste et la mort d'une jeune fille enceinte de quatorze ans, dans le carcan d'une société adulte hypocrite et étriquée. La musique embarrasse tout d'abord par son jeu de références dramatiques – n'a-t-on déjà vu depuis deux siècles ces jeux romantiques d'amour et de mort ? –, par sa vocalité bergienne, et par cet orchestre papillonnant et cristallin, qui rappelle jusqu'à la caricature l’œuvre d'un autre compositeur belge, maître en synthèse historique et de qui Benoit Mernier a été l'élève : Philippe Boesmans.

    Mais voilà, du grand opéra que de nombreux compositeurs français ont essayé d'écrire ces dernières années – de Philippe Manoury à Pascal Dusapin, en passant par Philippe Fénelon –, aucun n'a le métier – entendons-nous bien à l'opéra seulement – de Benoît Mernier. Ce compositeur né en 1964, organiste et qui n'avait été alors que l'auteur de partitions discrètes et raffinées, parvient en effet à tenir deux heures trente de musique avec une variété de couleurs saisissante.

    Et un art du contre-pied sonore comme une citation de Cavalli pour une bouleversante scène de... masturbation, un chœur séraphique d'enfants qui chantent le plus terrifiant ordre moral, ou encore une musique aux sortilèges ravéliens pour l'étreinte de deux jeunes hommes. Certes, Mernier cherche du nouveau dans l'intemporel musical, il y a là une forme un peu bourgeoise de celui qui a consenti à ne rien inventer, mais sa musique trouve sa personnalité dans des « longueurs » orchestrales qui confèrent à l’opéra toute son ampleur.

    © Alain Kaiser

    Si le mérite de Julie de Boesmans résidait dans sa densité, la plus grande force de Frühlings erwachen tient en sa durée et sa façon de ne rater presque aucun passage obligé : l'humour de facéties enfantines comme le martyre d'un suicide dans un langage on ne peut contemporain, qui passe ici avec une déconcertante aisance même pour les oreilles pour les plus rétives. L'opéra frappe ainsi par une douce intimité, et on louera la direction de Daniel Klajner, merveilleusement attentive à un plateau de chanteurs sans reproche, qui dirige un fort surprenant Orchestre symphonique de Mulhouse.

    Mais la plus grande réussite de Frühlings erwachen tient probablement en la mise en scène précise et imaginative de Vincent Boussard. Dépeignant un monde composé exclusivement d'enfants – les parents resteront des voix grondant derrière des portes entrebâillées –, la direction d'acteurs parvient à nous faire croire à l'âge adolescent de tous et, par une saisissante utilisation fragmentaire de la scène, réussit même à injecter du trouble dans la scène finale qui verra parler une tête sans corps !

    Certes, il y a des opéras plus aventureux qui cherchent l'intemporel dans du nouveau – combien plus surprenant et plus moderne paraît Pelléas écrit pourtant il y a un siècle, joué au même moment à la Monnaie de Bruxelles ! –, mais si Frühlings erwachen est confortable comme un grand roman initiatique, l'intrication de ses divers éléments et l'incarnation est telle que ce spectacle, désormais accessible en un CD/DVD qui vient de paraître chez Cyprès, est magnifique et risque de susciter au cours de ses probables reprises l'adhésion et l'admiration générales.




    Prochaine représentation le 3 octobre à la Filature de Mulhouse.




    Opéra du Rhin, Strasbourg
    Le 19/09/2008
    Laurent VILAREM

    Création française de l’opéra Frühlings erwachen de Benoît Mernier dans la mise en scène de Vincent Boussard et sous la direction de Daniel Klajner à l’Opéra national du Rhin.
    Benoît Mernier (*1964)
    Frühlings erwachen, opéra en trois actes d'après la pièce éponyme de Frank Wedekind
    Livret de Jacques De Decker

    Création française

    Les Petits chanteurs de Strasbourg
    Orchestre symphonique de Mulhouse
    direction : Daniel Klajner
    mise en scène : Vincent Boussard
    décors : Vincent Lemaire
    costumes : Cathy Pill
    éclairages : Alain Poisson
    préparation des chœurs : Philippe Utard

    Avec :
    Kerstin Avemo (Wendla Bergmann), Thomas Blondelle (Melchior Gabor), Stephan Loges (Moritz Stiefel), Liesbeth Devos (Ilse), Diana Axentii (Martha), Angélique Noldus (Thea), Jeroen de Vaal (Hänschen), Lars Piselé (Ernst), Sabine Garrone (Georg), Patrick Schramm (Otto), Anna Pierard (Frau Bergmann / Frau Gabor), Konstantin Wolff (Herr Gabor / Der vermummte Herr).

     



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