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CRITIQUES DE CONCERTS 22 février 2018

Version de concert d’Ezio de Haendel sous la direction d’Alan Curtis au Théâtre de Poissy.

Beautés de la dernière heure
© Micheal Slobodian

Karina Gauvin

Les rencontres entre la musique de Haendel et la poésie de Metastasio ont été aussi rares qu’infructueuses, tant la première semble bridée par la perfection formelle de la seconde. Malgré un troisième acte subitement inspiré, Ezio se révèle d’autant moins facile à défendre que la ferveur haendélienne d’Alan Curtis ne transparaît pas dans sa direction.
 

Théâtre municipal, Poissy
Le 27/09/2008
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Quoi qu’en dise Alan Curtis, Metastasio, librettiste phare de cette Europe musicale du XVIIIe siècle dominée par l’opera seria qui atteignit sous sa plume une perfection formelle inégalée, n’a pas inspiré à Haendel son meilleur théâtre. Sans doute parce que ses poèmes dramatiques d’un classicisme moralisateur jusqu’au manichéisme, à la langue si pure et au découpage si strict, mais souvent privés de véritable enjeu dramatique, ne pouvaient stimuler l’audacieux compositeur qui, s’il demeura fidèle aux règles du genre, en bouscula plus d’une fois le carcan.

    Pas plus que Siroe et Poro, Ezio ne parvient à se défaire de sa figure un peu compassée – même le récitatif accompagné, arrivant comme un cheveu sur la soupe, y manque d’ampleur, de hauteur. Champion des causes difficiles, Curtis le défend avec sa nonchalance coutumière, incapable de varier le tempo et la dynamique, conduisant tout droit jusqu’aux récitatifs, ponctués avec une sécheresse qui achève d’étouffer le drame.

    Flatté par l’acoustique du Théâtre de Poissy, Il Complesso Barocco, encore et toujours en formation de poche, affiche d’excellents solistes, particulièrement sollicités par une écriture faisant la part belle à un concert d’instruments obligés, mais aussi une constante confusion dans l’attaque à laquelle le geste sans nerf ni contour du chef n’est évidemment pas étranger.

    Tout, ou presque, repose dès lors sur les chanteurs, ce qui n’est d’ailleurs pas un contresens s’agissant de bel canto baroque. Et comme souvent en la matière, Alan Curtis a eu la main heureuse. Composé pour le castrat Senesino, alors de plus en plus alto, le rôle-titre est sans doute un peu grave pour Ann Hallenberg, à son meilleur dans les parties plus aiguës que Haendel confiera à Carestini. Jamais pourtant l’émission saine, sereine de la mezzo-soprano suédoise ne se trouble, dans un équilibre harmonique parfait qui assure la projection de son beau timbre cuivré sur toute l’étendue.

    Assurément moins orthodoxe, le chant de Sonia Prina, comme raffermi après une série de prestations en dents de scie, est d’autant plus électrisant que sa vocalisation singulièrement véloce bouscule des tempi décidément peu entraînants. Et même si la couleur de son contralto court demeure artificielle, elle est préférable à la grisaille de Marianne E. Enderson, Onoria sans distinction dans la conduite de la ligne.

    Contrefaisant son timbre pour lui conférer une autorité paternelle, Anicio Zorzi Giustiniani est un Massimo appliqué dans les récitatifs et terne dans les airs, tandis que Vito Priante rugit avec panache les airs de Varo de sa basse encore un rien engorgée, mais à l’ambitus décomplexé.

    Karina Gauvin sans rivale

    Mais la perle de la soirée est une nouvelle fois Karina Gauvin, décidément sans rivale dans ce répertoire. Face à un art du chant aussi maîtrisé, où se laisse deviner tout un vocabulaire ornemental avant tout vecteur d’émotion, la magie du timbre passerait presque pour secondaire. Leur alliage donne simplement le vertige dans le redoutable Ah, non son io che parlo, sommet d’une soirée qui, en dépit de ces séduisants gosiers, n’aurait été qu’une succession plaisamment morne d’airs plus ou moins bien tournés si Haendel n’avait recouvré ses capacités créatrices à l’approche d’un dénouement dramatiquement improbable.

    Le livret de Metastasio n’en fut pas moins mis en musique avec constance durant plus d’un quart de siècle, et notamment par Gluck, dont la version sera présentée par Alan Curtis et son Complesso Barocco au Théâtre de Poissy le 18 novembre. Ann Hallenberg incarnera cette fois Fulvia et Sonia Prina troquera le travesti de Valentiniano pour celui d’Ezio. Max Emanuel Cencic (Valentiniano), Mayuko Karasawa (Onoria), Robert Breault (Massimo) et Julian Prégardien (Varo) complèteront la distribution.




    Théâtre municipal, Poissy
    Le 27/09/2008
    Mehdi MAHDAVI

    Version de concert d’Ezio de Haendel sous la direction d’Alan Curtis au Théâtre de Poissy.
    Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
    Ezio, dramma per musica en trois actes (1732)
    Livret d’après Pietro Metastasio.

    Il Complesso Barocco
    direction : Alan Curtis

    Avec :
    Ann Hallenberg (Ezio), Karina Gauvin (Fulvia), Sonia Prina (Valentiniano), Marianne E. Anderson (Onoria), Anicio Zorzi Giustiniani (Massimo) Vito Priante (Varo).

     



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