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CRITIQUES DE CONCERTS 19 août 2018

Turangalîla-Symphonie de Messiaen par l’Orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Myung-Whun Chung à la salle Pleyel, Paris.

Barbare et percussive
© Vivianne Purdom / DG

Déraisonnable et dionysiaque, la Turangalîla-Symphonie est un nouveau triomphe dans le cycle que le Philharmonique de Radio France et Myung-Whun Chung consacrent cette année à Messiaen. Gageons même que le cycle entier s'inscrive parmi les plus belles réussites du mandat du chef coréen à la tête de l'orchestre.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 03/10/2008
Laurent VILAREM
 



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  • Thomas Coubronne avait exprimé dans ces colonnes son relatif désappointement après les exécutions estivales de la Turangalîla de Messiaen pourtant données par des Rolls symphoniques comme l'Orchestre philharmonique de Berlin ou le Concertgebouw d’Amsterdam, terminant même ses comptes rendus sur cet épineux constat : « Peu de nos orchestres ont la splendeur du Concertgebouw, mais il faut rendre à César ce qui appartient à César, et il nous semble que la Turangalîla appartient décidément aux orchestres français ».

    Sans pouvoir parler de ces Turangalîla-là, la symphonie selon Chung à la tête du Philhar' emporte l'adhésion. Sanguine, tourmentée, elle n'aura, entre autre prodige, jamais sombré dans l'écueil du kitsch. Car l’œuvre garde plus d'un demi-siècle après sa création une saveur « professeur Tournesol » : un orchestre pléthorique, en dix mouvements, est dynamité notamment par une batterie coruscante de cuivres, un piano qui court du grave à l'aigu, des coups de cymbales tonitruants et des ondes Martenot qui doublent souvent des thèmes grandiosement monolithiques.

    Dès l’Introduction, Chung fait claquer les transitions, conférant aux premières mesures un aspect presque barbare, qui rend justice à l'orchestration proliférante de ce gigantesque poème d'amour et de mort. Chant d’amour 1, véritable bataille rangée entre des musiques qui se superposent, donne même l'impression de voyager à la manière d’Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad.

    Car dans cette lecture dominée par des cuivres saignants qui grondent comme dans une marche funèbre, il y a une force maléfique, une volupté noire que colore encore d'un éclat sombre l’onde Martenot de Valérie Hartmann-Claverie. Est-ce parce que Myung-Whun Chung, à la différence de Jansons, de Rattle, ne cherche à aucun moment à faire du beau son chez Messiaen que l'on adhère comme un seul homme à sa lecture ?

    Les vents n'hésitent pas à jouer sale, si bien que Chant d'amour 2 devient une explosion languide et passionnée. Parfois, l'orchestre se perd dans la précipitation, mais Chung veille toujours à ce que chacun se retrouve dans la polyphonie touffue, et cette urgence crée même un élan totalement irrésistible dans Joie du sang des étoiles.

    Contrairement à Cambreling la saison passée, qui traitait l'œuvre de façon plus analytique et fragmentée, l'oreille est ici sans cesse surprise par une foule de détails qui semblent s'échapper de la moiteur instrumentale, si bien que ce mouvement orgasmique, magistralement mené, est l'un des plus retentissants qu'a dû connaître la salle Pleyel depuis longtemps.

    Un sommeil plein de fièvre

    Dans cette partition démesurée, Chung, en bon disciple, s'autorise l'irrespect, alanguit notamment les unissons finaux qui, dirigés par un autre, pourraient paraître too much. Mais sa lecture est cohérente jusque dans le célèbre Jardin du sommeil d'amour, ici jamais extatique mais au contraire plein de fièvre, où Roger Muraro a tout loisir, a contrario, de montrer son toucher d'une invraisemblable ductilité.

    Son jeu semblerait presque trop cristallin pour une lecture aussi dionysiaque, mais en grand musicien, le pianiste musclera bientôt ses interventions, tout en réussissant des nuances dont lui seul garde le secret. La plus grande réussite de cette Turangalîla nous aura ainsi semblé ses trois volets les plus sombres, les trois mouvements intitulés Turangalîla 1,2 et 3, où le chef coréen réussit à faire vivre la polyphonie, préférant l'apparition sonore à l'épanchement.

    Malgré un malencontreux épisode à la fin de Développement de l’amour, quand un percussionniste verra l’une de ses cloches dévissée, entraînant une pause de dix minutes, l'Orchestre philharmonique de Radio France conservera la même concentration et la même ferveur. Est-ce parce que l'orchestre est français et que le chef a connu le compositeur ?

    Quoiqu'il en soit, ce cycle Messiaen s'affirme comme une immense réussite, et l'on attend maintenant Chung dans une fresque qu'il n'a jamais dirigée : le monumental opéra Saint François d'Assise. Et si le coup d'éclat se renouvelait encore ?




    Salle Pleyel, Paris
    Le 03/10/2008
    Laurent VILAREM

    Turangalîla-Symphonie de Messiaen par l’Orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Myung-Whun Chung à la salle Pleyel, Paris.
    Olivier Messiaen (1908-1992)
    Turangalîla-Symphonie
    Valérie Hartmann-Claverie, ondes Martenot
    Roger Muraro, piano

    Orchestre philharmonique de Radio France
    direction : Myung-Whun Chung

     


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