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CRITIQUES DE CONCERTS 10 décembre 2019

Ouverture de la saison 2008-2009 de l’Opéra de Marseille avec Salammbô de Reyer dans la mise en espace d’Yves Coudray et sous la direction de Lawrence Foster.

Reyer Ă  la maison

Kate Aldrich

Belle ouverture de saison à l’Opéra de Marseille, qui célèbre une nouvelle fois un enfant du pays. Après la création du Marius et Fanny de Vladimir Cosma l’an dernier, c’est le compositeur Ernest Reyer qui est mis à l’honneur en prévision du centenaire de sa disparition en 2009, avec Salammbô, chef-d’œuvre lyrique trop oublié.
 

Opéra, Marseille
Le 02/10/2008
Monique BARICHELLA
 



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  • DĂ©cidĂ©ment, le spectacle d’ouverture de la saison lyrique marseillaise est toujours un Ă©vĂ©nement ! L’an dernier, l’OpĂ©ra affichait la crĂ©ation mondiale de Marius et Fanny de Vladimir Cosma avec le couple vedette Alagna-Gheorghiu. Pour l’inauguration de sa saison 2008-2009, RenĂ©e Auphan, toujours perspicace dans ses choix, cĂ©lèbre un autre enfant du pays, Ernest Reyer, Ă  l’occasion du centenaire de sa mort.

    Né dans la cité phocéenne en 1823 et mort au Lavandou en 1909, Reyer est aujourd’hui à peu près ignoré du grand public. Il connut pourtant la gloire de son vivant, notamment avec ses deux opéras : Sigurd, créé à Bruxelles en 1884, et Salammbô, créé au même endroit en 1890, avec la célèbre Rose Caron dans le rôle-titre.

    Dès 1892, Salammbô connut un succès constant, avec 196 représentations à l’Opéra de Paris jusqu’en 1943, quand l’œuvre fut donnée pour la dernière fois avec une affiche prestigieuse : Germaine Lubin, José Luccioni et le baryton toulousain Pierre Nougaro, le père de Claude.

    Une partition injustement oubliée

    Pour des raisons incompréhensibles, l’opéra, qui n’avait pas été monté à Marseille depuis 1940, a disparu de l’affiche et n’a jamais été enregistré, même en extraits. L’absence de pointures vocales nécessaires au rôle-titre et à Mathô, le mercenaire libyen d’ont elle s’est éprise, ne peut être seule responsable de ce silence.

    Salammbô exige à l’évidence des moyens à mi-chemin entre Didon et Cassandre des Troyens et, comme Rachel de la Juive, convient également à un falcon. C’est d’ailleurs à un mezzo, l’Américaine Kate Aldrich, qui chante habituellement Amneris, Charlotte, Adalgise, Sesto et Cenerentola, que Renée Auphan a confié avec bonheur le soin de réhabiliter l’ouvrage.

    Reyer était à la fois un proche de Berlioz – pour qui il éprouvait une admiration maintes fois perceptible –, de Théophile Gautier et de Flaubert. Ce dernier lui confia sa Salammbô après avoir songé à Verdi sur un livret de Gautier. Disparu en 1880, Flaubert n’entendit jamais l’opéra habilement adapté en cinq actes de son roman par Camille du Locle. C’est un ouvrage bien construit et sans longueurs que l’on découvre avec un plaisir constant.

    Reyer a sa propre écriture. Il ne copie pas plus Berlioz que Wagner, l’autre compositeur qu’il admirait. Certes, son inspiration et son style sont plus proches de ces deux derniers, de Saint-Saëns – Samson et Dalila a été créé en 1877 – et de Massenet – le Roi de Lahore date aussi de 1877 et Hérodiade a été justement donné à la Monnaie en 1881 – que du Grand opéra français à la Meyerbeer.

    Le succès public remporté aujourd’hui par l’ouvrage montre de façon éloquente qu’il a sa place, comme Sigurd, sur les scènes françaises et internationales, à condition de disposer d’une distribution aussi efficace que celle réunie par l’équipe de l’Opéra de Marseille.

    Une distribution parfaite

    Gageure réussie à cent pour cent grâce à une équipe parfaite, complétée par des comprimari impeccables et des chœurs – dont l’importance est majeure – d’une belle vaillance. André Heyboer (Spendius) est une révélation. Wojtek Smilek (Narr’Havas) est lui aussi excellent et Sébastien Guèze, a priori bien jeune pour le rôle du grand prêtre Schahabarim, fait preuve de qualités rares.

    Jean-Philippe Lafont, qui avait déjà participé en 1996 sur cette même scène à une excitante reprise de Sigurd restée sans lendemain, est un Hamilcar d’une solide efficacité. Gilles Ragon, qui d’évidence peut désormais se mesurer à Enée et qui affrontera Tannhäuser au cours des prochaines saisons, est étonnant de brio et d’élégance stylistique dans un emploi et une tessiture où on ne l’attendait pas.

    Aussi belle à voir qu’à entendre, Kate Aldrich est éblouissante dans le rôle-titre. La voix est saine, richement colorée, homogène du bas-médium à l’aigu. D’une musicalité irréprochable, elle fait aussi preuve d’un style et d’une élocution exemplaires dans notre langue. En entendant son délicieux Ascanio dans Benvenuto Cellini au festival de Salzbourg 2007, on n’aurait jamais imaginé pareilles ressources vocales ! Bonne surprise également avec un orchestre en forme, sans doute grâce au travail que lui a imposé Lawrence Foster, qui défend cette partition qu’il aime avec une conviction et une ardeur communicatives.

    Si cette soirée nous laisse malgré tout un peu sur notre faim, c’est uniquement parce que Salammbô aurait mérité une vraie mise en scène. Pour des raisons budgétaires évidentes – il aurait fallu trouver une coproduction avec une grande scène étrangère –, Marseille n’a pas osé ou pas pu offrir à l’héroïne de Flaubert un écrin digne d’elle.

    La trop sage mise en espace d’Yves Coudray, avec des chœurs figés et tout en noir – on est loin des fastes et des couleurs orientales exigées par le livret – reste très en deçà des attentes. Peut-être aurait-il fallu utiliser des projections pour créer une atmosphère et l’illusion de cet univers chatoyant. Ici, grâce à la qualité des interprètes et de la musique, chaque spectateur peut utiliser sa propre imagination !

    À quand Salammbô de nouveau à l’Opéra de Paris comme la partition le mérite ? Marseille nous a mis l’eau à la bouche…




    Opéra, Marseille
    Le 02/10/2008
    Monique BARICHELLA

    Ouverture de la saison 2008-2009 de l’Opéra de Marseille avec Salammbô de Reyer dans la mise en espace d’Yves Coudray et sous la direction de Lawrence Foster.
    Ernest Reyer (1823-1909)
    Salammbô, opéra en cinq actes (1890)
    Livret de Camille du Locle

    Chœur et Orchestre de l’Opéra de Marseille
    direction : Lawrence Foster
    mise en espace : Yves Coudray
    Ă©clairages : Philippe Grosperrin

    Avec :
    Kate Aldrich (Salammbô), Murielle Oger-Tomao (Taanach), Gilles Ragon (Mathô), Sébastien Guèze (Schahabarim), Jean-Philippe Lafont (Hamilcar), Wojtek Smilek (Narr’Havas), André Heyboer (Spendius), Antoine Garcin (Giscon), Éric Martin-Bonnet (Autharite), Brigitte Hernandez (une voix), Wilfried Tissot (un prêtre).

     



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