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CRITIQUES DE CONCERTS 17 août 2018

Entrée au répertoire de l’Opéra de Paris de la Petite renarde rusée de Janáček dans la mise en scène d’André Engel et sous la direction de Dennis Russell Davies.

La Renarde sur les rails
© Bernd Uhlig

Elena Tsallagova (la Renarde) et Letitia Singleton (le Chien)

Après la Fiancée vendue, c’est le tour d’un autre chef-d’œuvre tchèque, la Petite renarde rusée, de faire son entrée tardive au répertoire de l’Opéra de Paris. Inaugurée naguère à Lyon, vue au TCE, la célèbre production d’André Engel se fond à merveille dans la vastitude de la Bastille. Une distribution ad hoc compense la direction trop corsetée de Dennis Russell Davies.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 13/10/2008
Yannick MILLON
 



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  • Comme pour la Fiancée vendue, on doit à Gerard Mortier l’entrée au répertoire de l’Opéra de Paris de la Petite renarde rusée de Janáček, chef-d’œuvre d’humour tendre et cruel comme la nature elle-même, de réflexion sur l’inexorable, sur la condition sociale à travers le regard des bêtes. Il était temps ! Et comme l’opéra de Smetana, l’œuvre est proposée dans une mise en scène sans détournement, tout à fait conforme au livret – mais d’une valeur intrinsèque nettement supérieure.

    Conçue pour les dimensions modestes de l’Opéra de Lyon, reprise au Théâtre des Champs-Élysées, la production de 2000 d’André Engel a été adaptée à la vastitude de la Bastille avec succès, sans que l’on sente à aucun moment un ajustement problématique aux particularités d’un cadre de scène très large.

    Et si l’on peut dans l’absolu rêver d’éclairages moins froids, d’une scénographie moins distanciée, plus forestière et mystérieuse – on est ici aux antipodes de la production de Nicholas Hytner au Châtelet –, l’interaction entre le monde animal et le monde humain fonctionne à plein : un chemin de fer borde la lisière d’un champ de tournesols victime du grignotage progressif du monde industriel – donc de l’homme – sur le monde naturel – il est jusqu’au chien du Garde-chasse de dormir dans une niche en ciment –, avec surtout le rail comme parfait symbole d’un univers cyclique sans début ni fin, en perpétuelle régénération.

    © Bernd Uhlig

    Quant à la donnée la plus délicate de la Petite renarde, à savoir la représentation à la scène des animaux, Engel joue la carte de créatures anthropomorphes, avec une caractérisation et un humour qui font mouche : la vache tenant à la traite ses pis à bout de bras, les moustiques et leurs seringues géantes, le chien poète, un peu pervers, le mille-pattes et son cerf-volant. Chez les humains aussi, le metteur en scène dresse une galerie de portraits savoureuse, jusqu’à une forme d’érotisme entre la Renarde et le Garde-chasse, où la nostalgie n’est jamais loin.

    Un vrai bijou de finesse et d’esprit, qui ne cherche à aucun moment à détourner une succession de séquences tout sauf linéaire, avec à chaque changement de décor le rideau de scène bleu nuit sur lequel on peut admirer les saynètes de l’intrigue peintes par le décorateur Nicky Rieti.

    Distribution d’une superbe homogénéité

    Au niveau musical, seule déception, la direction de Dennis Russell Davies, monochrome et triste à force de corsetage, trop opulente dans les tenues qui irriguent la narration orchestrale, absorbant nombre d’interventions du plateau, et paradoxalement trop timorée dans les arêtes vives de l’orchestration si particulière de Janáček. Car la distribution, n’était le souci de l’équilibre avec la fosse – mais au fond, cet ouvrage n’a rien à faire dans une salle de cette taille –, est d’une superbe homogénéité et d’un engagement à toute épreuve.

    Si souvent contestable dans Wagner, Jukka Rasilainen est parfaitement en situation en Garde-chasse bourru mais au grand cœur, déclamant juste et idéalement projeté. Pour sa prise de rôle, la Renarde d’Elena Tsallagova, issue de l’Atelier lyrique de la maison, est un ravissement : pétillante, de l’exact timbre de l’emploi, d’un aigu mutin et délicieusement lumineux, d’une présence enfantine à même de conquérir les cœurs. Souvent anonyme, Hannah Esther Minutillo est un Renard stylé, mâle juste le nécessaire, associé à merveille au timbre de sa femelle, avec un côté jeune premier, « bébé-Octavian » proprement irrésistible.

    Les comprimari sont excellents, du Prêtre ratiocinant de Roland Bracht à l’Instituteur scrupuleusement pincé de David Kuebler, du chien Lapák tout en tendresse vocale de Letitia Singleton aux animaux de la forêt. Une heure et demie de spectacle qui se dévore comme un livre d’images, filant comme les saisons.




    Opéra Bastille, jusqu’au 12 novembre.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 13/10/2008
    Yannick MILLON

    Entrée au répertoire de l’Opéra de Paris de la Petite renarde rusée de Janáček dans la mise en scène d’André Engel et sous la direction de Dennis Russell Davies.
    Leoš Janáček (1854-1928)
    Příhody Lišky Bystroušky, opéra en trois actes (1924)
    Livret du compositeur d’après Liška Bystrouška de Rudolf Tešnohlídek

    Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris
    Chœurs, Atelier lyrique et Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Dennis Russell Davies
    mise en scène : André Engel
    décors : Nicky Rieti
    costumes : Elizabeth Neumuller
    éclairages : André Diot
    préparation des chœurs : Alessandro Di Stefano

    Avec :
    Jukka Rasilainen (le Garde-chasse), Michèle Lagrange (la femme du Garde-chasse / la Chouette), David Kuebler (l’Instituteur), Roland Bracht (le Prêtre), Paul Gay (Harašta), Elena Tsallagova (la Renarde), Hannah Esther Minutillo (le Renard), Nicolas Marie (l’Aubergiste), Anne-Sophie Ducret (la femme de l’Aubergiste), Letitia Singleton (le Chien), Elisa Cenni (le Coq / le Geai), Natacha Constantin (la Poule huppée), Xenia Fenice d’Ambrosio (le Pivert), Paul Crémazy (le Moustique), Slawomir Szychowiak (le Blaireau).

     



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