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CRITIQUES DE CONCERTS 24 octobre 2020

Nouvelle production d’Œdipe d’Enesco mise en scène par Nicolas Joel et sous la direction de Pinchas Steinberg au Théâtre du Capitole, Toulouse.

RĂ©surrection sans complexe
© Patrice Nin

En ouverture de son ultime saison à la tête du Capitole de Toulouse, Nicolas Joel frappe un grand coup en exhumant des cartons Œdipe, unique opus lyrique de Georges Enesco, chef-d’œuvre qui fut pour son auteur le fruit d’une occupation de quelque vingt-six années. L’occasion de redécouvrir une partition exigeante, portée par la baguette incandescente de Pinchas Steinberg.
 

Théâtre du Capitole, Toulouse
Le 14/10/2008
Yannick MILLON
 



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  • Enesco a 29 ans, en 1910, lorsqu’il assiste Ă  une reprĂ©sentation de l’Œdipe-Roi de Sophocle Ă  la ComĂ©die-Française, qui lui sert sur un plateau un sujet d’opĂ©ra idĂ©al. Entre la rencontre avec son librettiste, la Grande Guerre, la composition Ă  proprement parler, l’orchestration puis sa montĂ©e sur les planches, l’œuvre aura occupĂ© son auteur plus d’un quart de siècle.

    Après la création triomphale du 13 mars 1936 au Palais Garnier, l’Œdipe de Georges Enesco, qui couvre l’intégralité de la vie du héros malheureux, disparaît pourtant pratiquement du répertoire. Pour la dernière des dix-huit saisons qu’il aura dirigées au Capitole, Nicolas Joel, avant de s’envoler vers l’Opéra de Paris pour une nouvelle aventure, aura fait redécouvrir aux lyricophiles français ce chef-d’œuvre plutôt exigeant mais d’une incontestable grandeur.

    Point faible du spectacle, la mise en scène, statique et jamais loin de l’oratorio en costumes – on finit par désespérer de voir un autre décor que ce théâtre en hémicycle et ces colonnes – que le maître des lieux, hospitalisé depuis fin août, n’a pu que concevoir, laissant la réalisation à son assistant Stéphane Roche, et dont le seul véritable geste dramatique reste la scène de la Sphinge en vampire jailli des profondeurs.

    Depuis l’enregistrement studio de Lawrence Foster, le seul disponible de l’œuvre originale au disque – opportunément réédité par EMI cet automne –, on sait à quel point l’ouvrage, très gourmand en grands rôles de barytons-basses et impitoyable quant à la diction du français, est périlleux à distribuer. Car nonobstant la béquille du surtitrage, la qualité de la déclamation et de la prononciation y sont capitales pour recréer le souffle de la tragédie antique. On regrettera donc un plateau seulement moyen sur ce point.

    Franck Ferrari (Œdipe) / © Patrice Nin

    Beau matériau, belle ampleur sinon d’une authentique intériorité, Franck Ferrari se sort avec les honneurs d’un rôle écrasant, et si la voix tend à rétrécir dans les plus hauts registres – où le texte se dérobe de concert –, son Œdipe combatif et jamais résigné force le respect. Très flou dans la définition des phonèmes, Jérôme Varnier impose une présence dans le timbre plus que dans l’émission, et campe un Veilleur qui donne l’impression d’avoir avalé une contrebasse. Diction nette, Emiliano Gonzalez Toro est un aussi excellent Berger que Léonard Pezzino est un Laïos souverainement caractérisé.

    D’une intensité tragique immédiate, d’un timbre endossant à lui seul la blessure de la mère naturelle d’Œdipe, la Jocaste à vif de Sylvie Brunet demeure malheureusement parmi les moins intelligibles du plateau. Le Grand-Prêtre bonhomme d’Enzo Capuano expose un accent exotique qu’il partage avec le Tirésias un peu outré d’Arutjun Kotchinian.

    On retiendra en revanche le Créon noble et mûr de Vincent Le Texier, la jolie Antigone d’Amel Brahim-Djelloul et la Sphinge de Marie-Nicole Lemieux, timbre génialement caméléon, d’une variété dans les accents, les attaques, le vibrato, d’une opulence dans la voix de poitrine, d’un histrionisme – dans le meilleur sens du terme – au service d’une créature terrifiante et pathétique à la fois. On en oublierait presque, comme chez Ferrari, des quarts de ton inaudibles et pourtant bien écrits dans la partition.

    Mais les grands triomphateurs de la soirée restent les chœurs, d’un impact physique phénoménal, disant la rumeur du peuple tantôt comme la foudre tantôt comme les zéphyrs, et l’Orchestre du Capitole, d’un éventail dynamique, d’une précision, d’une justesse dans les masses comme dans les couleurs, d’une éloquence qui portent aux nues une partie orchestrale notable par son intense chromatisme et ses enchevêtrements rythmiques.

    Pinchas Steinberg mène tout ce monde avec une poigne, une foi de bâtisseur de cathédrales qui à elles seules réhabiliteraient une partition qu’on aimerait réentendre une fois Nicolas Joel à Paris.




    Théâtre du Capitole, Toulouse
    Le 14/10/2008
    Yannick MILLON

    Nouvelle production d’Œdipe d’Enesco mise en scène par Nicolas Joel et sous la direction de Pinchas Steinberg au Théâtre du Capitole, Toulouse.
    Georges Enesco (1881-1955)
    Œdipe, tragédie lyrique en quatre actes et six tableaux (1936)
    Livret d’Edmond Fleg d’après Sophocle

    Chœur de l’Opéra national de Bordeaux
    Maîtrise et Chœur du Capitole
    Orchestre national du Capitole
    direction : Pinchas Steinberg
    mise en scène : Nicolas Joel & Stéphane Roche
    décors : Ezio Frigerio
    costumes : Franca Squarciapino
    Ă©clairages : Vincio Cheli
    préparation des chœurs : Patrick Marie Aubert & Jacques Blanc

    Avec :
    Franck Ferrari (Œdipe), Arutjun Kotchinian (Tirésias), Vincent Le Texier (Créon), Emiliano Gonzalez Toro (le Berger), Enzo Capuano (le Grand-Prêtre), Harry Peeters (Phorbas), Jérôme Varnier (le Veilleur), Andrew Schroeder (Thésée), Léonard Pezzino (Laïos), Sylvie Brunet (Jocaste), Marie-Nicole Lemieux (la Sphinge), Amel Brahim-Djelloul (Antigone), Maria José Montiel (Mérope), Qiu Lin Zhang (une Thébaine).

     



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