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CRITIQUES DE CONCERTS 19 novembre 2018

Concert de l’Orchestre du Capitole de Toulouse sous la direction de Tugan Sokhiev, avec la participation du pianiste Nelson Freire à la salle Pleyel, Paris.

À la hauteur des très grands

Digne héritier de son aîné Valery Gergiev, le jeune chef ossète Tugan Sokhiev s’affirme à chaque nouvelle apparition comme l’un des dompteurs d’orchestre du nouveau siècle avec lesquels il faudra compter. Soirée d’exception avec l’Orchestre du Capitole de Toulouse à Pleyel, notamment dans une 5e symphonie de Chostakovitch d’une imprenable hauteur de vue.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 25/10/2008
Yannick MILLON
 



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  • Natif d’Ossétie comme le géant Valery Gergiev, Tugan Sokhiev affiche certains traits de parenté avec son aîné : même énergie viscérale, même science des timbres, et une gestique parfois similaire, en nettement plus canalisé toutefois chez le plus jeune, dont la proximité des années d’étude explique en partie cette plus grande rigueur.

    Reste toutefois une différence majeure entre le quinquagénaire et le trentenaire, à savoir l’orientation globale de leur direction : horizontale, à la manière d’un raz-de-marée qui emporte tout sur son passage sans grande assise chez le premier, nettement plus verticale et au fond des temps chez le second.

    Toujours est-il qu’avec Sokhiev, l’Orchestre du Capitole a su se doter d’un directeur musical à la hauteur de ses visées d’excellence. Une Symphonie fantastique d’un génial emballement romantique au Théâtre des Champs-Élysées, mais aussi une prestation de fosse cataclysmique au Capitole la saison passée dans la Dame de Pique, l’ont déjà amplement prouvé.

    Pour cette apparition à la salle Pleyel, début d’une tournée européenne ambitieuse, Sokhiev aura fait montre de ses habituelles qualités. Le Concerto pour piano de Grieg ouvre les festivités, rehaussées par la présence du très aimé des Parisiens Nelson Freire, curieusement fébrile dans ses traits mais toujours d’une éloquence, d’une fermeté dans les accents, d’une liberté dans les passages solistes qui forcent l’admiration.

    Sokhiev réserve quelques coups de tonnerre qui relancent le discours, sans toutefois parvenir à synchroniser les jointures piano-orchestre avec un soliste qui semble ne pas écouter et suivre assez le geste. On regrettera aussi le clinquant des aigus d’un Steinway de concert donnant parfois au jeu ferme mais jamais coup de poing du pianiste brésilien une impression de dureté. Avatar racheté en bis par une Sérénade à la poupée de Debussy d’un toucher effleuré parsemé de quelques furtifs coups de patte.

    En deuxième partie, dans son répertoire national, Sokhiev défend une lecture d’une superbe maîtrise formelle dans une 5e symphonie de Chostakovitch jamais inutilement surexcitée, prenant au contraire le temps de caractériser chaque motif, la peine d’éviter toute débauche de décibels pour garder sous la semelle une part de dynamique qui fait l’effet d’une bombe dans les moments clé.

    Radiographie de la partition

    Admirable aussi, la transparence du tissu orchestral, digne d’une radiographie de la partition donnant à entendre chaque trait d’orchestration, chaque timbre à son potentiel expressif maximal. Ainsi, dans la partie centrale du premier mouvement, le martèlement du piano est plongé dans les ténèbres par des cors d’une noirceur implacable, le Scherzo demeure aux aguets de chaque choc de timbre, le Finale, après une entrée en matière un peu cafouilleuse, s’avère un monument dans l’élaboration du crescendo dramatique, jusque dans une coda au ralenti et à la puissance titanesques.

    L’Orchestre du Capitole, dont les cordes sonnent parfois fluettes dans l’acoustique de Pleyel, opère des prodiges d’un bout à l’autre de l’exécution, aussi éloquent dans la poésie stellaire du mouvement lent – la flûte solo à pleurer de Sandrine Tilly, un hautbois d’un désespoir sans appel, tous deux aussi suprêmes techniciens que d’une musicalité digne des plus prestigieuses formations symphoniques – que dans les éclats les plus affirmés – un timbalier en transe dans la conclusion.

    Les deux bis – un Intermezzo de Paillasse de Leoncavallo où Sokhiev ose tous les rubatos et une frénétique Danse des bouffons de la Fille de neige de Rimski-Korsakov – achèvent de dorer le blason d’un interprète et d’une formation qui se seront élevés ce soir au niveau des très grands.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 25/10/2008
    Yannick MILLON

    Concert de l’Orchestre du Capitole de Toulouse sous la direction de Tugan Sokhiev, avec la participation du pianiste Nelson Freire à la salle Pleyel, Paris.
    Edvard Grieg (1843-1907)
    Concerto pour piano en la mineur, op. 16 (1869)
    Nelson Freire, piano

    Dmitri Chostakovitch (1906-1975)
    Symphonie n° 5 en ré mineur, op. 47 (1937)

    Orchestre national du Capitole de Toulouse
    direction : Tugan Sokhiev

     


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