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CRITIQUES DE CONCERTS 26 mai 2018

Reprise du Tristan et Isolde de Wagner dans la mise en scène de Peter Sellars et Bill Viola, sous la direction de Semyon Bychkov à l’Opéra de Paris.

Tristan zum letzten Mal
© A. Poupeney

Encore de nouvelles données pour cette ultime reprise du Tristan de Sellars et Viola à la Bastille, notamment en raison de la présence en fosse d’un Semyon Bychkov d’un classicisme absolu, refusant tout emballement romantique. Le plateau, mélangeant les distributions précédentes, reste d’un niveau global très enviable.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 30/10/2008
Yannick MILLON
 



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  • Gerard Mortier l’a confirmé, c’est bien la dernière fois que les amateurs d’art lyrique pourront voir cette mise en scène de Tristan conçue pour Los Angeles puis Paris, et offerte en tournée aux spectateurs japonais. Les vidéos de Bill Viola seront ensuite remisées dans un musée pour leurs vieux jours.

    Il est d’autant plus étonnant que la Bastille soit assez clairsemée en cette soirée de première, mais la date, en plein milieu des vacances de Toussaint, comme le prix des places, atteignant 196€ pour un fauteuil de première catégorie, n’y sont sans doute pas étrangers. Nous ne reviendrons pas sur le spectacle, déjà abondamment commenté dans ces colonnes, pour se concentrer sur les nouvelles données musicales.

    Semyon Bychkov, qui peut être un grand chef symphonique – la 4e symphonie de Chostakovitch du TCE la saison passée – mais qu’on a souvent connu fort peu subtil en fosse, notamment dans Strauss – Daphné à Vienne, le Chevalier à la rose à Salzbourg –, s’avère d’une modération et d’un classicisme tout à fait inattendus dans Tristan.

    Privilégiant la beauté plastique du son, le galbe des courbes, une certaine fluidité dans la narration, il se situe finalement à mi-chemin entre les tendances analytiques de Salonen et le romantisme assumé de Gergiev, qui avaient dirigé chacun les précédentes séries de représentations.

    On ne cherchera donc pas dans cette lecture le grand frisson – le débarquement en Cornouailles, la conclusion du II –, l’exaltation romantico-mystique ou encore la suractivité nerveuse d’un chromatisme poussé dans ses derniers retranchements, pour profiter au contraire d’une architecture claire, d’une pâte sonore jamais opaque permettant aux chanteurs des nuances rares.

    © A. Poupeney

    Waltraud Meier en profite au premier chef. Incarnation majeure de notre époque, son Isolde reste un monument de complexité psychologique, de beauté vénéneuse, de justesse dans la déclamation du texte, de musicalité à fleur de voix, fuyant comme la peste l’anodin dans la moindre intervention, et se paie même le luxe de piani proches du murmure.

    Mais si le timbre possède toujours cette couleur caméléon, cette richesse et ce soin d’orfèvre qu’on lui connaît depuis ses débuts, l’Allemande apparaît ce soir fatiguée, et les hauts registres, qui n’ont jamais été son fort, avouent cette fois d’inquiétantes limites, avant un resaisissement in extremis et boulerversant d’intensité au III. Il est donc d’autant plus urgent de revoir cette Isolde immense alors qu’elle peut encore assurer le rôle, avant qu’elle ne le laisse définitivement à d’autres.

    Toujours aussi redoutable d’engorgement dès que la pleine voix n’est pas sollicitée, Clifton Forbis reste un Tristan barytonnant et ingrat de timbre mais d’un déchirement qui vaut un troisième acte jusqu’au-boutiste comme rarement. D’une puissance, d’une endurance phénoménales, ce héros vit une agonie qu’il faut avoir connue.

    D’un rayonnement digne des plus grands mezzos, la jeune Ekaterina Gubanova irradie en Brangaine, avec ce quelque chose de maternel qui enveloppe à merveille le timbre de Meier. En trois ans, la voix a gagné en ampleur, aux frais parfois d’une émission un rien grossie, mais surtout affligée d’un pénible vibrato dans les appels du II.

    Le métal arrogant d’Alexander Marco-Buhrmester et son impitoyable déclamation sont toujours idéaux en Kurwenal, où la vigueur de l’aigu reste condition sine qua non. Et même si l’on a entendu écuyers plus compatissants ou intériorisés, rien à redire sur pareil modèle de projection.

    Plus émouvant encore qu’à la création du spectacle, Franz-Josef Selig, très justement acclamé aux saluts, déclame la souffrance du roi Marke en récitaliste de Passion, admirablement relayé par un orchestre au faîte de son potentiel expressif, et compte parmi les rares à ne pas s’évanouir dans le néant dans sa courte apparition au III.

    Tout aussi réussies que celles de Toby Spence et Ales Briscein, les incarnations du Jeune marin et du Pâtre par un Bernard Richter mélancolique et d’une frémissante clarté finissent de donner une cohérence réelle à une production qui, bien que sifflée à nouveau pour cette deuxième reprise, a des chances de rester le symbole le plus fort de la mandature de Gerard Mortier à l’Opéra de Paris.




    Opéra Bastille, jusqu’au 3 décembre.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 30/10/2008
    Yannick MILLON

    Reprise du Tristan et Isolde de Wagner dans la mise en scène de Peter Sellars et Bill Viola, sous la direction de Semyon Bychkov à l’Opéra de Paris.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Tristan und Isolde, action dramatique en trois actes (1865)
    Livret du compositeur

    Chœurs et Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Semyon Bychkov
    mise en scène : Peter Sellars
    vidéo : Bill Viola
    costumes : Martin Pakledinaz
    éclairages : James F. Ingalls
    préparation des chœurs : Alessandro Di Stefano

    Avec :
    Clifton Forbis (Tristan), Waltraud Meier (Isolde), Franz-Josef Selig (König Marke), Ekaterina Gubanova (Brangäne), Alexander Marco-Buhrmester (Kurwenal), Ralf Lukas (Melot), Bernard Richter (Ein junger Seeman / Ein Hirt), Robert Gleadow (Ein Steuermann).

     



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