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CRITIQUES DE CONCERTS 27 mai 2018

Concert Mahler de l’Orchestre de la Staatskapelle Berlin sous la direction de Pierre Boulez, avec la participation de la soprano Dorothea Röschmann à la salle Pleyel, Paris.

La douceur de Pierre Boulez
© Harald Hoffmann / DG

Stupéfiante lecture de la 4e symphonie de Mahler par un Pierre Boulez qui, avec une économie de gestes assourdissante, entraîne la magnifique Staatskapelle Berlin dans un univers hanté par les deux rivages de la vie. Au même titre que Leonard Bernstein, mais dans la lumière et la clarté, le chef français s'affirme comme un grand rénovateur de l'interprétation mahlérienne.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 03/11/2008
Laurent VILAREM
 



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  • On dit de Boulez, et particulièrement dans Mahler, qu'il est un chef analytique, avec une nuance sous-jacente presque péjorative, qui semblerait conforter l'idée d'un Mahler pour cœurs secs dont les férus de musique contemporaine et les amateurs de mathématiques spéciales seraient les parangons.

    D'aucuns, évoquant le fougueux rubato de Leonard Bernstein, ajouteraient que cet univers serait le somme de contraires inconciliables et que la révolution interprétative du chef français serait encline à en estomper les contours trop ardents. Mais alors, quel est ce fameux plus qu'apporte Boulez dans Mahler – car ce n'est assurément pas un moins, tant ces interprétations peuvent désarçonner et même bouleverser – ?

    Dès les premières mesures de Rheinlegendschen, issu du Knaben Wunderhorn, ce grand cycle de mélodies de jeunesse dont ne sont présentés ce soir que des extraits, les sonorités de la Staatskapelle Berlin éblouissent par leur transparence. Et c'est afin de donner à entendre l'ensemble de la profuse orchestration que Boulez réduit drastiquement le volume sonore. On pourrait dire de cette option qu'elle rend la musique de Mahler étrangement confortable mais également qu'elle permet de prêter l'oreille au moindre détail de la partition.

    Ainsi, Das irdische Leben, qui décrit la supplique d'un enfant réclamant du pain à sa mère, se fera comme en ligne directe, sans surlignage intempestif ; au pathos inhérent à un tel sujet, à l'auditeur d'apporter le sien. Point de tiédeur non plus comme le prouve Lob des hohen Verstandes (Éloge de la raison suprême), où comme requis dans le texte seront convoqués les braiments stridents d'un âne. Il faut ajouter que le chef français trouve ce soir un idéal déséquilibre en la personne de la soprano Dorothea Röschmann, d'une grande présence dramatique et qui réussit parfaitement à l'intérieur d'un même Lied la caractérisation de plusieurs personnages.

    La 4e symphonie qui suit permet de préciser mieux encore l'art du chef français. C'est une nouvelle fois sa direction presque euphémistique qui retient l'attention. Les grelots qui ouvrent la partition ne seront ainsi nullement forcés, ni les mélodies d'inspiration populaire, mais comme traités à égalité avec les autres fragments de cette œuvre kaléidoscopique de 1904.

    Développement organique

    À la différence d'autres interprètes qui préfèrent s'appuyer sur l'expressivité d'une apparition soliste et faire saillir en opposition le velours d'une pâte orchestrale, Boulez semble davantage partir d'une orchestration différenciée pour aboutir au solo – ainsi de l'étrange scordatura du violon du deuxième mouvement qui sonne avec la plus grande acuité –, où chacun collabore, sans que l'un soit trame principale et l'autre détail. Ce Mahler se préoccupe finalement moins de narration que de développement organique du matériau, et c'est en cela qu'il serait analytique.

    Le sublime mouvement lent Ruhevoll tel qu'il est donné ce soir sera ainsi de ces expériences de concert qui vous hantent discrètement et pour longtemps. Plus qu'un fleuve à l'élan déchirant, l'évidence et la limpidité de la gestique de Boulez auquel répond un orchestre de bout en bout idéal laissent passer dans la salle le frisson de lentes ondulations métaphysiques.

    Avec une science de la conduite du temps musical qui laisse pantois – quelle assurance, quelle douceur ! –, chaque groupe instrumental écoute et console l'autre avec une étonnante tendresse. Boulez ne fait pas de Mahler un expressionniste, mais un grand humaniste qui par pudeur a consenti à l'écoulement du temps et qui privilégie le dialogue instrumental.

    Et quand pour le mouvement final, Dorothea Röschmann réapparaît, sa voix, sertie d'un tel écrin, se fait celle de notre enfance retrouvée.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 03/11/2008
    Laurent VILAREM

    Concert Mahler de l’Orchestre de la Staatskapelle Berlin sous la direction de Pierre Boulez, avec la participation de la soprano Dorothea Röschmann à la salle Pleyel, Paris.
    Gustav Mahler (1860-1911)
    Rheinlegendschen
    Das irdische Leben
    Verlor'ne Müh
    Wo die schönen Trompeten blasen
    Lob des hohen Verstandes

    Symphonie n° 4 en sol majeur
    Dorothea Röschmann, soprano

    Staatskapelle Berlin
    direction : Pierre Boulez

     


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