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CRITIQUES DE CONCERTS 26 septembre 2020

RĂ©cital de la mezzo-soprano Elīna Garanča accompagnĂ©e par l’European Sinfonia sous la direction de Karel Chichon dans le cadre des Grandes Voix au Théâtre des Champs-ÉlysĂ©es, Paris.

Le charme Ă  la baltique
© Simon Fowler / Virgin Classics

Fidèles Ă  leur vocation, les Grandes Voix viennent de proposer au Théâtre des Champs-ÉlysĂ©es le premier rĂ©cital parisien de la mezzo-soprano Elīna Garanča, accompagnĂ©e par l’European Sinfonica dirigĂ© par le bouillant Karel Chichon. Une soirĂ©e pleine de charme sinon d’émotion profonde, par une interprète pour le moins ravissante.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 15/11/2008
Monique BARICHELLA
 



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  • Après des stars plus consacrĂ©es telles que June Anderson et Dmitri Hvorostovsky Ă  Pleyel et avant Juan Diego FlĂłrez le 24 novembre au TCE, Les Grandes Voix ont eu l’heureuse idĂ©e d’inviter une authentique belle voix moins connue du public français. Comme son nom de consonance plutĂ´t hispanisante et le rĂ©pertoire ibĂ©rique qu’elle dĂ©fend avec brio ne l’indiquent guère, Elīna Garanča est nĂ©e Ă  Riga en Lettonie.

    Après une Cenerentola remarquĂ©e au Théâtre des Champs-ÉlysĂ©es, elle s’est imposĂ©e en Dorabella dans le Così fan tutte de Patrice ChĂ©reau Ă  Aix puis Ă  Garnier, oĂą elle a Ă©galement chantĂ© Sesto dans la ClĂ©mence de Titus en 2006. Nous l’avions dĂ©couverte prĂ©alablement en Charlotte de Werther Ă  l’OpĂ©ra de Vienne, oĂą la mise en scène très particulière d’Andrei Serban transposait le livret dans l’AmĂ©rique puritaine des annĂ©es 1950 et faisait d’elle une blonde hitchcockienne perverse et frigide manipulant Werther. Ce spectacle est d’ailleurs disponible en DVD chez TDK avec Marcelo Alvarez dans le rĂ´le-titre. Enfin, Garanča vient de confirmer son affinitĂ© avec notre rĂ©pertoire en Marguerite de la Damnation de Faust au Grand Théâtre de Genève.

    Pour son rĂ©cital parisien, la ravissante cantatrice dont le charme indĂ©niable, le timbre veloutĂ© et la musicalitĂ© idĂ©ale ont s’emblĂ©e conquĂ©rir la salle, s’attarde cette fois longuement sur notre Carmen nationale. Elle chante ce soir tous les grands airs du rĂ´le, sauf celui des cartes. Certes, sur le plan vocal, la Habanera comme la SĂ©guĂ©dille sont irrĂ©prochables et d’un français correct. La voix est corsĂ©e, le timbre clair, colorĂ© et chaud. Manquent nĂ©anmoins la caractĂ©risation, la sensualitĂ© et la sauvagerie du personnage, comme le sens des mots. Elīna Garanča a bien la voix de Carmen, mais pas le tempĂ©rament.

    Avant de s’y risquer au théâtre, il lui faudra, outre un bon metteur en scène, approfondir le personnage pour dépasser ce côté trop lisse, trop hédoniste qui laisse son interprétation en surface. Sentiment qui se confirme et s’accentue dans la Chanson bohème où le tempo et le rythme ne lui permettent plus d’articuler, ce qui rend le texte souvent inintelligible.

    La soirée avait commencé par une trop brève partie belcantiste qui nous a laissés sur notre faim. L’ouverture du Barbier de Séville, alertement enlevée par l’European Sinfonia, il est vrai composé en partie de musiciens de l’English Chamber Orchestra, était pourtant de bonne augure. D’ailleurs, la prestation de l’orchestre et du jeune chef anglais dans la Symphonie espagnole de Lalo, dans le Capriccio espagnol de Rimski-Korsakov et dans les accompagnements des airs, se révèlera un des atouts de la soirée.

    Impeccable style belcantiste

    Garanča nous gratifie de son cĂ´tĂ© de l’air de Sara, All’afflito è dolce il piante, de Roberto Devereux de Donizetti, d’un impeccable style belcantiste. Se Romeo t’uccise un figlio des Capuletti de Bellini convainc en revanche moins. On aurait surtout aimĂ© que la mezzo s’aventure davantage dans le rĂ©pertoire rossinien qu’elle privilĂ©gie aussi pour l’instant Ă  la scène. Notons que son prochain CD chez Deutsche Grammophon sera consacrĂ© Ă  Rossini, Bellini et Donizetti.

    Changement radical de tenue après l’entracte, avec une robe du soir flamboyante et une autre coiffure pour aborder un autre style dans une seconde partie très festive consacrĂ©e Ă  la Zarzuela espagnole. Avec ce rĂ©pertoire a priori très Ă©loignĂ© de ses racines et de sa glamoureuse blondeur baltique comme de sa rĂ©serve naturelle qui pourrait passer pour de la froideur, Garanča rĂ©vèle des affinitĂ©s Ă©tonnantes.

    Elle fait preuve d’un naturel coquin et d’une verve irrésistibles. La salle chavire et s’enthousiasme pour Barbieri et son Petit Barbier de Lavapies. Et plus encore pour Luna et Chapi avec les justement célèbres airs de l’Enfant juif et des Filles de Zébédée, alors que l’on prétend que le public français est imperméable aux charmes de la Zarzuela !

    On reste ensuite dans le solaire avec deux bis consacrĂ©s Ă  Granada et Ă  la sĂ©rĂ©nade Marechiane de Tosti. Visage, sourire, silhouette, robes, coiffures, voix, rĂ©pertoire, tout est dĂ©cidĂ©ment ravissant chez Elīna Garanča. Trop peut-ĂŞtre ?




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 15/11/2008
    Monique BARICHELLA

    RĂ©cital de la mezzo-soprano Elīna Garanča accompagnĂ©e par l’European Sinfonia sous la direction de Karel Chichon dans le cadre des Grandes Voix au Théâtre des Champs-ÉlysĂ©es, Paris.
    Bizet, Lalo, Rimski-Korsakov, Chapi, Barbieri, Luna, Rossini, Donizetti
    Elīna Garanča, mezzo-soprano
    European Sinfonia
    direction : Karel Chichon

     


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