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CRITIQUES DE CONCERTS 24 mai 2018

Nouvelle production de Didon and Énée de Purcell mise en scène par Deborah Warner et sous la direction de William Christie à l’Opéra Comique, Paris.

Didon, ou de la perfection
© Elisabeth Carecchio

Comment la juxtaposition d’éléments disparates a-t-elle pu donner naissance au spectacle parfait ? C’est que, sans prétention à l’authenticité, Deborah Warner est tout simplement allée puiser son théâtre aux sources shakespeariennes de Didon et Énée de Purcell. Contaminés par l’évidence, les Arts Florissants livrent leur plus belle prestation depuis longtemps.
 

Opéra Comique - Salle Favart, Paris
Le 05/12/2008
Mehdi MAHDAVI
 



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  • L’œuvre, d’abord, est parfaite : condensé d’une époque, de son théâtre, qui doit encore tout aux Élisabéthains, et de sa musique, perméable à toutes les influences continentales, et transcendée par le génie de Purcell. Deborah Warner ne s’abîme donc pas dans la démonstration d’un concept miracle, tirant simplement le fil tendu par Fiona Shaw – un théâtre à elle-seule –, qui dit en guise de prologue des textes de Ted Hugues, T.S. Eliot et William Butler Yeats, concentré contemporain et poétique de ce qui va suivre.

    Parce que Didon et Énée a pu être créé dans un pensionnat de jeunes filles – hypothèse infirmée par la musicologie –, l’actrice irlandaise a suggéré à son metteur en scène fétiche un chœur muet de jeunes élèves. Des fillettes en uniforme peuplent donc le plateau à moitié nu de l’Opéra Comique. À moitié seulement, puisque Chloe Obolensky y a posé, suspendu quelques éléments, qui ne font pas tout à fait un décor mais évoquent un théâtre de tréteaux et bouts de ficelle – un rideau de chaînes, quelques voiles, des bancs – devant une façade classique, une aire de jeu en somme.

    Aux fillettes, qui courent en tout sens, crient, esquissent un pas de danse baroque, se mêlent des choristes en vêtements ordinaires qui sont un lien, font le liant avec des protagonistes en costumes d’époque. Trois niveaux, qui sont autant d’échos aux textes du prologue et démultiplient les champs de perception : horrifiques aux yeux des enfants, les sorcières se révèlent pestes drolatiques, alors même qu’à leur innocence, la tragédie de l’abandon ne paraît guère plus qu’un jeu d’adultes.

    De cette juxtaposition somme toute postmoderne du trivial et du sublime, Deborah Warner tire une cohérence proprement baroque par l’intégration de la mise à distance temporelle, plutôt que de recourir à l’artifice d’une prétendue reconstitution à l’identique : le mythe s’incarne à travers la réalité des corps, et non la stylisation des poses.

    Déployant pour la circonstance un chœur et un orchestre fournis alors que la précédente Didon des Arts Florissants se jouait à un par partie, William Christie étale ses contrastes en jouant d’effets chromatiques, sans jamais briser la fluidité d’un discours d’une infinie souplesse.

    Remarquable de concentration sinon de timbre – la clarté de l’extension de son mezzo ne manque pas de susciter une certaine perplexité sur sa véritable nature vocale –, Malena Ernman est une Didon tout entière tendue vers la mort. Sombre, animal, l’Énée de Christopher Maltman relâche son vibrato comme l’homme s’abandonne dans les bras, sur le sein de la femme aimée, comme Énée s’écarte un instant de sa route. Et puis, dans des registres aussi opposés que possible, la Belinda pulpeuse et souple, suprêmement colorée de Judith van Wanroij et la sorcière à l’alto bizarre d’Hilary Summers, imposante autant que provocante, sont également irrésistibles.

    Une certaine idée de la perfection, réunion d’éléments a priori hétéroclites, qui sont le fait de l’œuvre même, et dont aucun ne saurait être retranché d’un spectacle qui laisse pantois.




    Opéra Comique - Salle Favart, Paris
    Le 05/12/2008
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production de Didon and Énée de Purcell mise en scène par Deborah Warner et sous la direction de William Christie à l’Opéra Comique, Paris.
    Henry Purcell (1659-1695)
    Dido and Aeneas, opéra en un prologue et trois actes (ca. 1689)
    Livret de Nahum Tate d’après l’Énéide de Virgile.

    Chœur et orchestre des Arts Florissants
    direction : William Christie
    mise en scène : Deborah Warner
    décors et costumes : Chloe Obolensky
    éclairages : Jean Kalman

    Avec :
    Fiona Shaw (Prologue), Malena Ernman (Dido), Christopher Maltman (Aeneas), Judith van Wanroij (Belinda), Hilary Summers (Sorceress), Lina Markeby (Second Woman), Céline Ricci (First Witch), Ana Quintas (Second Witch), Marc Mauillon (Spirit), Ben Davies (Sailor).

     



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