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CRITIQUES DE CONCERTS 21 mai 2018

Concert de l’Orchestre Philharmonique de Londres sous la direction de Vladimir Jurowski, avec la participation du pianiste Nicholas Angelich au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Tchaïkovski retrouvé
© Roman Gontcharov

Malgré la magistrale interprétation du 2e concerto pour piano de Brahms délivrée par Nicholas Angelich et Vladimir Jurowski, c’est la lecture absolument novatrice de la Symphonie Pathétique de Tchaïkovski donnée par le chef russe qui restera gravée dans les mémoires. Une référence désormais incontournable.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 12/12/2008
Gérard MANNONI
 



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  • C’est vrai, le concert avait commencé à un niveau exceptionnel. Nicholas Angelich, on le sait, a trouvé dans la musique de Brahms un champ d’action où ses exceptionnelles qualités techniques et musicales peuvent de déployer dans toute leur ampleur. Le monumental 2e concerto lui permet de s’investir en profondeur dans un univers aussi complexe pour les doigts que pour la cervelle et la sensibilité.

    Aujourd’hui parvenu à un grand stade de maturité, il peut aller au cœur des multiples problèmes que pose cette partition de près d‘une heure d’horloge, les analyser, y réfléchir et apporter une foule de solutions parfaitement convaincantes, une fois encore dans tous les domaines, celui du rapport à l’instrument, celui de la pensée et celui, peut-être le plus important, de la portée émotionnelle de l’œuvre.

    Une portée émotionnelle qui n’est jamais superficielle mais scrupuleusement générée par des constructions dont il est fondamental de rendre claire l’existence, comme dans toute œuvre de Brahms. Alors, tout semble couler de source, les enchaînements comme les contrastes, la logique des développements, celle de la dynamique, les incroyables équilibres voulus en permanence par le compositeur qui laisse part quasi égale au soliste et à l’orchestre, sans chercher à les poser en rivaux.

    Avec un son naturellement large et riche, Angelich n’a aucun problème à affirmer cette présence royale du piano, d’autant que la subtilité de la direction de Jurowski et la qualité d’exécution instrumentale des musiciens du Philharmonique de Londres lui permettent d’établir un partenariat idéal. Un vrai grand moment de vraie grande musique, qui devrait compter dans la carrière d’Angelich, qui prend place parmi ses plus célèbres aînés connus comme référence dans ce répertoire himalayen.

    Ceux qui pensaient avoir vécu l’essentiel de cette soirée avaient pourtant tort, car ce que réservait Jurowski dans la 6e symphonie, dite « Pathétique », de Tchaïkovski, valait aussi son pesant d’or. Ah, ce surnom, qu’il aura causé de mal à cette partition ! Le désespoir latent de la thématique, le lyrisme de quelques thèmes aura justifié tous les excès dans le pompeux, le larmoyant et le grandiloquent, à écarter de l’œuvre quelques générations d’auditeurs.

    Une Pathétique épurée à l’extrême

    Et voici que Jurowski, avec la plus exacte analyse de l’écriture orchestrale de la partition et notamment de la nécessaire mise en valeur de multiples parties solistes et de vraies passages de musique de chambre plutôt que des grands tutti, avec une parfaite connaissance de la vie et de la psychologie du compositeur dont les souffrances psychologiques personnelles intenses ne pouvaient que très pudiquement s’exprimer et ne paraître que masquées, épure cette musique, la purifie à l’extrême, avec un art confondant.

    Une lumière totalement nouvelle, franche, directe, sans flamboiements intempestifs, éclaire tout dans une vérité impérieuse. À celui qui demandait à Michel-Ange comment il arrivait à donner vie à ses personnages à partir d’un bloc de marbre brut, l’immense sculpteur répondit qu’il suffisait de les dégager en enlevant tout ce qu’il y a autour.

    C’est à peu près ce que fait Jurowski avec la 6e de Tchaïkovski, la révélant dans sa vraie vie, tellement plus significative, en la dépouillant de tout le pathos dont on la croit généralement chargée. Faut-il lui reprocher que, dans le troisième mouvement en particulier, on ait frisé une certaine sécheresse rythmique un peu excessive ? Non, mieux vaut pencher en ce sens, car la générosité fondamentale du langage n’en est guère affectée, tant elle est omniprésente et forte par elle-même.

    Directeur musical du Festival de Glyndebourne depuis 2001, chef principal du London Philharmonic depuis 2007, Vladimir Jurowski est bien, avec Tugan Sokhiev son cadet de cinq ans seulement en poste à Toulouse, la personnalité la plus apte à assurer la relève de cette lignée glorieuse de chef russes dont Valery Gergiev et le letton Mariss Jansons sont aujourd’hui les plus exaltant représentants.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 12/12/2008
    Gérard MANNONI

    Concert de l’Orchestre Philharmonique de Londres sous la direction de Vladimir Jurowski, avec la participation du pianiste Nicholas Angelich au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Johannes Brahms (1833-1897)
    Concerto pour piano et orchestre n° 2 en sib majeur op. 83
    Nicholas Angelich, piano

    Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Symphonie n° 6 en si mineur op. 74 « Pathétique »

    London Philharmonic Orchestra
    direction : Vladimir Jurowski

     


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