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CRITIQUES DE CONCERTS 19 octobre 2018

Récital de la violoniste Arabella Steinbacher accompagnée au piano par Robert Kulek dans le cadre des Grands Solistes au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Entre talent et fragilité
© Michael Leis

À vingt-sept ans, la violoniste allemande Arabella Steinbacher effectue une carrière incontestablement internationale. Ce récital parisien dans le cadre des Grands Solistes laisse cependant plus d’interrogations que de certitudes. Du talent, de la technique, mais aussi une approche généralement peu en profondeur d’un programme peut-être trop diversifié.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 13/12/2008
Gérard MANNONI
 



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  • De père allemand et de mère japonaise, la très jolie Arabella Steinbacher bénéficie d’un double héritage culturel qui devrait lui permettre une approche bien personnelle du répertoire. Elle joue, nous dit-on, plus de vingt concertos. Est-ce bien raisonnable, même si c’est avec les orchestres et les chefs les plus réputés ? Il est parfois préférable d’aller bien au fond d’une partie du répertoire plutôt que de courir d’un bout à l’autre de l’histoire de la musique à un âge encore aussi jeune.

    Combien de grands virtuoses n’ont osé aborder telle partition ou même tel compositeur qu’après moult expériences et bien des hésitations ? Ces réflexions viennent spontanément à l’esprit à la fin de ce récital, où la violoniste proposait des compositeurs de natures très diverses.

    Elle les a tous servis avec une technique de doigts et d’archet brillante, mais aussi avec un son assez uniforme, sans grandes ressources de couleur ni d’ampleur. Surtout, elle donne l’impression de survoler les mondes de Poulenc, de Prokofiev, de Brahms et de Ravel, de manière plus purement instrumentale que soucieuse d’approfondissement et de personnalisation.

    Ainsi la Sonate de Poulenc, que créa Ginette Neveu, requiert certainement une énergie et un tempérament comme en possédait la géniale violoniste pour avoir toute l’intensité tragique contenue du climat si angoissé et violent des années de guerre pendant lesquelles elle fut composée. C’est ici surtout le charme et le goût des dessins thématiques qui sont mis en valeur, sans que l’émotion naisse vraiment.

    Même constatation avec la 2e sonate de Prokofiev. Rappelons qu’elle est la transcription par le compositeur et à la demande d’Igor Oïstrakh qui la créa, d’une sonate pour flûte composée elle aussi pendant la guerre. Est-ce une coïncidence si c’est un archet aussi puissant, rigoureux et d’un son prodigieusement riche que celui d’Oïstrakh qui y est également associé ? Malgré sa précision et un véritable investissement, l’approche d’Arabella Steinbacher ne s’inscrit guère dans cet héritage.

    On attend alors la 3e sonate de Brahms pour voir si la jeune violoniste sortira un peu de sa réserve et s’engagera plus à fond. Mais il n’en est rien. Aucune faute de goût, certes, aucune erreur fondamentale de style, mais une vraie difficulté encore à aller au-delà d’une belle exécution des notes.

    Quant à Tzigane de Ravel, ultime pièce du récital, ce n’est de toute évidence pas dans la nature spontanée de l’artiste à ce jour. Œuvre redoutable techniquement, elle exige un autre type de tempérament et de son pour parvenir à créer de climat de feu et presque de folie que la chorégraphie de Balanchine a si bien traduit en danse.

    La très belle musicalité de Robert Kulek au piano encadre valeureusement le travail de la violoniste sans parvenir à l’entraîner hors des sentiers prudents où elle s’est cantonnée. Arabella Steinbacher sait bien jouer du violon. Il semble, à l’écoute de ce récital, qu’il lui faille trouver un moyen plus convaincant d’utiliser cela.

    Est-ce par un travail plus axé sur la sensibilité et l’émotion ? Est-ce en se concentrant sur un répertoire plus ciblé et choisi différemment ? Les sommités musicales qu’elle semble côtoyer quotidiennement dans sa brillante carrière devraient être aptes à le lui dire.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 13/12/2008
    Gérard MANNONI

    Récital de la violoniste Arabella Steinbacher accompagnée au piano par Robert Kulek dans le cadre des Grands Solistes au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Poulenc, Prokofiev, Brahms, Ravel
    Arabella Steinbacher, violon
    Robert Kulek, piano

     


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