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CRITIQUES DE CONCERTS 01 octobre 2020

Concert de l’Orchestre de Paris sous la direction d’Ilan Volkov, avec la participation du pianiste Kun Woo Paik à la salle Pleyel, Paris.

Le grand jeu d’Ilan Volkov ?
© Simon Butterworth

La venue de jeunes chefs √† la t√™te de grands orchestres est toujours un √©v√©nement d'importance. Le chef isra√©lien Ilan Volkov, √Ęg√© de 32 ans, d√©√ßoit cependant √† la t√™te de l'Orchestre de Paris, dans un programme plac√© sous le signe du jeu, o√Ļ le pianiste cor√©en Kun Woo-Paik se taille la part du lion avec un magnifique 2e concerto pour piano de Prokofiev.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 07/01/2009
Laurent VILAREM
 



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  • Des jeunes chefs comme Gustavo Dudamel, Lionel Bringuier, Daniel Harding ou Mikko Franck, qui impressionnent les plus grandes sc√®nes internationales par leur talent, on guettait le passage de l'Isra√©lien Ilan Volkov, n√© en 1974, √† la t√™te de l'Orchestre de Paris, pour compter parmi eux un nouveau chef trentenaire d'avenir.

    C'est que celui qui fut assistant de Seiji Ozawa √† Boston et qui occupe actuellement le poste de directeur musical au BBC Scottish Orchestra avait brillamment remplac√© au pied lev√© Esa-Pekka Salonen il y a deux ans √† la t√™te du m√™me orchestre. Le programme est en outre all√©chant. Deux ballets m√©connus de Stravinski c√ītoient le tube qu'est le 2e concerto pour piano de Prokofiev et les mirobolants Jeux de Debussy, phare de la production du XXe si√®cle.

    Pourtant, d√®s les premi√®res mesures du Baiser de la f√©e, les espoirs plac√©s en Volkov se replacent dans la douce lumi√®re de la lucidit√©. Compos√© en 1928, en hommage √† Tcha√Įkovski pour Ida Rubinstein ‚Äď Stravinski √©tait alors en d√©licatesse avec Diaghilev ‚Äď, ce ballet est un divertimento o√Ļ la loupe stravinskienne agit √† plein tant l'orchestration n√©o-classique tranche dans les timbres pour conf√©rer une vie exceptionnelle √† cette musique qui reste cependant anecdotique.

    On a parfois l'impression d'observer, √† l'instar de Pulcinella, un narquois concerto pour orchestre o√Ļ les diff√©rents pupitres se toisent et se r√©pondent. L'Orchestre de Paris y montre sa sonorit√© habituelle, bellement ma√ģtris√©e mais dont la grande homog√©n√©it√© entra√ģne toutefois un certain manque de personnalit√©. Car il faut un orchestre d'une verdeur survolt√©e pour transcender √©galement l'autre ballet de Stravinski pr√©sent au programme, Jeux de cartes.

    √Čcrit en 1938, le ballet a pour argument une partie de cartes ‚Äď le poker √©tait l'occupation pr√©f√©r√©e du compositeur avant-guerre ‚Äď qu'on oublie pour pr√™ter l'oreille √† une musique aussi √©blouissante dans le d√©tail que frustrante dans son r√©sultat sonore tant le compositeur para√ģt plus int√©ress√© par l'√©criture que par le souci de raconter une histoire. Une nouvelle fois, Volkov donne √† entendre avec soin l'ensemble de la partition, avec professionnalisme et √©l√©gance.

    Avec la venue du pianiste Kun Woo Paik, on espérait l'élément perturbateur qui contrarierait le manque de tranchant notable de la conduite du chef israélien. Le pianiste coréen est en effet l'interprète idéal du 2e concerto de Prokofiev : la redoutable cadence du premier mouvement est avalée avec son particulier mélange de force et d'élan, galvanisant un orchestre dont la reprise par les cuivres provoque alors une foudre sonore à pierre fendre. On gagerait pourtant tout au long du concerto que le chef peine à suivre son pianiste et à dépasser le simple accompagnement.

    Il faudra ainsi attendre Jeux de Debussy pour voir Volkov s'√©brouer dans son √©l√©ment. Car de cette partition aussi reconnue dans l'Histoire de la musique que rare au concert, pi√®ce qui r√©ussit le prodige √† √™tre √† la fois la plus avant-gardiste et la plus fra√ģche du compositeur de la Mer, le jeune chef parvient √† en rendre le c√īt√© fuligineux et √† r√©ussir les fameuses couleurs orchestrales d‚Äôarri√®re-plan que r√©clamait son auteur.

    Jeux est de ces musiques qui, par leur profusion de rythmes et de timbres, tourbillonnent aussi vertigineusement qu'un essaim d'abeilles. L'alanguissement et la timidité qu'y insuffle Volkov exacerbe la mélancolie sous-jacente de cette ode à la jeunesse écrite par un compositeur malade. Aussi, on remarque enfin la douce sensibilité d'un chef qui aura su s'imposer au sein d'un orchestre qui demandait cependant à être bousculé. Jeux nous redonne donc bien l'idée que Volkov est un chef trentenaire à suivre.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 07/01/2009
    Laurent VILAREM

    Concert de l’Orchestre de Paris sous la direction d’Ilan Volkov, avec la participation du pianiste Kun Woo Paik à la salle Pleyel, Paris.
    Igor Stravinski (1882-1971)
    Le Baiser de la fée, divertimento

    Serge Prokofiev (1891-1953)
    Concerto pour piano et orchestre n¬į 2
    Kun Woo Paik, piano

    Igor Stravinski (1882-1971)
    Jeux de cartes, ballet en trois donnes

    Claude Debussy (1862-1918)
    Jeux, poème dansé

    Orchestre de Paris
    direction : llan Volkov

     


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