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CRITIQUES DE CONCERTS 26 octobre 2020

Nouvelle production de Tosca de Puccini mise en scène par Anthony Pilavachi et sous la direction de Kwamé Ryan au Grand-Théâtre de Bordeaux.

Intense tragédie
© Guillaume Bonnaud

Catherine Naglestad (Tosca) et Jean-Philippe Lafont (Scarpia)

Le Grand Théâtre de Bordeaux justifie plus encore que d’habitude son qualificatif d’opéra national. La nouvelle Tosca maison est en effet marquée d’une intensité peu ordinaire, entre la direction de Kwamé Ryan, la présence d’un Jean-Philippe Lafont qui fait un retour éclatant dans le rôle de Scarpia, enfin celle du jeune ténor Alfred Kim.
 

Grand-Théâtre, Bordeaux
Le 22/01/2009
Nicole DUAULT
 



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  • Chaque saison, le Grand Théâtre de Bordeaux propose un opéra populaire avec deux distributions et une dizaine de représentations. Tosca est une production marquante. Elle est le premier opéra dirigé par Kwamé Ryan depuis sa prise de fonction de directeur musical de l’Orchestre National de Bordeaux Aquitaine. Il a véritablement ressuscité la formation, pas seulement dans sa qualité musicale. Les musiciens bordelais comptent des pupitres remarquables. Ryan leur a donné quelque chose de plus qui relève de la psychologie : l’envie et le plaisir de jouer.

    Cela se sent à chaque mesure. À partir de là, tout coule de source. Le jeune Canadien tient ses musiciens et les empêche de tomber dans le sentimentalisme vulgaire, la guimauve dont on a si souvent affublé Puccini. Il les mène à un train d’enfer dans une analyse d’une délicatesse profonde et une intensité sonore pleine de pulsions que répercute admirablement l‘acoustique du théâtre.

    La mise en scène de Tosca relève souvent de l’impossible tant l’histoire se déroule dans des lieux historiques ultra connus qui laissent peu de place à l’imagination. On peut difficilement échapper au Palais Farnèse et au Château Saint-Ange. Le metteur en scène irlandais Anthony Pilavachi, qui signe sa première réalisation française, s’en sort par des détails dans le décor et dans l’expression des personnages.

    Le décor du I est celui d’une sombre chapelle de l’église Sant’Andrea della valle. La Marie-Madeleine que peint Cavaradossi n’est pas une peinture élégiaque de Raphaël mais la Vierge de Grünewald dont les larmes qui coulent sur les joues donnent encore plus d’intensité à la férocité du drame qui va se jouer et à ce « lieu de larmes  » qu’évoque Scarpia.

    Le préfet de Rome est sans doute plus que d’habitude le personnage principal. Le réalisateur prend à la lettre le qualificatif de « satyre bigot Â» que lui donne le texte. À la fin du I, Scarpia entrouvre son costume et découvre sur sa poitrine un visage de Christ couronné d’épines ainsi qu’un silice. L’atrocité est de tous les plans : une brèche en forme de croix s’ouvre dans le mur du fond et laisse entrevoir une fresque représentant la Chute des anges, qui sert de décor au boudoir du II où Scapia reçoit Tosca.

    Un pan de la fresque s’ouvre sur la salle de torture où est martyrisé Mario. Quant au III, il montre la terrasse du château Saint-Ange illuminée de projecteurs où des hommes et femmes du monde en tenue de soirée évoluent, coupe de champagne à la main, pour assister à la mise à mort de Cavaradossi. Cela se faisait, paraît-il, lors des exécutions capitales sous Franco en Espagne. Mais on n’imaginait pas le château Saint-Ange si perméable aux allées venues.

    Dans le fascisme finissant

    Le climat général de la production est celui du fascisme finissant. Ce n’est guère original, mais ici, c’est à peine perceptible, souligné seulement comme une évidence. Pilavachi a évacué certains lieux communs qui polluent souvent l’œuvre : point de chandeliers qu’allume Tosca autour du cadavre de Scarpia qu’elle vient d’assassiner. Quand à la scène mièvre qui débute le III avec le pâtre chantant d’une voix angélique, elle a été zappée. L’enfant chante en coulisses. On ne le voit pas. La scène finale est quant à elle pudique, sans grandiloquence, tout simplement évidente dans l’enchaînement criminel.

    Le plateau provoque une succession de surprises. Jean-Philippe Lafont retrouve le rôle de Scarpia qu’il a si souvent interprété à l’Opéra de Paris au point de nous en lasser par une pesante vulgarité voulue. Rien de tel ici. Bien dirigé, le baryton est capable de la plus formidable des incarnations. Il est douloureusement atroce en sadique exalté qui ne sait que posséder et non pas aimer. Sa diction superbe, sa voix d’une ampleur magnifique, donnent la chair de poule.

    Floria Tosca est l’Américano-scandinave Catherine Naglestad. Voix puissante, elle sait émouvoir dans sa très belle prière au II. En revanche assez inexpressive au I, elle montre quelques faiblesses au III. Mais sans doute n’est-ce qu’un accident de rodage. La révélation de la soirée est le ténor coréen Alfred Kim, admirable Cavaradossi. On devrait le connaître mieux : il remporta en 2002 le concours Plácido Domingo au Châtelet et est programmé depuis un peu partout, mais rarement en France. Peut-être ce superbe Mario va-t-il convaincre les scènes hexagonales de l’accueillir plus souvent.




    Opéra national de Bordeaux, jusqu’au 4 février.




    Grand-Théâtre, Bordeaux
    Le 22/01/2009
    Nicole DUAULT

    Nouvelle production de Tosca de Puccini mise en scène par Anthony Pilavachi et sous la direction de Kwamé Ryan au Grand-Théâtre de Bordeaux.
    Giacomo Puccini (1854-1924)
    Tosca, opéra en trois actes (1900)

    Chœurs de l’Opéra national de Bordeaux
    Orchestre national Bordeaux Aquitaine
    direction : Kwamé Ryan
    mise en scène et éclairages : Anthony Pilavachi
    décors : Markus Meyer
    costumes Pierre Albert

    Avec :
    Catherine Nagelstad (Floria Tosca), Alfred Kim (Mario Cavaradossi), Jean-Philippe Lafont (Scarpia), Yuri Kissin (Cesare Angelotti), Jean-Philippe Marlière (un Sacristain), Antoine Normand (Spoletta), David Ortega (Sciarrone), Loïck Cassin (un geôlier).

     



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