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CRITIQUES DE CONCERTS 20 février 2018

Récital du pianiste Denis Matsuev au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Maître en quête de vérité

Avec cet éblouissant récital, le pianiste russe Denis Matsuev s’affirme définitivement comme l’égal des virtuoses les plus éminents venus de l’est. Technique foudroyante doublée d’un sens musical et d’une personnalité hors du commun : encore l’un de ces petits génies mûris au cœur d’une école pianistique toujours aussi efficace.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 29/01/2009
Gérard MANNONI
 



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  • Il a tente trois ans, ne remplit pas encore le Théâtre des Champs-Élysées, mais cela ne saurait tarder. Denis Matsuev, si brillant il y a quelques semaines dans le 3e concerto de Prokofiev sur cette même scène, a confirmé, avec un récital à dominante romantique, ses authentiques qualités d’interprète et de musicien et pas seulement de virtuose foudroyant.

    Car sa technique, à une époque où l’on est pourtant habitué à une sorte de surenchère, parvient quand même à étonner tant elle se déploie dans une absolue diversité. Puissance extrême et sons les plus doux et arachnéens, déferlement où l’œil ne parvient même plus à suivre le déplacement des mains et ralentis onctueux comme posés sur un nuage, rien, absolument rien ne semble impossible à ce pianiste qui donnait ses premiers concerts à l’age de 9 ans. Encore un, dira-t-on ! Mais justement, le programme qu’il proposait pour ce récital avait valeur d’épreuve de vérité.

    Si la 7e sonate de Prokofiev nous ramène aux émotions fortes et à la pyrotechnie du 3e concerto entendu voici peu, les pages de Schumann et de Chopin qui la précédaient étaient d’une toute autre nature. Impossible de tromper son monde avec les Scènes d’enfants jouées en début de programme, ni avec les Études symphoniques, ni même avec le 1er scherzo de Chopin.

    Là, on fait de la musique ou on fait des notes. Matsuev fait incontestablement de la musique et pas n’importe laquelle. La sienne. C’est-à-dire qu’après un moment de surprise devant ses choix, on est conquis précisément par cet engagement personnel, sincère, total, dans des tempi, des nuances, des accentuations qui ne sont ceux de personne d’autre mais vivent au cœur de ces musiques.

    Dans les Scènes d’enfants, tout ce que la partition contient de contrastes entre rêveries impalpables, immatérielles et fougueux emportement est traité de manière à aller au plus profond de la portée intime de ces pages que tant d’interprètes traitent en surface, s’en tenant à la tentation descriptive contenue dans le titre des différentes pièces. Ici, ce sont toutes les angoisses schumaniennes, tous les rêves, toutes les interrogations sous-jacentes à une écriture faussement simple mais en fait aussi intense dans son dépouillement que certaines mesures de Schubert ou de Mozart, qui surgissent et nous captivent.

    Dans la dimension plus lyrique, plus opulente et plus orageuse encore des Études symphoniques, on retrouve ce même instinct des oppositions de couleurs, de dynamiques, animé par une sensibilité assez miraculeuse. Tout cela bouge d’une vie permanente sous-tendue par une énergie sensible même dans les moments les plus méditatifs et intériorisés. Tout le monde ne joue pas Schumann comme cela.

    Ce n’est pas dans la tradition léguée notamment par la grande école germanique. D’ailleurs, peu nombreux sont ceux qui, même aujourd’hui pourraient se permettre de telles fulgurances techniques, même momentanées . Mais c’est la vérité de Schumann, une vérité telle qu’on peut la connaître à 30 ans en étant né en Sibérie et en ayant le piano dans le sang, telle que devaient la vivre les romantiques dans leur enthousiasme un peu fou et leur imaginaire toujours exalté.

    Vérité aussi de Chopin dans un inoubliable 1er scherzo, débordant de joies et de douleurs, d’enthousiasmes et d’espoirs déçus, de sonorités complexes, tantôt miroitantes, tantôt froides. Matsuev est sans contredit un grand maître de la couleur, contrairement à tant de ses contemporains chez qui l’habileté digitale ne possède pas pareille palette. Mais, devant son piano, de quoi n’est-il pas un grand maître ?




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 29/01/2009
    Gérard MANNONI

    Récital du pianiste Denis Matsuev au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Schumann, Chopin, Prokofiev
    Denis Matsuev, piano

     


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