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CRITIQUES DE CONCERTS 16 novembre 2018

Création mondiale d’Yvonne princesse de Bourgogne de Philippe Boesmans dans la mise en scène de Luc Bondy et sous la direction de Sylvain Cambreling à l’Opéra de Paris.

Yvonne étonne
© Ruth Walz

Mireille Delunsch (la Reine Marguerite)

Après les succès de la Ronde ou de Julie, Philippe Boesmans donne au Palais Garnier la création de son nouvel opéra. Profitant de la charge explosive de la pièce de Gombrowicz et de la mise en scène pareille à une bande dessinée satirique de Luc Bondy, Yvonne, princesse de Bourgogne vivifie, étonne et déçoit à la fois.
 

Palais Garnier, Paris
Le 30/01/2009
Laurent VILAREM
 



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  • Du nouvel opéra de Philippe Boesmans, on pourrait dire qu'il déçoit en étonnant ou qu'il étonne en décevant. Somme inextricable d'éléments contradictoires que le compositeur choisit de traiter par la voie médiane, voilà un opéra audacieux. À notre sens, plus que le précédent opus lyrique du compositeur belge, Julie, qui s'inspirait de Strindberg.

    Car il était aventureux de mettre en musique la pièce de Gombrowicz, sommet de cruauté et de misogynie, qui voit le Prince Philippe vouloir épouser « la mollichonne, l’inappétissante, la désastreuse Yvonne » par défi. Amour qui se transformera vite en volonté de torture à l'égard de la pauvresse – « il me vient l'idée de vous tenir en laisse ou de vous voir travailler à la chaîne » – bientôt partagée par la cour entière.

    La malheureuse princesse déchue sera ainsi en proie à une conspiration générale d'assassinat et finira étouffée lors d'un grand banquet royal par les arêtes d'une... perche. La cour entonnera alors un Lacrymosa aussi hypocrite que savoureux.

    Le contenu de la pièce est explosif. Préfigurant le théâtre de Ionesco, Yvonne est d'une sauvagerie satirique où des échanges quotidiens claquent comme dans un film et où chaque personnage en prend vertement pour son grade. De la Reine chantre de l'onanisme au Roi férocement meurtrier ou aux dames de la Cour, toutes refaites et siliconées.

    Qu'apporte donc la musique à ce charivari joyeusement nihiliste ? C'est la question qui traverse ces deux heures de représentation résolument divertissantes. Yvonne a en terme d'opéra une originalité première : son héroïne est muette. L'Allemande Dörte Lyssewski livre une prestation mémorable. Sidérante et poétique, elle parvient avec son corps et l’expression du visage à paraître tour à tour endormie, retardée, lubrique ou hallucinée.

    Et si la prosodie des autres personnages de la cour rappelle celle d'un Grand opéra à la Bizet (ou à la Debussy, dans les passages plus murmurés), Yvonne n'ouvrira la bouche que pour vociférer d'une voix rocailleuse des rots ou des insultes. L'effet est saisissant.

    © Ruth Walz

    Le premier acte sera d'une légèreté et d'une rapidité fulgurantes, où la critique sociale sous-jacente de l’intrigue sera renforcée par la mise en scène corporelle et colorée de Luc Bondy. Car on peut voir Yvonne comme l'élément social perturbateur d'une cour aux signes ostentatoires de richesse.

    Au Roi (délicieux Paul Gay) affublé d'une montre en or et de lunettes toutes sarkoziennes, à la Reine (la grande Mireille Delunsch enrubannée de violet et de diamants purpurins) répondent le luxe des costumes (de Milena Canonera) et du décor (de Richard Peduzzi), qui consonent eux-mêmes avec les ors du Palais Garnier. C'est que nous sommes à l'opéra, et voir la haine que provoque une misérable inadaptée dans un monde jet-set dans pareil endroit ne manque pas de sel.

    Mais contrairement à la Petite fille aux allumettes de Helmut Lachenmann, tentative délibérée de traumatiser le public de l’Opéra de Paris, la musique funambule de Boesmans ne choisit pas son camp. Elle évolue sur la corde raide et oscille entre dissonances rétives et réminiscences consonantes.

    Notons aussi l'incroyable excellence du Klangforum Wien dirigé de main de maître par Sylvain Cambreling, habitué depuis la Ronde aux entrechats boesmaniens. Dans cette première partie, on ne peut cependant s'empêcher de penser que la mise en musique d'Yvonne, princesse de Bourgogne ralentit les répliques et atténue la cruauté de la pièce.

    Ce n'est qu'après l'entracte que Boesmans gagne la partie. En optant définitivement pour la voie de l'opéra traditionnel, qui se traduit par l'apparition de collages et d'un incroyable air de bel canto (qui parle de masturbation), le compositeur belge renforce l'absurde et la poésie de la pièce, et signe par ce qui demeure sa marque : une ironie froide et élégante. Le tout finit par créer un spectacle déroutant, à vrai dire autrement plus pernicieux que s'il avait crûment exposé sa singularité.

    Autre bonne nouvelle de ce spectacle, l'équipe vocale presque entièrement constituée de francophones, tous excellents, du chœur les Jeunes Solistes préparé par Rachid Safir à l'ébouriffant Prince Philippe de Yann Beuron, en passant par la basse Victor von Halem qui tous ont le chic et la distance nécessaires.




    Palais Garnier, jusqu’au 8 février.




    Palais Garnier, Paris
    Le 30/01/2009
    Laurent VILAREM

    Création mondiale d’Yvonne princesse de Bourgogne de Philippe Boesmans dans la mise en scène de Luc Bondy et sous la direction de Sylvain Cambreling à l’Opéra de Paris.
    Philippe Boesmans (*1936)
    Yvonne, princesse de Bourgogne, comédie tragique en quatre actes et en musique
    Livret de Luc Bondy et Marie-Louise Bischofberger d'après la pièce de Wiltold Gombrowicz

    Création mondiale

    Commande de l'Opéra de paris

    Ensemble Vocal les Jeunes Solistes
    préparation : Rachid Safir et Daniel Navia
    Klangforum Wien
    direction : Sylvain Cambreling
    mise en scène : Luc Bondy
    décors : Richard Peduzzi
    costumes, coiffures et maquillages : Milena Canonero
    éclairages : Dominique Brugière

    Avec :
    Dörte Lyssewski (Yvonne), Paul Gay (Le Roi Ignace), Mireille Delunsch (La Reine Marguerite), Yann Beuron (Le Prince Philippe), Victor von Halem (Le Chambellan), Hannah Esther Minutillo (Isabelle), Jason Bridges (Cyrille), Jean-Luc Ballestra (Cyprien), Guillaume Antoine (Innocent), Marc Cossu-Leonian (Valentin).

     



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