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CRITIQUES DE CONCERTS 15 octobre 2018

Version de concert du Chevalier à la rose de Strauss sous la direction de Christian Thielemann au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Le Chevalier à la rose de toutes les convoitises
© Kasskara / DG

Distribution de luxe jusqu’aux plus petits rôles, affiche complète des mois à l’avance, billets dérobés lors de leur expédition postale, le Rosenkavalier de Christian Thielemann en version de concert avait tout pour être le sommet de la saison 2008-2009 du Théâtre des Champs-Élysées. À juste titre et malgré quelques déconvenues.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 04/02/2009
Yannick MILLON
 



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  • C’était le climax de la saison du TCE, le genre d’événement pris d’assaut dès l’ouverture des réservations et attendu comme une vraie expérience musicale. Fleming, Koch, Damrau, Hawlata, Grundheber, Vargas, Thielemann et Munich dans un Chevalier à la rose, fût-il en version de concert : la salle est donc comble, chaque strapontin pris d’assaut, et le public piaffe d’impatience.

    À minuit passé, à l’issue d’une représentation où la scène aura beaucoup plus manqué qu’on ne l’aurait cru – on se consolera avec la parution prochaine de la captation in scena à Baden-Baden –, le triomphe est bien au rendez-vous, mais l’assistance en délire qu’on avait imaginée reste plutôt sage et civilisée. Et pourtant, quelle soirée d’opéra !

    On ne peut pas dire que Christian Thielemann soit un adepte de la caresse musicale, défendant au contraire une version musclée et très symphonique d’une partition qui se découvre une énergie brute, une violence inaccoutumées. Son d’orchestre creusé, épaisseur, rubato parfaitement maîtrisé dans un cadre général de vigueur et de rigueur rythmiques, au-delà de coups de cravache qui pourront heurter les amateurs de suavité, on reste stupéfait par la cohésion de l’ensemble, son irréprochable degré de finition et son dramatisme, culminant dans un deuxième acte proprement anthologique.

    On peut bien sûr préférer approches plus chambristes, dentelées ou vaporeuses, mais Thielemann, sur tous les fronts à la fois, reste attentif au plateau et vient à bout de toutes les chausse-trappes d’une partition que l’immense Karl Böhm considérait naguère, à juste titre, comme l’une des plus difficiles de tout le répertoire lyrique, en donnant à entendre une kyrielle de détails d’ordinaire noyés dans la masse.

    Solidement appuyé sur une tradition bavaroise de Strauss, plus assise et ronronnante que les diaprures viennoises – mais après tout, le compositeur était munichois –, le Philharmonique de Munich, sans doute pas le plus coloré des instruments, est d’une solidité et d’une virtuosité à toute épreuve, et suit son chef comme un seul homme, avec une réactivité extraordinaire.

    Fastueux jusqu’au plus petit rôle, le plateau, tout galvanisé qu’il est, doit veiller à ne pas se laisser emporter par la déferlante orchestrale. Privé de la scène et sans doute définitivement abîmé par d’insensés Sachs à Bayreuth, Franz Hawlata n’a plus guère à offrir à Ochs qu’une gouaille, une verve idiomatiques, quand la voix, qui n’a plus ni grave ni aigu, affiche un état de délabrement que ne saurait racheter toute la truculence du monde.

    D’un quart de siècle son aîné, le vétéran Franz Grundheber dispose encore d’un instrument beaucoup plus sain et mieux projeté, au service d’un Faninal idéalement tachycardique, en meilleure voix même qu’à Salzbourg il y a cinq ans.

    Même entamé par le fort refroidissement annoncé, Ramón Vargas assure le Chanteur italien avec une luminosité, une santé de timbre et d’émission, un legato miraculeux, même s’il joue la prudence et évite d’en rajouter dans la caricature. Toujours impayable, Jane Henschel darde en Annina quelques aigus-javelots dont elle a le secret, bien épaulée par le Valzacchi zézayant à souhait de Wolfgang Ablinger-Sperrhacke.

    Reste le trio de tête, magistral sur le papier, et au premier chef la Maréchale de Renée Fleming, pourtant souvent décevante ce soir. Le timbre, de la richesse crépusculaire que l’on connaît, la finesse sophistiquée des interventions n’empêchent pas la voix d’être fréquemment absorbée dans la masse sonore, le grave et le bas-médium, si sollicités au I, d’être poitrinés avec une couleur peu élégante, et l’aigu de manquer d’espace – un Silberne Rose court en harmoniques.

    Surtout, la proximité de collègues nettement plus attentives au texte met impitoyablement en lumière un manque de vélocité du débit, une déclamation toujours floue, jamais naturelle. Reste évidemment l’art de l’évanescence, le côté un peu triste et absent – certains diront éteint – de l’incarnation, la beauté de la silhouette de cette Maréchale par culture sinon par nature.

    À l’inverse, Sophie Koch, qui ravira la vedette à la belle Américaine et à l’ensemble du plateau à l’applaudimètre, confirme qu’elle est l’un des meilleurs Octavian du moment : ardent, juvénile, très masculin d’énergie, aux aigus irradiants, à l’allemand au-delà de tout reproche, dont, pour ergoter, on pourra seulement regretter le grave manquant de chair et le timbre parfois un rien durci.

    Enfin, hormis quelques inutiles soufflets faisant disparaître la voix au milieu des délicieux hululements des clarinettes dans la partie stratosphérique de la Présentation de la rose, Diana Damrau est un ravissement en Sophie chipie, coquette, immature mais touchante par son ingénuité, en tout cas d’une égalité des registres, d’une beauté de la pleine voix, d’une facilité d’aigus et d’un soin de l’émission propres à opérer des prodiges dans une soirée d’opéra fascinante jusque dans ses faiblesses.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 04/02/2009
    Yannick MILLON

    Version de concert du Chevalier à la rose de Strauss sous la direction de Christian Thielemann au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Richard Strauss (1864-1949)
    Der Rosenkavalier, comédie en musique en trois actes (1911)
    Livret de Hugo von Hofmannsthal

    Renée Fleming (la Maréchale)
    Franz Hawlata (le Baon Ochs)
    Sophie Koch (Octavian)
    Franz Grundheber (Faninal)
    Diana Damrau (Sophie)
    Irmgard Vilsmaier (Marianne)
    Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Valzacchi)
    Jane Henschel (Annina)
    Ramón Vargas (un chanteur italien)
    Andreas Hörl (un commissaire de police)
    Wilfried Gahmlich (le majordome de la Maréchale)
    Lynton Black (un notaire)
    Jörg Schneider (le majordome de Faninal)

    Theaterkinderchor am Helmholtzgymnasium
    préparation : Waltraud Kutz
    Philharmonia Chor Wien
    préparation : Walter Zeh
    Münchner Philharmoniker
    direction : Christian Thielemann

     


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