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CRITIQUES DE CONCERTS 25 mai 2018

Version de concert de Béatrice et Bénédict de Berlioz sous la direction de Sir Colin Davis au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

La mort du chant français 2

La distribution du Benvenuto Cellini de Berlioz récemment paru chez LSO Live avait suscité l’effroi dans ces colonnes. Malgré la Béatrice irradiante de Joyce DiDonato et l’impayable Somarone de Jean-Philippe Lafont, la version de concert de Béatrice et Bénédict par l’Orchestre national de France sous la direction de Sir Colin Davis n’aura pas manqué de le raviver.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 05/02/2009
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Dès lors que Béatrice et Bénédict de Berlioz est programmé en version de concert – ce qui arrive d’ailleurs plus fréquemment qu’en version scénique –, une question se pose : que faire des dialogues ? Les couper, purement et simplement, ou bien les remplacer par un texte de liaison dit par un récitant, ou encore les abréger. Cette fois, le choix s’est porté sur la troisième solution. Et les ciseaux ont été confiés à Jean-Louis Martinoty, qui en a fait un usage somme toute modéré.

    Sans doute ce dernier est-il aussi responsable d’une mise en espace qui ne fait qu’ajouter une agitation d’autant plus vaine que les chanteurs sont tous plus empêtrés les uns que les autres dans un texte que la plupart donnent l’impression de déchiffrer. À l’exception du Somarone de Jean-Philippe Lafont, dont la faconde n’est plus à dire, et des interprètes des rôles-titre, bien excusables de par leurs origines, c’est à qui jouera, ou plutôt lira le plus faux…

    L’inconvénient est que le chant est à l’avenant. Réduits qu’ils sont à la portion congrue par la partition, le Claudio de Jean-François Lapointe et le Don Pedro de Nicolas Cavallier le lui rendent bien, en voix sans couleur ni esprit, tandis que pour ses quelques bribes de phrases à découvert, l’Ursule d’Élodie Méchain gonfle soudain le col.

    Bardée des prix les plus prestigieux, qui lui ont sans doute valu d’enregistrer un premier récital chez Decca, et précédée des échos dithyrambiques de sa Manon niçoise du printemps dernier, Nathalie Manfrino ne déçoit pas, elle inquiète. Quand le timbre n’est pas recouvert d’un épais voile d’air, c’est en effet le vibrato déjà prononcé de ce jeune espoir du chant français qui se charge de le noyer, emportant avec lui consonnes et voyelles.

    Du point de vue de l’élocution, Charles Workman est un Bénédict fort estimable. Mais à force d’appui laryngé, la voix se raidit jusqu’à la rupture dans le haut du registre, l’inverse en somme de la souplesse, de l’insolence, de l’insouciante vaillance d’émission exigées par une partie à laquelle Berlioz a conféré de faux airs de légèreté.

    Aussi attendue que peut l’être une personnalité artistique de son calibre, Joyce DiDonato domine évidemment ses partenaires, ne serait-ce que parce que l’instrument répond à la moindre de ses sollicitations sans se défiler. Si elle ne manque ni d’ardeur ni d’esprit, la mezzo américaine est-elle pour autant une berliozienne naturelle ?

    Irradiante toujours, elle ne parvient pas à modeler la pâte vocale avec autant d’aisance que dans d’autres répertoires, afin que les mots, l’expression épousent la ligne dans l’andante de Il m’en souvient. Perdant leur capacité de rebond, les consonnes sortent plus d’une fois du cadre.

    Sir Colin Davis et son amour pour Berlioz méritaient assurément mieux. Miraculeusement pourtant, les harmoniques se fondent dans les ensembles et la magie opère, particulièrement dans un duo nocturne frissonnant, hors du temps. Porté par un geste d’une évidence tranquille, l’Orchestre national est de bout en bout en état de grâce, irisé, bondissant, palliant les déficiences d’un chant décidément en berne. L’honneur de la France est sauf !




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 05/02/2009
    Mehdi MAHDAVI

    Version de concert de Béatrice et Bénédict de Berlioz sous la direction de Sir Colin Davis au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Hector Berlioz (1803-1869)
    Béatrice et Bénédict, opéra-comique en deux actes (1862)
    Livret du compositeur d’après Much Ado about Nothing de Shakespeare
    Dialogues adaptés par Jean-Louis Martinoty

    Joyce DiDonato (Béatrice)
    Charles Workman (Bénédict)
    Nathalie Manfrino (Héro)
    Élodie Méchain (Ursule)
    Jean-François Lapointe (Claudio)
    Jean-Philippe Lafont (Somarone)
    Nicolas Cavallier (Don Pedro)
    Christophe Fel (Léonato)

    Chœur de Radio France
    Orchestre National de France
    direction : Sir Colin Davis

     


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