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CRITIQUES DE CONCERTS 02 avril 2020

Nouvelle production de Siegfried de Wagner mise en scène par David McVicar et sous la direction de Claus Peter Flor à l’Opéra du Rhin.

Un Siegfried Heroic Fantasy
© Alain Kaiser

Poursuite du Ring strasbourgeois de David McVicar toujours avec le même succès. Si cette lecture en magnifique livre d’images d’Heroic Fantasy ne renouvelle pas l’approche d’une œuvre à clés, elle compte parmi les plus abouties et théâtrales du genre illustratif. Un bon plateau et la direction miroitante de Claus Peter Flor concourent à la réussite de l’ensemble.
 

Opéra du Rhin, Strasbourg
Le 13/02/2009
Yannick MILLON
 



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  • Avec sans doute moins d’originalitĂ© que dans les deux premiers volets, mais toujours autant de théâtre et de soin dans la rĂ©alisation scĂ©nique, le Siegfried de l’OpĂ©ra du Rhin poursuit avec succès la quĂŞte tĂ©tralogique de David McVicar. Mais on n’attendra pas ici du metteur en scène Ă©cossais une transposition, voire une relecture politique ou psychanalytique.

    Ce Siegfried se contente de raconter l’intrigue en en respectant les rouages et la dramaturgie si élaborée, en donnant à voir une succession de magnifiques images qu’on croirait issues du Seigneur des anneaux de Peter Jackson, conférant une dimension narrative à cette scénographie d’Heroic Fantasy – une forge de cinéma, une forêt tentaculaire d’arbres-barbelés, un dragon-arachnée crédible, un Wanderer encapuchonné comme un Nazgûl.

    Cette deuxième journée demeure de surcroît l’une des plus convaincantes que l’on ait vues quant à la direction d’acteurs : pas un moment n’échappe au metteur en scène, qui sait donner vie à des personnages de conte mais aussi de chair, par la pertinence des attitudes, des gestes, sans une once de statisme ou le moindre tunnel.

    McVicar dresse d’ailleurs le portrait le plus savoureux de Mime depuis Chéreau, faisant du nain une sorte d’impayable Heidi à couettes et tablier, dont, entre mille autres facéties qui rythment admirablement le spectacle, on retiendra la désopilante sortie de scène à la manière de Marie-Pierre Casey dans la pub Pliz.

    L’originalité serait ici plutôt à chercher dans le parcours initiatique inversé du héros, jeune adulte au lever de rideau, et qui semble opérer une régression vers la petite enfance à l’apprentissage du corps de Brünnhilde. On sera seulement plus réservé, au-delà de stupéfiantes qualités vocales, sur les grommellements, chuintements et gloussements appuyés d'un Alberich à la stature visuelle par ailleurs tout à fait adéquate.

    © Alain Kaiser

    En mendelssohnien aguerri, Claus Peter Flor opte pour une lecture chambriste et tout en finesse d’un volet qui a parfois souffert d’une réputation bien excessive de bruyance. Dans des tempi médians, lents même dans les pages mystérieuses, le chef allemand allège, espace, clarifie les textures, laissant s’insinuer maints entrelacs d’ordinaire inaudibles, sans jamais perdre le fil d’une narration aux climats idéalement changeants, assurée par un Philharmonique de Strasbourg attentif et soigné – la suavité des volutes des violons à découvert une fois la barrière de feu franchie.

    Seule paille, et pas des moindres, d’une belle distribution, la présence de la Canadienne Jeanne-Michèle Charbonnet, que le réveil de Brünnhilde cueille à froid. En quelques années, la voix s’est méchamment détériorée et épaissie, au point de n’être plus capable de la moindre stabilité d’émission et d’afficher un vibrato d’une ampleur nauséeuse. Si au moins cette Walkyrie inattentive au mot et à l’aigu tout effiloché s’essayait à la féminité plutôt qu’à une voix de poitrine entre la poissarde et la mégère, à des années-lumière de la fragilité émerveillée et lumineuse de l’émergence du sommeil.

    On se consolera avec des comparses tous mieux chantants, quand bien même le Wanderer honorable de Jason Howard ne parvient à masquer cette fois une réelle minceur des moyens, notamment dans un aigu sans déploiement, et surtout face à la projection modèle de l’Alberich d’Oleg Bryjak, tellement plus brillant et éloquent, malgré une tendance à finir les longues tenues trop haut.

    Magnifique sauvetage

    Car au premier chef, le Siegfried de Stefan Vinke aura fait mentir la tradition de malédiction du vendredi 13. Lance Ryan souffrant, l’Allemand a dû s’intégrer en toute hâte à une production où il ne dépareille à aucun moment, se payant même le luxe d’un héros bien chantant, à tendance claire et non barytonnante, d’un timbre beaucoup plus séduisant que la moyenne des Heldentenor.

    Surtout, on ne boudera pas un héros qui sait alléger et nuancer avec beaucoup de subtilité une ligne vocale souvent braillée par des confrères mieux préparés. Et même si l’on peut préférer dans l’absolu un ténor plus blindé, d’émission moins nasale et couverte dans certaines tenues de la pleine voix, plus constant dans l’endurance aussi, on applaudira à un sauvetage admirable, couronné par un contre-ut d’une réelle générosité.

    Enfin, on oubliera le Fafner de Jyrki Korhonen, transparent dès lors que le porte-voix cesse de jouer les cache-misère, pour retenir l’Erda d’Alexandra Kloose, de belle ampleur malgré quelques graves hors-ligne, et surtout le Mime superbement piaulant de Colin Judson et l’Oiseau joliment pépiant de Malia Bendi Merad, véritable rayon de soleil dans un rôle souvent confié à des voix d’agrumes pas mûrs.

    On attend donc avec impatience le Crépuscule qui devrait conclure ce Ring parmi les plus aboutis depuis trente ans, en regrettant que ce dernier volet soit repoussé à dans deux saisons en raison de la suroccupation de David McVicar.




    Lire le compte rendu de l’Or du Rhin
    Lire le compte rendu de la Walkyrie




    Opéra du Rhin, Strasbourg
    Le 13/02/2009
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Siegfried de Wagner mise en scène par David McVicar et sous la direction de Claus Peter Flor à l’Opéra du Rhin.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Siegfried, deuxième journée du festival scénique Der Ring des Nibelungen (1876)
    Livret du compositeur

    Orchestre philharmonique de Strasbourg
    direction : Claus Peter Flor
    mise en scène : David McVicar
    décors et costumes : Rae Smith
    Ă©clairages : Paule Constable

    Avec :
    Stefan Vinke (Siegfried), Colin Judson (Mime), Jason Howard (Der Wanderer), Oleg Bryjak (Alberich), Jyrki Korhonen (Fafner), Alexandra Kloose (Erda), Jeanne-Michèle Charbonnet (Brünnhilde), Malia Bendi Merad (Stimme des Waldvogels).

     



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