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CRITIQUES DE CONCERTS 21 février 2018

Récital de la soprano Nina Stemme accompagnée au piano par Bénédicte Haid dans le cadre de la série les Grandes Voix à la salle Pleyel, Paris.

Une pointure de trop ?
© Tanja Niemann

Très attendue, cette première apparition de Nina Stemme à Paris n’aura pas rempli toutes nos espérances. Une belle artiste certes, avec un potentiel énorme et de vraies qualités, une grand voix, sans doute même une trop grande voix, une fois encore, pour ce type de concert, mais surtout un réel manque de charme, se sensualité, de couleurs. La public a adoré quand même.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 17/02/2009
Gérard MANNONI
 



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  • Il est probable que des temps viendront où ceux qui, comme votre serviteur, eurent la chance d’entendre les grandes voix des années 1950-1970, ne seront plus de ce monde. Il n’y a en plus pour si longtemps… Mais jusque-là, il faudra bien accepter que les artistes exceptionnels de ces années d’or continuent à faire référence, chacun dans leur spécialité, car on mélangeait alors infiniment moins les genres.

    Callas n’aurait pas donné un récital Schubert, ni Freni, ni Tebaldi. Schwarzkopf, Seefried ou Grümmer n’auraient pas chanté Sieglinde ni la Force du destin. Et si Astrid Varnay, Birgit Nilsson ou Gwyneth Jones, wagnériennes émérites, se risquèrent à l’occasion au récital, ce ne fut que rarement et de manière très anecdotique dans leur carrière.

    Rysanek ne voulut jamais chanter ni Isolde ni Brünnhilde malgré des moyens que personne ne possède aujourd’hui. Et du jour où ces très grandes voix furent des Isolde et Brünnhilde, voire des Elektra vénérées dans le monde entier, elles abandonnèrent le répertoire italien – hormis pour certaines Turandot – qu’elles avaient pratiqué à leurs début et qui les avait peu à peu conduites aux héroïnes wagnériennes de premier plan.

    Alors, si l’on comprend bien l’enthousiasme que peut susciter un récital comme celui que vient de donner Nina Stemme pour un public en grande majorité contemporain, plus jeune et qui n’eut pas la chance – ou la malchance si l’on regarde sa date de naissance – d’entendre en vrai ces illustres dames, on ne peut éviter pour autant de remettre les pendules à l’heure.

    Nina Stemme a une silhouette très enviable pour une cantatrice aux moyens aussi grands. Car, c’est incontestable, voilà bien une authentique voix de soprano dramatique, avec un aigu facile et clair, des réserves de puissance sur toute la tessiture, un timbre cependant assez neutre de couleur, sans beaucoup de lumière ni de personnalité, mais qui doit passer tous les orchestres du monde.

    Ce n’est pas pour rien que la cantatrice a la réputation non usurpée d’être la plus grande Isolde actuelle. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles la voilà confrontée dans un récital de mélodie avec la quadrature du cercle, ou plus précisément la difficulté quasi insurmontable de faire passer un chameau par le chas d’une aiguille.

    Elle s’y efforce avec courage, s’appuyant avec intensité sur les mots et le sens du texte pour varier les nuances, mais cela n’est pas suffisant pour rendre pleine justice ni insuffler une vie communicative à ce qu’elle interprète, qu’il s’agisse des mélodies de Grieg, de Sibelius, de Rachmaninov et même des Wesendonk-Lieder de Wagner. Elle n’est à l’évidence pas dans un champ d’action qui lui convient.

    Un médium pas très beau

    Car il faut bien reconnaître que cet affrontement avec une écriture inadaptée à la force de ses cordes vocales souligne certains défauts. Le médium n’est pas très beau. Il n’a pas la clarté ni l’homogénéité des aigus. La couleur de la voix reste inchangée, les nuances ne concernant que l’intensité. Il est évident qu’il faut un orchestre pour contrebalancer cela, entourer, mettre en valeur une voix comme celle-ci, apporter couleurs et lumière au moment où elle en manque.

    Mais surtout, il manque ici une sorte de passion intérieure naturelle, un feu sous-jacent, comme celui que possédait Varnay avec un timbre que l’on pouvait trouver plus ingrat mais tellement plus personnel, Nilsson avec une voix plus tranchante mais tellement plus brillante, Jones avec une voix plus flottante mais tellement plus lumineuse, ou aujourd’hui Meier avec moins de facilité naturelle dans l’aigu mais tellement plus de sensualité et d’ardeur.

    Il aura fallu attendre les bis et notamment ceux consacrés à des mélodies en français de Kurt Weil pour qu’une communication spontanée, immédiate, sans artifices, s’établisse. Mais le Zueignung de Strauss, toujours en bis, qui engendra un vrai délire dans la salle, est resté très artificiellement émotionnel.

    Bref, il est dommage que pour sa première venue à Paris, Nina Stemme, même si elle était très bien accompagnée au piano par Bénédicte Haid, excellente musicienne fine et inventive, n’ait pas eu un orchestre pour partenaire, avec un répertoire mettant vraiment en valeur ce que cette artiste a d’unique aujourd’hui. Attendons l’Elisabeth de Tannhäuser qu’elle devrait chanter dans le futur à l’Opéra Bastille…




    Salle Pleyel, Paris
    Le 17/02/2009
    Gérard MANNONI

    Récital de la soprano Nina Stemme accompagnée au piano par Bénédicte Haid dans le cadre de la série les Grandes Voix à la salle Pleyel, Paris.
    Edvard Grieg (1843-1907)
    Mélodies
    Richard Wagner (1813-1883)
    Wesendonk-Lieder
    Jean Sibelius (1865-1957)
    Cinq mélodies op. 37
    Sergueï Rachmaninov (1873-1943)
    Six mélodies op. 4
    Douze mélodies op. 21

    Nina Stemme, soprano
    Bénédicte Haid, piano

     


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