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CRITIQUES DE CONCERTS 23 octobre 2018

Version pour ténor du Werther de Massenet dans la mise en scène importée de Munich de Jürgen Rose, sous la direction de Kent Nagano à l’Opéra de Paris.

Werther sauvé par les voix
© Bernd Uhlig

Pour ses débuts sur la scène de la Bastille, le Werther de Massenet n’a guère été servi par une production munichoise médiocre à tous égards, qu’une excellente distribution a heureusement sauvée, tout comme Ludovic Tézier, que l’on réentendra à la fin de la série dans le version baryton, avait sauvé la première en remplaçant Rolando Villazón.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 03/03/2009
Gérard MANNONI
 



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  • Décidément, nos ténors vedettes ont bien des soucis. Rolando Villazón dut se faire porter pâle pour la première de ce Werther à l’Opéra Bastille, tandis que Jonas Kaufmann annulait sa prise de rôle de Roméo à la Fenice de Venise. On a récupéré un Rolando en bonne forme pour la deuxième représentation et l’on espère qu’il en sera de même pour Kaufmann lors de son concert avec orchestre au Théâtre des Champs-Élysées le 17 mars.

    Heureusement, d’ailleurs, que Villazón était là, car il a sauvé quasiment à lui seul l’aspect théâtral d’un spectacle pâtissant d’une mise en scène assez nulle de Jürgen Rose. Véritable axe central, car il ne quitte guère le plateau, ou presque, même quand il ne chante pas, ce Werther rongé de l’intérieur dès sa première apparition et qui se jette à corps perdu et avec une volupté romantique évidente dans cette passion sans espoir, est d’une totale crédibilité, d’une vraie vie dramatique, et d’un romantisme authentique qui est totalement absent de l’approche scénique de Jürgen Rose.

    Certes, les autres principaux protagonistes ne déméritent pas, mais le personnage d’Albert, même chanté à la perfection par Ludovic Tézier, ne se prête guère à une complexe composition théâtrale et celui de Charlotte, somptueusement chanté par Susan Graham, économe de ses moyens au début, très généreuse à la fin, pâtit un peu de la taille de la cantatrice, de son allure sans doute trop maternelle face à la fougue du jeune Werther, même si elle est la « maman » de ses multiples frères et sœurs. Merci donc à Villazón, qui a « fait le spectacle », comme diraient les anglo-saxons !

    En transposant l’action dans les années 1930 ou 1940, en plantant un décor unique et figé malgré l’usage assez inutile de la tournette, Jürgen Rose n’apporte rien de nouveau ni d’intéressant. Il aplatit au contraire tout le propos de la première partie, dispersant cet univers familial censé être confortable, accueillant, chaleureux, sur la totalité du vaste plateau de Bastille, entre de hauts murs blancs couverts de graffitis représentant sans doute ce qui se passe dans la tête du héros, avec un ou deux arbres maigrichons au lointain et des costumes hideux.

    Perché comme une chèvre des montagnes

    L’hymne à la nature de Werther perché sur son rocher comme une chèvre des montagnes n’y gagne rien en grandeur et perd beaucoup de sens. Et même si l’on passe sur les nombreux ridicules de ce que l’on voit – la crèche vivante grotesque du dernier tableau –, ce qui manque absolument est une vraie direction d’acteurs permettant aux chanteurs de caractériser d’une manière ou d’une autre leurs personnages. À cet égard, tout est banal, convenu, plat.

    Encore une fois, s’il fait du Villazón, Rolando le fait cette fois à meilleur escient qu’en concert et cela marche. Son français pâtit un peu de certaines déformations qui facilitent l’émission, dans l’aigu en particulier, et il donne si généreusement de la voix dès le début que l’on se demande s’il ira jusqu’au bout. Mais il y va. Et c’est tant mieux pour lui, pour nous et pour Massenet.

    Susan Graham, même si elle le fait aujourd’hui avec prudence et n’a pas le timbre cuivré ni l’ardeur viscérale d’une Jane Rhodes, chante toujours Charlotte de façon magnifique, avec intelligence et beaucoup de musicalité. Elle est trop statique, c’est vrai, mais il aurait fallu la guider autrement.

    Ludovic Tézier impressionne lui aussi tant par la qualité du chant que par son impeccable diction et Adriana Kucerova est un Sophie pimpante très adéquate. On saluera aussi le Bailli d’Alain Vernhes, solide témoin d’une autre époque du chant français.

    Quant à Kent Nagano, sans rien apporter de très marquant ni de très personnel dans son approche de la partition, il livre une lecture claire et égale de la musique de Massenet. Rien d’indigne ni rien de très remarquable.

    Avec cette distribution – il faudra voir si Tézier parvient à entraîner l’ensemble aussi vivement que Villazón –, le spectacle ferait somme toute un fort bon Werther et même un Werther assez remarquable, dans un contexte scénique moins prétentieux et surtout approfondi de façon plus conforme à la musique et aux thèmes qu’aborde l’opéra.

    Changer l’époque est aujourd’hui un service minimum qui ne sert à rien si l’on n’y apporte aucune autre justification, quitte à se brûler les ailes dans quelque sulfureuse aventure à scandale style Marthaler, mais où, au moins, il y a un authentique travail dramatique d’analyse et de représentation.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 03/03/2009
    Gérard MANNONI

    Version pour ténor du Werther de Massenet dans la mise en scène importée de Munich de Jürgen Rose, sous la direction de Kent Nagano à l’Opéra de Paris.
    Jules Massenet (1842-1912)
    Werther, drame lyrique en quatre actes et cinq tableaux (1892)
    Poème d’Édouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann d’après Gœthe

    Production du Bayerische Staasoper de Munich

    Maîtrise des Hauts-de-Seine/Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris
    Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Kent Nagano
    mise en scène, décors et costumes : Jürgen Rose
    éclairages : Michael Bauer & Jürgen Rose

    Avec :
    Rolando Villazón (Werther), Ludovic Tézier (Albert), Alain Vernhes (le Bailli), Christian Jean (Schmidt), Christian Tréguier (Johann), Susan Graham (Charlotte), Adriana Kucerova (Sophie).

     



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