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CRITIQUES DE CONCERTS 22 février 2018

Deuxième week-end du festival Présences à Radio France, Paris.

Le Québec à l'honneur

Walter Boudreau

Pour son deuxième week-end à Paris, Présences trace une nouvelle fois une grande arche : de la recréation contestable du rock des années 1970 par une formation classique à un concert du quatuor Bozzini puis de l'ensemble de percussions Sixtrum de Montréal, le festival aura mobilisé de merveilleux musiciens canadiens, dont la SMCQ de Walter Boudreau.
 

Salle Olivier Messiaen - Maison de la Radio, Paris
Le 22/03/2009
Laurent VILAREM
 



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  • Oublions le concert d'ouverture de ce deuxième week-end parisien du festival Présences ce mois de mars. Ou plutôt non, interrogeons-nous sur l'acuité à présenter avec un rare luxe de moyens (orchestre, maîtrise, vidéo, sonorisation) ces transpositions classiques d'albums dits de rock progressif anglais des années 1970.

    Le constat est simple : si vous connaissez ces petits chefs-d'œuvre de rock psychédélique qui durent parfois plus de vingt minutes, tel ce magnifique Close to the edge du groupe Yes, vous vous réjouirez de l'initiative du directeur de Présences, René Bosc, qui a arrangé et dirigé pour l'occasion l'excellente Société de Musique Contemporaine du Québec.

    Si en revanche vous ne connaissez pas ces musiques-là, l'interprétation que vous entendrez avec une séraphique Maîtrise de Radio France, accompagnée d'images illustratives dues à Jérôme Bosc, vous laissera éventuellement dubitatif, et vous aurez également parfois l'impression d'entendre l'encombrant générique d'une émission des 1980 – comme l’inénarrable Champs-Élysées de Michel Drucker –, ou d'entendre un succédané de la célèbre Salsa du démon !

    Pourquoi donc transposer pour formation classique des œuvres populaires d’il y a bientôt quarante ans ? La musique classique est-elle vouée à muséifier ce qui existe déjà par lui-même ? Pourquoi ne pas proposer des rencontres avec des artistes et des groupes d'aujourd'hui, comme Portishead ou à l'intérieur de nos frontières, avec le duo Air ?

    Mais on se rend compte de l'habileté de Bosc face à un tel labeur avec la création française qui suit, Volt + du Québecois Alain Thibault. Aidé de vidéos représentant des figures géométriques, on se croirait cette fois emprisonné dans un laborieux pensum électrifié digne du Top 50 de Marc Toesca et qui ne sait que faire musicalement de ces rythmes house figés.

    Suite du concert également négligeable, avec une anecdotique pièce de Franck Zappa, The dangerous kitchen, par une soprano, Ana Maria Labin, pourtant très investie, et le Frankenstein de Gruber, suite drolatique et parodique des contes de fées occidentaux, malmené par un récitant (Simon Fournier) dépourvu de charisme.

    Les deux autres concerts du week-end offrent heureusement davantage de satisfactions. Un concert du Quatuor Bozzini, impliqué dans une Trance un peu simplette du compositeur canadien Paul Frehner, et précis dans le 3e quatuor de René Koering hélas oublié aussitôt entendu, mais qui régale surtout par la Grande Fugue de Beethoven – une véritable fontaine de jouvence et de modernité – et par un somptueux quatuor du compositeur québécois Walter Boudreau. Le Grand méridien, proposé ici en création française, maintient en effet l'attention près d'une demi-heure durant et étonne par sa générosité instrumentale et son matériau mélodique poudroyant porté jusqu'à l'incandescence.

    Le dernier concert témoigne également de la belle énergie et de la cohésion de la SMCQ, que Walter Boudreau dirige depuis 1988. Luxe que d'entendre la création française d'un des plus grands compositeurs « américains » en la présence de Et je reverrai cette ville étrange de Claude Vivier.

    Ce compositeur québécois mort assassiné à Paris en 1983 fut l'un des compagnons de route de l'école spectrale française, mais en tira une expression tout à fait personnelle et bouleversante. Et je reverrai cette ville étrange frappe par son extrême simplicité mélodique souvent interrompue par des percussions résonnantes. L'ensemble est hypnotique, profondément original et d'une respiration sinueuse où affleure le tragique.

    Vient ensuite ce qu'on peut appeler un classique : Pop Art de Régis Campo a en effet été joué depuis sa création en 2002 plus d'une centaine de fois. Ce fourmillement d'idées, capable d'embrasser en un même geste des techniques répétitives comme les gestes instrumentaux radicaux d'un Helmut Lachenmann, surprend par sa capacité à rebondir constamment dans des directions toujours imprévues. La SMCQ accentue l'acidité et la fascinante mobilité de cette pièce appelée à rester au répertoire.

    La Sixtrum Montréal termine enfin le concert par des pièces pour ensembles de percussions, témoignant par ce biais de la belle programmation, variée et stimulante de ces deux week-ends parisiens de Présences. Enivrante Third construction (in metal) de John Cage, création mondiale plus contestable de Zoom de la jeune compositrice Jana Vösörova, décidée à employer toute l'arsenal de sonorités à sa disposition sans véritable fil conducteur, quand les extraits des Pléiades de Xenakis achèvent le festival dans un tonitruant déluge de percussions à peaux, comme un grand coup de tonnerre.




    Salle Olivier Messiaen - Maison de la Radio, Paris
    Le 22/03/2009
    Laurent VILAREM

    Deuxième week-end du festival Présences à Radio France, Paris.
    Samedi 21 mars

    Tarkus (Lake & Palmer Emerson)
    Close to the edge (Yes)
    21st century Schizoid man (King Crimson)
    (arrangements René Bosc)

    Alain Thibault (*1956)
    Volt +
    Création mondiale

    Frank Zappa (1940-1993)
    The dangerous kitchen

    H.K. Gruber (*1943)
    Frankenstein

    Ana Maria Labin, soprano
    Simon Fournier, baryton
    Maîtrise de Radio France
    Sofi Jeannin, chef de choeur
    Ensemble de percussions Sixtrum de Montréal
    Société de musique contemporaine du Québec
    direction : René Bosc, Walter Boudreau
    vidéo : Mathieu Biederman, Jérôme Bosc


    Dimanche 22 mars

    16h – Studio Sacha Guitry

    Paul Frehner (*1970)
    Trance
    Création mondiale

    René Koering (*1940)
    Quatuor à cordes n° 3 « Portraits de Francis Bacon en cardinal »

    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Grande Fugue

    Walter Boudreau (*1947)
    Le Grand Méridien
    Création française

    Quatuor Bozzini

    18h – Salle Olivier Messiaen

    Claude Vivier (1948-1983)
    Et je reverrai cette ville étrange
    Création française

    Régis Campo (*1968)
    Pop Art

    John Cage (1912-1992)
    Third construction (in metal)

    Jana Vörösova (*1980)
    Zoom
    Création mondiale

    Iannis Xenakis (1922-2001)
    Les Pléiades (extraits)

    Ensemble de percussions Sixtrum de Montréal
    Ensemble de la SMCQ
    direction : Walter Boudreau

     


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