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CRITIQUES DE CONCERTS 25 février 2018

Récital du pianiste Rafał Blechacz dans la série Piano aux Champs-Élysées au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Nouvelle star pianistique

Déjà bien lancé sur le grand circuit international, Rafał Blechacz a tout pour rejoindre sans tarder l’élite des pianistes de la dernière génération. Sa personnalité est évidente, bien à part, et un Premier grand Prix Chopin obtenu très brillamment à Varsovie en 2006 est une référence absolue qui ne semble pas usurpée.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 27/03/2009
Gérard MANNONI
 



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  • On est forcément tenté de commencer par dire que d’emblée, Rafał Blechacz ne ressemble à aucun autre pianiste. À 23 ans, il en paraît seize quand sa silhouette vraiment adolescente surgit sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées à petits pas rapides, l’air tout heureux de venir jouer du piano pour nous, comme un collégien qui étrenne son premier smoking un peu flottant. Cet air joyeux, voire malicieux, ne le quitte guère, sauf, bien sûr, dans la concentration extrême où le plonge chaque œuvre, mais il peut terminer par exemple les redoutablement difficiles Variations op. 3 de Szymanowski avec l’air du garçon qui vient de faire une bonne farce.

    Et pourtant, quel éclat, quelle maîtrise du clavier, quel esprit d’invention pour faire de ces pages brillantes autre chose qu’une démonstration de virtuosité ! Juste avant, univers très différent avec d’abord le Concerto italien de Bach, puis la 17e sonate en sib majeur de Mozart.

    Avec Bach, ce qui frappe, c’est une approche à la fois très fluide, très coulée, très vive des premier et troisième mouvement, avec une rapport arachnéen au clavier, une vélocité assez démoniaque et surtout, ce que l’on retrouvera tout au long du récital, une sorte d’instinct remarquable pour dérouler le propos musical en trouvant les accents et les phrasés qui lui donnent son relief et son intelligibilité.

    Indépendamment de toute appréciation portée sur l’interprétation elle-même de ces pages comme de celles de Chopin inscrites en deuxième partie, il faut souligner à quel point Rafał Blechacz sait faire surgir exactement ce qui est important là où ça l’est vraiment dans le langage musical qu’il emploie, comme dans une phrase du langage parlé courant que l’on ne comprend, en quelque langue que ce soit, que si sa musique et ses accents sont à leur place. C’est assez fascinant.

    Et puis, quelle belle intériorité dans l’Andante du Concerto italien comme dans l’Adagio de la sonate de Mozart, avec un jeu léger, sans emphase, sans la moindre violence. D’une certaine manière, nous sommes à l’opposé du grand style à la russe des super lauréats du Concours Tchaïkovski qui caracolent aussi parmi les favoris du public actuel, avec raison, d’ailleurs. C’est une autre culture, une autre sensibilité, un autre sens de l’instrument, mais tout aussi séduisant, efficace, véridique.

    On attendait naturellement le jeune pianiste dans Chopin. Après une 3e ballade fort bien jouée mais sans grand investissement personnel, on plonge en plein magie avec la quatrième des Mazurkas op. 17, celle en la mineur, qui nous met face à du très grand piano, dans la sobriété, l’invention, une manière unique de laisser la musique couler des doigts comme inconsciemment, avec un rubato sublime de naturel et de souplesse, des nuances magistralement équilibrées dans un camaïeux de demi-teintes irréelles.

    Même choc avec la Polonaise-Fantaisie op. 61 que l’on a très rarement entendue abordée avec autant de discernement pour mettre en valeur tout ce qu’elle a de plus beau, ses changements de climats, de rythmes, d’écriture, de couleurs. Bien peu d’interprètes ont su trouver cela dans une partition souvent réduite à un brillant morceau de salon. Ici, tout est chargé de signification, montrant à quel point l’œuvre appartient au même univers que celui des autres grandes fantaisies romantiques, de Schubert, Schumann ou Brahms.

    On a vraiment hâte de retrouver ce diablotin du clavier, un diablotin qui cache sous un casque de boucles châtain une cervelle de grand musicien. Signalons aussi qu’il a signé deux disques, l’un Chopin, l’autre Haydn-Mozart-Beethoven, chez Deutsche Grammophon, où il est en exclusivité.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 27/03/2009
    Gérard MANNONI

    Récital du pianiste Rafał Blechacz dans la série Piano aux Champs-Élysées au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Johann Sebastian Bach (1685-1750)
    Concerto italien pour clavier seul en la majeur BWV 971

    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Sonate pour piano n° 17 en sib majeur K. 570

    Karol Szymanowski (1882-1937)
    Variations en sib mineur op. 3

    Frédéric Chopin (1810-1849)
    Ballade n° 3 en lab majeur op. 47
    Quatre mazurkas op. 17
    Polonaise-Fantaisie en lab majeur op. 61

    Rafał Blechacz, piano

     


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