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CRITIQUES DE CONCERTS 25 février 2018

Nouvelle production de Macbeth de Verdi mise en scène par Dmitri Tcherniakov, sous la direction de Teodor Currentzis à l’Opéra de Paris.

Zoom sur Macbeth
© Ruth Walz

Dimitris Tiliakos (Macbeth)

L’Eugène Onéguine tchekhovien de Dmitri Tcherniakov frappait par le pouvoir de persuasion de son théâtre mental. Malgré ses effets de zoom virtuoses, son Macbeth banalisé tient le spectateur à distance et indiffère, à l’instar d’une distribution pourtant incontestable sur le papier. Assurément iconoclaste, la direction de Teodor Currentzis révèle des textures inouïes.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 04/04/2009
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Imaginez que, dans un accès de désœuvrement, vous lanciez Google Earth et zoomiez au hasard sur une ville, ou plutôt un village comme il y en a cent, mille. Dans ce village, comme dans tout village, il y a une place, grise comme un ciel de novembre. Et sur cette place, un homme, sans doute pas tout à fait sobre.

    Mais soudain surgit une foule, elle encercle le malheureux égaré. Sans que l’on sache vraiment pourquoi, elle acclame en lui l’homme providentiel, lui qui n’avait rien demandé, peut-être simplement parce qu’il se trouvait là au moment où il fallait. Sans doute eut-il mieux valu, pour eux, pour lui, qu’il ne s’y trouvât pas…

    Dès lors que le ver est dans le fruit, Macbeth, pas celui de Shakespeare, et donc pas tout à fait non plus celui de Verdi, ô combien fidèle à son modèle malgré les simplifications réductrices du livret de Francesco Maria Piave, peut commencer. Car du tyran sanguinaire, Dmitri Tcherniakov fait un pauvre type, maniaco-dépressif, auquel l’alcool donne des hallucinations : il voit, il entend des sorcières. Nous, bien sûr, ne les verrons pas. Dans sa production d’Eugène Onéguine présentée au Palais Garnier en septembre dernier, le metteur en scène russe brouillait déjà les images mentales sous l’apparence du réalisme.

    Ni hybris, ni surnaturel, mais une histoire banale, pas même sordide, qui détruit la vie morne d’un couple de parvenus. Elle est absolument popote, bonasse, aux petits soins pour son mari qu’elle sait fragile, et que depuis toujours elle ménage, dans cet intérieur impersonnellement cossu que révèle un nouvel effet de zoom. Cette Lady Macbeth n’a aucune prétention au pouvoir, elle ne veut que le bonheur de celui qu’elle a épousé pour le meilleur et pour le pire. Maîtresse, et mère, et sœur, elle ne se délecte pas du sang versé, mais du sourire qu’il pourrait arracher à un masque craintif. Et c’est d’amour qu’elle sombre dans la folie.

    © Ruth Walz

    En lui faisant croire qu’il avait sur elle l’ascendant qu’elle avait sur son esprit malade, la foule, celle-là même qui a poussé Macbeth au crime, cette masse mouvante, versatile, s’évertuera à le détruire, psychologiquement et physiquement. En définitive, Tcherniakov ne raconte pas de si loin l’ascension et la chute de la maison Macbeth, mais avec une telle froideur qu’il n’abolit jamais la distance imposée par l’écran à travers lequel il nous invite, par des procédés assurément virtuoses, à les contempler : « Nous ne blâmons pas, ne condamnons pas ; bien plutôt, nous observons, nous sommes les témoins d’une expérience. »

    Reste que privé des effets cathartiques de l’effroi, du sadisme, de la pitié même pour un couple qui pourtant accède ici au statut de victime, le premier opéra shakespearien de Verdi finit par inspirer une certaine indifférence.

    Mais sans doute est-elle aussi imputable au chant des protagonistes, bien qu’il colle assez justement aux personnages que le metteur en scène leur fait jouer. Hormis quelques fixités dans le suraigu – le bémol de la scène du somnambulisme n’est pas même tenté –, l’instrument somptueux de Violeta Urmana se plie sans difficulté apparente à toutes les exigences, notamment belcantistes, d’une vocalité ardue. Serait-ce parce que son chant est d’une placidité à toute épreuve ?

    Le Macbeth de Dimitris Tiliakos déploie une ligne assurément plus investie, conduite avec correction, c’est-à-dire sans vertige, mais le timbre n’a qu’une couleur, livide. Toujours aussi charbonneux d’émission, Ferruccio Furlanetto répète son Banco avec d’autant plus de métier qu’il le chante depuis trente ans, et en impose définitivement.

    L’un des meilleurs verdiens de sa génération

    Macduff ardent et ferme, un rien larmoyant aussi, Stefano Secco se confirme, de rôle en rôle, comme l’un des meilleurs ténors lyriques verdiens d’une génération qui en compte finalement si peu. Et pour l’anecdote, Letitia Singleton susurre les quelques phrases de la suivante de Lady Macbeth avec une intensité aussi touchante qu’inattendue.

    En cela, elle ne fait après tout que se fondre dans les couleurs, le mouvement fantomatiques de l’orchestre. Car Teodor Currentzis fait table rase, ne se réclamant de la lettre verdienne que pour imprimer sa griffe à chaque mesure, chaque note d’une partition scrutée dans ses moindres détails.

    Parce que l’œil trop souvent gouverne l’oreille – le public le prouve une fois encore, applaudissant à tout rompre à peine les lumières éteintes, comme sourd aux derniers accords de chaque acte –, mieux vaut détourner le regard d’une gestique atypique, échevelée, pour se concentrer sur les textures inouïes que le jeune chef grec obtient non seulement d’un orchestre aux anges, mais d’un chœur d’autant plus conciliant que le metteur en scène le relègue en coulisses lorsqu’il ne le mêle pas aux figurants.

    Cela ne va pas sans un certain narcissisme, qui parfois fige la progression dramatique. Mais en assumant des phrasés tour à tour crus et languides, en bouleversant l’ordre immuable des tempi, en suscitant des équilibres chromatiques et dynamiques sans concession, Currentzis fait tout simplement œuvre de recréation. Et bat le metteur en scène sur le terrain de l’iconoclasme.




    Opéra Bastille, jusqu’au 8 mai




    Opéra Bastille, Paris
    Le 04/04/2009
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production de Macbeth de Verdi mise en scène par Dmitri Tcherniakov, sous la direction de Teodor Currentzis à l’Opéra de Paris.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Macbeth, melodramma en trois actes (1847/1865)
    Livret de Francesco Maria Piave d’après la tragédie de William Shakespeare

    Chœurs et orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Teodor Currentzis
    mise en scène, décors et costumes : Dmitri Tcherniakov
    co-costumière : Elena Zaytseva
    vidéo : Leonid Zalessky/Ninja Films
    éclairages : Gleb Filshtinsky

    Avec :
    Dimitris Tiliakos (Macbeth), Ferruccio Furlanetto (Banco), Violeta Urmana (Lady Macbeth), Letitia Singleton (Dama di Lady Macbeth), Stefano Secco (Macduff), Alfredo Nigro (Malcolm), Yuri Kissin (Medico / Domestico), Jian-hong Zhao (Un sicario), Soliste de la Maîtrise des Hauts-de-Seine (Apparizione I), Denis Aubry (Apparizione II), Vania Boneva (Apparizione III), Jean-Christophe Bouvet (Duncan).

     



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