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CRITIQUES DE CONCERTS 24 mai 2018

Création au Grand Théâtre de Tours de l’Ariadne auf Naxos de Strauss mise en scène par Mireille Larroche, sous la direction de Jean-Yves Ossonce.

Le fil de l’audace
© F. Berthon

Hélène Bernardy (Ariane)

On ne le dira jamais assez, Jean-Yves Ossonce est le directeur d’opéra français qui mêle avec le plus de constance l’audace dans la programmation et le discernement dans les distributions, ce dont témoignent ses réalisations souvent exemplaires. Après la rare Armida de Haydn en ouverture de saison, l’Opéra de Tours ose la création in loco d’Ariadne auf Naxos, sans en perdre le fil.
 

Grand Théâtre, Tours
Le 03/04/2009
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Qui ne tente rien n’a rien ! Telle pourrait être la devise de Jean-Yves Ossonce qui, en dépit de moyens techniques et financiers modestes – ne dit-on pas que l’Opéra de Tours est le plus pauvre de France ? –, a réussi à attirer les regards sur son théâtre grâce à une programmation riche en raretés, faisant la part belle aux promesses du chant français. Et l’audace paie, puisque le chef d’orchestre s’est vu remettre par le Syndicat de la critique le Prix Claude Rostand de la meilleure production lyrique créée en province pour le Pays de Ropartz.

    Mais la mission de tout directeur d’opéra n’est-elle pas d’encourager la (re)création ? Au lieu de quoi, certains s’évertuent à sacrifier le sacro-saint répertoire à coups de cérémonies mortuaires célébrées par un cortège de stars discographiquement labellisées, sur l’autel, ô combien confortable, du consensus mou, dans des théâtres érigés en mausolées.

    Pour peu que la culture soit un patrimoine, ses conservateurs se doivent d’en être, aussi, les acteurs, voire les agitateurs, selon un art subtil du compromis. Dans le Prologue d’Ariadne auf Naxos, le Compositeur en fait l’expérience initiatique : rester fidèle à soi-même, c’est-à-dire à une conception utopique de son art, ou satisfaire aux plaisirs du mécène, consommateur passif qui ne voit dans son œuvre qu’un divertissement parmi d’autres ?

    La production de l’Opéra de Toulon présentée sur la scène du Grand Théâtre de Tours rend assez bien ce dilemme. Mireille Larroche a en effet su se souvenir de la villa Noailles à Hyères pour « la maison de l’homme le plus riche de Vienne » et des peintres de l’avant-garde russe pour les costumes de l’Opéra – sans doute aurait-elle dû oublier le désormais inévitable officier de la Wehrmacht et les accessoires de plage utilisés par Laurent Pelly dans un contexte trop similaire.

    Le Prologue, où texte et musique sont un théâtre à eux-seuls, est une bénédiction pour quiconque possède un minimum de pragmatisme scénique, et ici comme ailleurs, il file. Par contraste, l’Opéra ouvre par la dilatation wagnérienne de son dernier tiers des perspectives philosophiques qui sont la source même de la poétique de Hofmannsthal.

    En restreignant son épiphanie à la réalité de la représentation, Mireille Larroche élude le mystère de la métamorphose. Dès lors, le finale bascule dans la trivialité que le poète voulait à tout prix éviter, ce en quoi il révèle le défi scénique d’Ariane à Naxos, qui est aussi, peut-être, celui du deuxième acte de Tristan et Isolde : la peur du vide.

    L’autre défi, d’ordre musical celui-là, tient à une distribution pléthorique. Comme souvent, Jean-Yves Ossonce a parié sur une majorité de prises de rôles. Aussi, Hélène Bernardy peine d’abord à trouver ses marques, souffle court et aigu chancelant, que ne compense pas une expression souvent agressive de la douleur. Passés ses monologues, cette Ariane libère cependant sa plus belle étoffe.

    Ni pire ni meilleur que la plupart des titulaires de ce rôle inchantable, Jean-François Monvoisin est un Bacchus ingrat de timbre et poussif de ligne, mais son la aigu piano et non détimbré est un luxe qu’il convient de goûter à sa juste, et grande, valeur.

    L’abattage de la Zerbinette de Mélanie Boisvert

    Poussée dans ses retranchements par la fougue endurante et la tessiture sopranisante du Compositeur, Anne Destraël cède quelques couleurs au fil du Prologue, mais son vibrato juvénile et la chaleur de son haut mezzo décuplent l’ardeur de son incarnation. La véritable révélation de cette Ariane n’en est pas moins la Zerbinetta de Mélanie Boisvert, précise et enjouée, suffisamment charnue pour ne pas être simplement piquante, et avec ce supplément d’abattage qui déchaîne le public au moindre suraigu.

    Ses quatre compères forment un ensemble d’une réjouissante homogénéité, tandis que les nymphes jouent chacune pour soi, finalement englouties par la Dryade abyssale d’Elodie Méchain. Enfin, et avant même d’avoir émis la moindre note, Jean-Marie Frémeau et Léonard Pezzino campent des caractères d’une délectable efficacité. C’est ce qu’on appelle le métier.

    Celui que Jean-Yves Ossonce déploie à la tête de l’Orchestre Symphonique Région Centre–Tours est remarquable, ne serait-ce que parce qu’il parvient à obtenir d’une formation peu familière de ce répertoire – et pour cause, le groupe d’une quarantaine d’instrumentistes d’Ariadne étant le seul à loger dans la fosse exiguë du Grand Théâtre – bien mieux qu’une lecture plus ou moins en place de la redoutable partition de Strauss, particulièrement durant le duo final, où il est si aisé de perdre le fil.

    Toujours à la pointe, l’Opéra de Tours brûlera la politesse à l’Opéra de Paris en présentant le mois prochain une nouvelle production de Mireille de Gounod. Réunissant Barbara Ducret, Marc Laho et Michèle Lagrange, la distribution promet bien plus qu’une avant-première.




    Reprise le 15 avril à la Maison de la Culture de Bourges




    Grand Théâtre, Tours
    Le 03/04/2009
    Mehdi MAHDAVI

    Création au Grand Théâtre de Tours de l’Ariadne auf Naxos de Strauss mise en scène par Mireille Larroche, sous la direction de Jean-Yves Ossonce.
    Richard Strauss (1864-1949)
    Ariadne auf Naxos, opéra en un prologue et un acte (1912-16)
    Livret de Hugo von Hofmannsthal

    Orchestre Symphonique Région Centre – Tours
    direction : Jean-Yves Ossonce
    mise en scène : Mireille Larroche
    décors : Nicolas de Lajartre
    costumes : Danièle Barraud
    éclairages : Marion Jouhanneau

    Avec :
    Jean-Marie Frémeau (le Maître de musique), Jean-Louis Meunier (le Majordome), Yves Santejeau (un Laquais), Mickaël Chapeau (un Officier), Anne Destraël (le Compositeur), Jean-François Monvoisin (le Ténor / Bacchus), Emmanuel Zanaroli (le Perruquier), Mélanie Boisvert (Zerbinetta), Hélène Bernardy (Prima Donna / Ariadne), Léonard Pezzino (le Maître à danser), Henk Neven (Harlekin), Christophe Berry (Brighella), Olivier Dumait (Scaramuccio), Frédéric Bourreau (Truffaldino), Stéphanie Loris (Naïade), Elodie Méchain (Dryade), Sabine Revault d’Allonnes (Echo).

     



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