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CRITIQUES DE CONCERTS 16 novembre 2018

To be sung dans le cadre du Domaine privé Pascal Dusapin à la Cité de la Musique, Paris.

Un opéra amniotique

Pascal Dusapin

La Cité de la Musique consacre un Domaine privé au compositeur Pascal Dusapin. Après le cycle intégral des Sept solos pour orchestre en ouverture, l'Ensemble intercontemporain dirigé par Alain Altinoglu donnait l'éblouissant opéra de chambre To be sung, fabuleuse expérience amniotique portée par trois voix de femmes et un récitant.
 

Cité de la Musique, Paris
Le 07/04/2009
Laurent VILAREM
 



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  • Que ceux qui assistèrent à l'exécution du furieux cycle des Sept solos, par l'Orchestre de Liège et Pascal Rophé, en ouverture de ce Domaine privé, s'en persuadent aisément : To be sung est l'une des partitions les plus douces et les plus sensuelles de Pascal Dusapin. C'est qu'à l'origine de cet opéra de chambre écrit en 1993, il y a la lumière. Celles de l'artiste-plasticien James Turrell, qui avait mis en espace lors de la création à Nanterre ces bribes de textes inspirés de l'écrivaine Gertrude Stein.

    Pas de narration à proprement parler dans ce Fait pour être chanté du compositeur français. Un récitant installe un décor – A large and lofty room – campé ici par des écrans de lumière, avant que trois chanteuses n'entament une polyphonie autour d'un texte largement surréaliste fait de maximes, d'exclamations, imprécations qui se rapprochent autant d'un soliloque à trois que du babil d'un bébé.

    La Cité de la musique est plongée dans le noir et l'expérience devient amniotique. Durant un peu plus d'une heure, on est bercés par une musique et des voix qui nous ramènent aux premiers âges de la vie. L'art de Dusapin consiste à créer une œuvre sans début ni fin où la parole est reine. La narration s'y incarne en épisodes contrastés selon des schémas dialectiques : présence/absence, douceur/violence, parole/chant, qui s'incarnent ici avec une confondante vérité.

    Que trois chanteuses s'essoufflent à dire Kiss my lips ad libitum, et l'auditeur haletant perçoit ce qui pourrait s'apparenter à une forme de psyché féminine. Qu'un récitant invisible – l'excellent Geoffrey Carey que l'on pourrait écouter des heures durant – s'enivre d'un ton neutre des allitérations de la langue anglaise et fasse évoluer des mots en changeant une simple syllabe, avant que les trois sopranos ne chantent le verbe Sing, et stupéfaction, Dusapin réussit à retrouver le passage du bébé au jeune enfant qui apprend à goûter la sonorité de sa voix chantée.

    Sensualité de l’orchestre

    Mais nul intellectualisme dans cet opéra-là, où chacun pourrait d'ailleurs y reconnaître ce qu'il veut ; les profanes y retrouveront certes nombre tics de l'écriture contemporaine, mais ils devront concéder la grande sensualité de l'orchestre, ici l'Ensemble intercontemporain emmené par le brillant Alain Altinoglu, qui brusque et cherche le théâtre au détour de chaque mesure, et les trois sopranos anglophones Claron McFadden, Claire Booth et Anna Stephany, pareilles à un hydre vocal à trois têtes.

    On se souviendra longtemps de cette flûte piccolo sinueuse, de ce trombone nerveusement mélancolique et de cette clarinette qui transperce parfois l'espace sonore pour envelopper l'orchestre à la manière d'une berceuse. To be sung évoque l'univers de Morton Feldman, sans l'aspect mortifère. L'opéra de Dusapin s'apparente davantage à une aspiration vers la vie et la lumière.

    Cette naissance de la voix semble même être celle des opéras de Monteverdi, à qui Pascal Dusapin vient d'ailleurs de rendre hommage dans sa récente Passion créée à Aix et reprise en clôture de ce fastueux Domaine privé que lui offre la Cité de la Musique.




    Cité de la Musique, Paris
    Le 07/04/2009
    Laurent VILAREM

    To be sung dans le cadre du Domaine privé Pascal Dusapin à la Cité de la Musique, Paris.
    Pascal Dusapin (*1955)
    To be sung

    Claron McFadden (soprano)
    Claire Booth (soprano)
    Anna Stephany (soprano)
    Geoffrey Carey (récitant)

    Ensemble intercontemporain
    direction : Alain Altinoglu
    dispositif scénique : Ludovic Lagarde
    régie son : Thierry Coduys
    costumes : Christian Lacroix
    éclairages : Sébastien Michaud

     


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