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CRITIQUES DE CONCERTS 22 février 2018

Concert de l’Orchestre national de France sous la direction de Seiji Ozawa, avec la participation de la soprano Renée Fleming au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Le futur antérieur d’Henri Dutilleux

Poussives lectures de Ma Mère l'oye de Ravel et du Roméo et Juliette de Berlioz, mais l'Orchestre national de France dirigé par Seiji Ozawa créent l'événement en invitant Renée Fleming pour la première audition mondiale de Le Temps l'Horloge d’Henri Dutilleux. Une grande œuvre testamentaire, qui sera intégralement bissée.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 07/05/2009
Laurent VILAREM
 



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  • Le Théâtre des Champs-Élysées vient d'ajouter une nouvelle création d'importance à son histoire. Mais le mélomane informé grimace : peut-on véritablement parler de création mondiale de le Temps l'Horloge d’Henri Dutilleux, quand Seiji Ozawa et Renée Fleming ont déjà donné les trois premiers épisodes de ce cycle de mélodies lors du festival Saito Kinen deux ans auparavant ? Assurément oui, tant l'ajout ce soir d'un interlude instrumental puis d'une ultime mélodie, Enivrez-vous, d'après un poème en prose de Charles Baudelaire, bouleverse la perception que l'on peut avoir de cette pièce d'une dizaine de minutes.

    Le Temps l'Horloge de notre nonagénaire national se compose en effet de quatre poèmes, les deux premiers, le Temps l'Horloge et le Masque, sont de Jean Tardieu, le troisième, Le dernier poème, de Robert Desnos, et passé un court interlude, surgit ce désormais fameux Enivrez-vous, qui rappelle par ailleurs l'œuvre ultime d'un autre grand compositeur français : la Chanson à boire écrite par Ravel en 1933.

    On imagine bien l'hésitation qu'a dû ressentir le public japonais en 2007 à l'écoute des trois premiers épisodes. Car le Temps l’Horloge est la quintessence d'un auteur qui a arpenté un immense territoire musical plus d'un demi-siècle durant. On oserait même dire que la voix chez Dutilleux n'est en rien une continuité évidente : la prosodie entrave souvent le flot orchestral, et le soin apporté aux correspondances entre sons et texte engendre un kaléidoscope d'instants harmoniques prodigieux mais parfois fragmentaires.

    Enivrez-vous sera donc le choc salutaire qui aère et relève ce cycle à l'abord sourcilleux. Dans cette mélodie, Dutilleux souhaitait que la voix de Fleming « plane » et que « le sentiment d'exaltation se manifeste de plus en plus ». Dutilleux nous parle ici sans médiation : « Il faut toujours être ivre (...) Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise ».

    La voix s'y libère, aboutissant à une vocalité proche de Berg, somptueusement rendue par Renée Fleming, qui y apporte une distance idoine, de tragique et de joie mêlés. On n'oubliera pas de sitôt l'exhorte finale, « à l'étoile », qui résonne comme un cri. Bien davantage que son précédent cycle pour soprano et orchestre, Correspondances, créé en 2004, le Temps l'Horloge couronne ainsi avec éclat et à propos la production entière du compositeur des Métaboles. Après la longue ovation, et la venue en bord de scène d’Henri Dutilleux présent dans la salle, la pièce sera intégralement bissée, et mieux interprétée d'ailleurs par une Renée Fleming cette fois entièrement à son aise.

    Ma Mère l'oye de Ravel et Roméo et Juliette de Berlioz, qui précèdent et succèdent à cette première, ne respirent hélas pas à la même altitude. Sans pouvoir imputer la faute à l'ONF, aux cordes quelque peu anémiques, ou à Seiji Ozawa, on s'ennuie ferme à Ravel où le chef japonais agit plus en coloriste, et où soignant les détails, il frôle la pondération et la préciosité. Même constat pour Roméo et Juliette, qui malgré des cuivres glorieux, manque de démesure et de passion. Qu'importe, ce concert restera gravé dans les mémoires !




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 07/05/2009
    Laurent VILAREM

    Concert de l’Orchestre national de France sous la direction de Seiji Ozawa, avec la participation de la soprano Renée Fleming au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Maurice Ravel (1875-1937)
    Ma Mère l'oye (ballet intégral)

    Henri Dutilleux (*1916)
    Le Temps l'Horloge
    Création mondiale de l'œuvre intégrale
    Renée Fleming, soprano

    Hector Berlioz (1803-1869)
    Roméo et Juliette (extraits symphoniques)

    Orchestre national de France
    direction : Seiji Ozawa

     


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