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CRITIQUES DE CONCERTS 28 mai 2018

Récital du pianiste Piotr Anderszewski au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Le piano selon Piotr

Personnalité sans aucun doute attachante, le pianiste Piotr Anderszewski cultive une originalité qui peut séduire comme décevoir. Dans ce programme bien éclectique du Théâtre des Champs-Élysées mêlant Chopin, Bach, le dernier Janáček et le dernier Beethoven, il souffle le chaud et le tiède. Une soirée déroutante.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 13/05/2009
Gérard MANNONI
 



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  • À quoi bon tenter de classer Piotr Anderszewski dans une catégorie précise ou chercher à le rattacher à une quelconque école ? Sans être – et il s’en faut de beaucoup – un autodidacte, il va son chemin selon les fluctuations de sa sensibilité. Le résultat d’une telle démarche est à la fois déroutant et excitant. Déroutant, car d’un disque à un concert, d’un concert à l’autre, on entend souvent des approches fort différentes d’une même œuvre, avec des réussites comme des moments moins convaincants.

    Excitante précisément en raison de cette découverte sans cesse renouvelée de l’interprète et des œuvres. Que l’on aime ou pas ce type d’artiste, il faut bien admettre que son talent est indéniable et que la place qu’il occupe dans le monde professionnel et dans les médias qui l’adorent n’est pas usurpée.

    Pour ce récital au Théâtre des Champs-Élysées, il a choisi de nous proposer pour commencer trois mazurkas de Chopin. Une entrée en matière poétique, agréable, avec un toucher sans beaucoup de profondeur, un son d’une richesse relative, mais un sens du phrasé indubitable, des accents bien placés, un charme, un climat qui ne peuvent que séduire.

    Avec la 6e Partita de Bach qui suit, on aurait aimé un changement d’univers plus réellement marqué et, dans l’ensemble, un autre rapport à l’instrument. Tour à tour romantique et fluide dans sa manière de faire chanter les thèmes et les développements les plus lyriques, quasiment brutal, voire sec, dans les accents plus violemment affirmés, le pianiste semble ne pas se résoudre à choisir dans quel monde il va situer l’œuvre.

    Certes, une partition aussi riche n’est pas monochrome et peut se prêter à des variations d’humeur multiples, mais il ne s’agit pas tant de cela que d’un manque d’homogénéité dans le traitement de l’instrument lui-même. Tout le monde n’est pas obligé de posséder un grand son à la russe, mais ici, la palette semble pauvre, entre fluidité en surface et force plus sèche que riche en profondeur.

    Si l’on compare par exemple ce que l’on entend avec ce qu’un David Fray peut faire dans Bach, on mesurera tout ce que le second apporte aussi de personnalité, de poésie, voire de romantisme, mais avec un toucher beaucoup plus investi dans la recherche de sonorités personnelles et néanmoins pleines, riches, parlantes.

    La seconde partie commence par le si beau Dans les brumes de Janáček, page où Anderszewski trouve certainement des solutions quasiment parfaites pour traduire le caractère particulier d’une écriture pianistique si moderne et si traditionnelle pourtant. Ombres et lumières se succèdent avec intelligence, avec un naturel, une spontanéité très adéquates pour cette musique tellement sensible et immatérielle, la dernière écrite pour piano solo par Janáček et correspondant à ses états d’âme assez nostalgiques et incertains en 1912, époque où, à soixante ans, il doutait de la réussite de sa carrière de compositeur d’opéra.

    Et puis, pour finir, vient ce monument qu’est la Sonate opus 110 de Beethoven. Et là, de nouveau, on ne sait trop quoi penser de cette interprétation très réfléchie, très sensible, mais semblant à nouveau se situer dans un refus d’entrer sans restriction dans un rapport direct avec l’instrument.

    De la finesse, de la musicalité, mais sans cette solidité de base des structures qui donne leur valeur aux grandes versions de références comme celle de Gilels ou de Barenboïm pour ne citer que celles-là et surtout sans la générosité sonore requise par instants. Et c’est là que la leçon d’un Barenboïm impressionne, car, sans jamais assommer son piano, il sait lui donner une profondeur et une épaisseur harmonique qui manque singulièrement au jeu d’Anderszewski.

    Et pourtant, mais c’est sans doute l’avantage de l’enregistrement, ces restrictions sont moins évidente à l’audition du CD enregistré en direct à Carnegie Hall et que vient de publier Virgin Classics. Déroutant, décidément !




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 13/05/2009
    Gérard MANNONI

    Récital du pianiste Piotr Anderszewski au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Frédéric Chopin (1810-1849)
    Trois mazurkas op. 59

    Johann Sebastian Bach (1685-1750)
    Partita pour clavier n° 6 en mi mineur BWV 830

    Leoš Janáček (1854-1928)
    Dans les brumes

    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Sonate pour piano n° 31 op. 110

    Piotr Anderszewski, piano

     


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