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CRITIQUES DE CONCERTS 21 mai 2018

Récital de la mezzo-soprano Anne Sofie von Otter accompagnée par le Concerto Copenhagen sous la direction de Lars Ulrik Mortensen au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Édifiant et ludique
© Mats Bäcker

Anne Sofie von Otter est une star assurément, et qui se doit de sacrifier au rituel de la tournée promotionnelle qui accompagne chaque sortie de disque. Mais elle est une des – trop – rares à ne pas se contenter de resservir tel quel, ou abrégé, le programme enregistré. Parce qu’elle est une artiste vraie, qui ne triche pas, bonne camarade et joyeusement musicienne.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 18/05/2009
Mehdi MAHDAVI
 



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  • À dire vrai, on n’en est pas encore tout à fait revenu. On se serait pincé même, n’y croyant pas vraiment sur le moment. Après l’entracte, alors que le Concerto Copenhagen de nouveau installé et accordé, Lars Ulrik Mortensen va pour se mettre à son clavecin et donner la première impulsion du Concerto grosso en si bémol majeur op. 3 n° 2 de Haendel, une voix s’élève très distinctement des hauteurs du Théâtre des Champs-Élysées, apostrophant les musiciens danois en des termes peu amènes : « C’est trop fort, l’orchestre ! »

    À peine le public a-t-il esquissé un soupir de protestation, cependant mêlé de quelques applaudissements approbateurs, qu’un spectateur du parterre ajoute à la muflerie : « Pas assez fort, la chanteuse ! » Certains s’indignent, d’aucuns acquiescent. Dans un mouvement d’une superbe élasticité, Lars Ulrik Mortensen se retourne et rétorque en français aux deux malotrus, un sourire glacé aux lèvres : « C’est le public qui est trop fort pour l’orchestre. » L’incident est clos, Haendel peut rutiler.

    Durant la première décennie de sa carrière, Anne Sofie von Otter, dont la voix n’a jamais été tonitruante, a beaucoup chanté et enregistré Bach, principalement avec Solti et Gardiner – le grand écart stylistique, dont elle était déjà coutumière, n’échappera à personne. Vingt ans après, elle y revient avec un récital composé d’airs et duos de cantates sans doute un peu trop épars, complétés par les sublimement inévitables Erbarme dich de la Passion selon saint Matthieu et Agnus Dei de la Messe en si.

    La comparaison pourrait s’avérer cruelle, tant on s’est plu à constater ces dernières années l’appauvrissement du timbre et le raccourcissement de la ligne, soulignés par les impitoyables effets de loupe des micros. Et sans doute faut-il à Bach, en ce qu’il a de plus redoutablement instrumental, une souplesse musculaire qui est le privilège de l’innocente jeunesse. Mais il lui faut, aussi, une profondeur dans l’éloquence, pour le faire authentiquement sien, c’est-à-dire oser dire Je dans le dialogue avec Dieu – et peut-être un récent renouvellement dans l’interprétation de la musique du Cantor de Leipzig vient-il justement de là –, qui est le fruit de la maturité.

    La mezzo suédoise défend donc la cantate BWV 35 Geist und Seele wird verwirret, qui ne figure d’ailleurs pas au programme du disque récemment paru chez Archiv, avec une intensité déclamatoire qui pallie ce que le grave, que la tessiture d’alto constamment sollicite, peut désormais avoir d’exsangue. Elle ose même, dans le premier air de la cantate BWV 54 Widerstehe doch der Sünde, un premier degré du texte absolument menaçant, faisant saillir les angles de sa prédication. L’apaisement du fidèle viendra de la berceuse Schläfert allen Sorgenkummer, extraite de la cantate BWV 197 Gott ist unsere Zuverischt, où le verbe s’adoucit en murmure.

    Jamais en retrait, car von Otter, bonne camarade qu’elle est toujours, n’impose rien moins qu’une stature de star, Lars Ulrik Mortensen revendique à son tour un Bach à la première personne, virtuose, fantasque même. Sans doute un peu négligent aussi de ses traits d’orgue dans la Sinfonia virevoltante de la BWV 35, pour insuffler au Concerto Copenhagen un élan dont il ne se départira pas, et que d’aucuns auront jugé, à travers leur ornière, insuffisamment austère et recueilli, trop haendélien en somme.

    Sans doute une certaine logique aurait-elle imposé que la deuxième partie, justement consacrée à Haendel, déroule dans une sorte de continuité factice les plus beaux airs du Messie. Cependant, l’édification ne vaut, selon le principe horatien, qu’exaltée par le divertissement. Place à l’opéra, en italien donc, avec cette Agrippina que le Caro Sassone écrivit, quasi coup d’essai et surtout coup de maître, pour Venise. Le rôle-titre est, d’une kaléidoscopique galerie de personnages féminins où seules la concurrencent Cléopâtre et Alcina, le moins vocal et le plus théâtral, parce que le plus cynique.

    Fille de Germanicus, épouse de Claude et mère de Néron, Catherine de Médicis antique et romaine, Agrippine est prête à tout pour accéder au pouvoir. Même dans son triomphe, certes provisoire, Haendel la dépeint avec ironie, souvent grinçante. Ayant troqué une veste grossièrement fleurie et un pantalon strictement étroit – à peine une tenue de concert – pour des étoffes autrement plus enjouées, Anne Sofie von Otter s’en délecte, en rajoute dans l’ornementation ludique, libérée par une tessiture confortablement sopranisante.

    Si le Verdi prati de Ruggiero, extrait d’Alcina, constitue une parenthèse nostalgique, susurrée, la mezzo peut de nouveau rire jaune, soutenoue par un orchestre aux accents goguenards, dans le persiflant Resign thy club and lion’s spoils de Déjanire, moquant l’efféminement supposé de son Hercule de mari, qu’elle croit provoqué par l’innocente Iole.

    À peine l’arcadienne cavatine d’Ariodante Qui d’amor, nel suo linguaggio a-t-elle distillé un souffle de sincérité, et avec quel frémissement dans le trille, quelle clarté de la voyelle, que von Otter lui tend, sourire en coin, un miroir parodique, le célébrissime Ombra mai fu. Pour l’équilibre enfin, retour à Dieu avec ce Bist du bei mir de Gottfried Heinrich Stölzel qu’Anna Magdalena Bach nota dans son fameux Petit livre. Qui sait, avec tant de naturel et de joyeuse sincérité, ciseler une mélodie si simple jusqu’à la sophistication ?




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 18/05/2009
    Mehdi MAHDAVI

    Récital de la mezzo-soprano Anne Sofie von Otter accompagnée par le Concerto Copenhagen sous la direction de Lars Ulrik Mortensen au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Johann Sebastian Bach (1685-1750)
    Geist und Seele wird verwirret BWV 35
    Sinfonia (Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen BWV 12)
    Widerstehe doch der Sünde (Widerstehe doch der Sünde BWV 54)
    Schläfert alle Sorgenkummer (Gott is unsre Zuversicht BWV 197)

    Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
    Concerto grosso en si bémol majeur op. 3 n° 2 HWV 313
    L’alma mia, Non ho cor cher per amarti (Agrippina HWV 6)
    Concerto grosso en ré majeur op. 3 n° 5 HWV 316
    Verdi prati (Alcina HWV 34)
    Resign thy club and lion’s spoils (Hercules HWV 60)

    Anne Sofie von Otter, mezzo-soprano
    Concerto Copenhagen
    orgue, clavecin et direction : Lars Ulrik Mortensen

     


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