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CRITIQUES DE CONCERTS 22 février 2018

Concert de l’Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Valery Gergiev au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Le revers du souvenir

Ambiance de fête sous une chaleur étouffante pour accueillir les Wiener Philharmoniker et Valery Gergiev au Théâtre des Champs-Élysées. Si une 1re symphonie de Sibelius karajanesque rappelle à quel point les Viennois sont un admirable instrument sibélien, le souvenir transcendant que l’on gardait de l’Oiseau de feu par ce tandem modère notre enthousiasme.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 25/05/2009
Yannick MILLON
 



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  • Alors que les musiciens sont sans doute en train de terminer un raccord de dernière minute, les spectateurs s’entassent devant le Théâtre des Champs-Élysées, où chacun prend son mal en patience avant l’ouverture des portes, commentant au passage la subite vague de chaleur qui s’abat sur Paris. En conséquence, orchestre et chef déjà installés, quelques dizaines de spectateurs attendent toujours d’être placés au moment de débuter la 1re symphonie de Sibelius.

    Est-ce le fait de l’étuve ambiante ? Le Sibelius de Gergiev sonne poisseux, presque tropical, assommant de lenteur et de legato, évoquant plus les nuits moites d’une Shéhérazade que les aurores boréales, en marchant sur les pas de Karajan ; comme le chef autrichien, Gergiev transfigure l’influence tchaïkovskienne, dans les épisodes lyriques aux cordes du mouvement lent notamment, mais aussi dans ceux, qui prennent à la gorge, du Finale.

    L’Orchestre philharmonique de Vienne, dont on peine à reconnaître la majorité des visages ce soir – équipe de tournée ou sévère rajeunissement de fond ? – est le sublime instrument sibélien de toujours, aux bois si caractérisés, aux cuivres nobles transperçant le tissu orchestral au gré des montées en tension, mais surtout, aux cordes certainement les plus magnifiques à l’heure actuelle : éblouissantes d’harmoniques, de légèreté comme de densité – la doublure violons I-violoncelles qui ouvre l’Andante n’a jamais sonné avec une telle évidence fusionnelle –, véritable coulée de lave aux moments cruciaux.

    Avec une battue étonnamment lisible, Gergiev joue autant l’élasticité des épisodes récitatifs que l’accumulation des passages épiques, sachant en garder toujours sous la semelle. On avait imaginé son Sibelius plus authentiquement déjanté – on peut même trouver son Scherzo un peu lourd dans son énergie –, mais on reste confondu par la puissance globale de cette approche encore très romantique, dont la chaleur pas loin du contresens est parfaitement assumée.

    Après la pause, on place tous nos espoirs dans le renouvellement du miracle de l’Oiseau de feu de Stravinski : marqué à vie par le concert d’août 2000 à Salzbourg, l’un des plus magistraux qu’il nous ait été donné d’entendre, dont la transcendance est très bien retransmise par le DVD TDK, on attendait le même déluge, la même énergie irrépressible, les mêmes prises de risques phénoménales.

    En ressortant du TCE, on aura bien assisté à une superbe démonstration d’orchestre, mais tout du long y aura manqué l’étincelle, le coup de griffe, l’âpreté. Danse de Kastcheï au tempo confortable, éclats orchestraux domestiqués, Finale encore impressionnant mais manquant des cuivres incandescents de Salzbourg : si les passages lents, mélancoliques, en demi-teintes sont toujours aussi réussis quoique parfois d’un alanguissement guère nécessaire, on reste sur sa faim quant à la prudence, à la sensualité excessive des plages fracassantes.

    Sans le concert précité, on se serait sans doute laissé emporter, mais l’art du critique est aussi celui des comparaisons, d’autant que les Wiener Philharmoniker sont ce soir presque aussi généreux en magnificence sonore qu’en imprécisions des cuivres, excusables dans des conditions aussi transpirantes. Le Panorama de la Belle au bois dormant de Tchaïkovski et la polka Eingesendet de Josef Strauss donnés en bis complètent positivement cette soirée entre ravissement et déception.

    La légende veut que le Philharmonique de Vienne ne joue jamais si bien qu’à domicile, c’est-à-dire à Vienne et Salzbourg. On a toujours refusé d’y croire – et le Sibelius de ce soir nous donne raison –, mais il faut bien reconnaître que la plus envoûtante des formations du moment nous a rarement autant exalté que sur ses terres.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 25/05/2009
    Yannick MILLON

    Concert de l’Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Valery Gergiev au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Jean Sibelius (1865-1957)
    Symphonie n° 1 en mi mineur, op. 39 (1900)

    Igor Stravinski (1882-1971)
    L’Oiseau de feu, ballet intégral (1910)

    Wiener Philharmoniker
    direction : Valery Gergiev

     


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