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CRITIQUES DE CONCERTS 24 mai 2018

Hommage à Caruso par le ténor Roberto Alagna dans la série des Grandes Voix au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Roberto le magicien
© DG

Il n’y a guère que lui qui puisse réussir un tel pari. Roberto Alagna, au lieu de composer un traditionnel programme de ténor à succès, a rassemblé des amis, pour rendre à sa manière un hommage à Enrico Caruso, « le premier ténor de l’ère moderne » selon ses termes. Une soirée délectable et pleine de surprises.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 15/06/2009
Gérard MANNONI
 



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  • Tant pis pour ceux qui espéraient recevoir leur habituel injection de contre-ut et de grands effets vocaux. Roberto Alagna avait tout autre chose à leur proposer. Le triomphe final de la soirée lui aura prouvé que ce pari valait d’être tenté. Avec lui, on savait qu’il serait gagné, car ce diable de garçon a plus d’un tour dans son sac. D’abord, il est chez lui sur cette scène, devant ce public.

    Dès qu’il paraît, minci, le cheveux plus romantique que d’habitude, on comprend à son comportement que le dialogue va être direct avec ceux qui emplissent le théâtre jusqu’aux loges sans visibilité. Et de fait, Roberto parlera presque autant qu’il chantera, présentant et expliquant les choix du programme, ses invités, avec la gentillesse qu’on lui connaît.

    Les airs choisis sont tous en relation plus ou moins directe avec le répertoire de l’illustre ténor, du Néron de Rubinstein à la Bohème de Leoncavallo. Certains sont chantés en français comme le faisait Caruso qui prenait toutes les libertés et « désacralisait l’opéra avec des airs populaires et toutes sortes de libertés prises avec les partitions qu’il transposait, adaptait à sa façon, coupait », explique Alagna qui chante successivement l’air de Lenski d’Eugène Onéguine en russe puis en français, les Pêcheurs de perles en italien, qui préfère le duo Pinkerton-Sharpless de Butterfly au traditionnel Fiorito asil et ainsi de suite.

    L’occasion de présenter d’autres artistes aussi, soit pendant le concert lui-même, comme sa ravissante belle-sœur Nathalie Manfrino qui vient de triompher en Roxane dans le Cyrano d’Alfano présenté au Châtelet, très jolie voix au timbre riche et généreux, les barytons Richard Rittelmann – qui fut Cyrano de Montpellier avec lui – et Rubén Amoretti, l’irremplaçable pianiste Elizabeth Cooper, musicienne hors pair et toujours aussi scénique.

    Et puis, des bis peu ordinaires où paraîtront le violoniste Laurent Korcia, le mezzo Doris Lamprecht, qui était aussi du Cyrano au Châtelet, le ténor Marc Laho. Tout cela avec de multiples va-et-vient coulisses-scène, Alagna allant lui-même récupérer ses amis, transportant un pupitre gênant. Un naturel extraordinaire pour le plus grand ténor du monde, qui tient à une maîtrise absolue de l’art théâtral, mais autant à un naturel conforme au caractère chaleureux et spontané qu’on lui connaît. Même l’Orchestre Lamoureux, fort bien dirigé par Ariane Matiakh, semble à la fête et applaudit autant que le public.

    Des extraits chantés par Caruso dont un portrait trône au-dessus du cadre de scène, ponctuent aussi la soirée, jusqu’à l’extrême fin du concert. Tous les chanteurs viennent d’interpréter le sextuor de Lucia di Lammermoor avec le succès qu’on imagine et, pour conclure, Roberto annonce l’air de la Juive, Rachel quand du Seigneur, par Caruso, mais erreur de la cabine, son qui cafouille un peu. Alors quelqu’un dans la salle demande : « Reprenez Lucia ! ».

    Aussitôt dit aussitôt fait. Mais quand après cette reprise du sextuor, c’est encore un autre air qu’envoie la cabine son, Roberto va au charbon lui-même et chante l’air de la Juive, a cappella, mettant un point final inattendu et naturellement triomphal à cette soirée pas comme les autres. Certains diront que c’est un truc de théâtre. Mais comme disent les Italiens : « Se non è vero, è ben trovato ! » – si ce n’est pas vrai, c’est bien imaginé !

    On a retrouvé dans cette soirée l’esprit des galas Noureev and Friends, ou de ce que fait la grande Martha Argerich à Lugano notamment. Cela va-t-il pousser d’autres artistes de cette trempe à casser aussi la forme stéréotypée du récital traditionnel ? On avait déjà vu, dans cette même série des Grandes Voix, Juan Diego Flórez se dégeler considérablement lors de ses derniers apparitions. Une voie nouvelle, plus décontractée, plus contemporaine aussi, vient sans doute d’être ouverte. À suivre au cours de la très riche saison prochaine des dites Grandes Voix à la rentrée.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 15/06/2009
    Gérard MANNONI

    Hommage à Caruso par le ténor Roberto Alagna dans la série des Grandes Voix au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Hommage à Caruso, par Roberto Alagna
    Pietro Mascagni (1863-1945)
    Les Masques, sinfonia
    Anton Rubinstein (1829-1894)
    Néron (Oh ! Lumière du jour - Roberto Alagna)
    Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Eugène Onéguine (Pour moi, ce jour est tout mystère - Roberto Alagna)
    Carlos Antonio Gomes (1836-1896)
    Salvator Rosa (Mia piccirella - Nathalie Manfrino)
    Pietro Mascagni (1863-1945)
    Cavalleria rusticana (Caruso sicilienne O Lola - Caruso)
    Giacomo Puccini (1858-1924)
    Madame Butterfly (Quale smanie vi prende - Roberto Alagna-Richard Rittelmann)
    Francesco Cilea (1866-1950)
    Adrienne Lecouvreur (Prélude acte IV)
    Georges Bizet (1838-1875)
    I pescatori di perla (Mi par d’udire ancora - Roberto Alagna-Elisabeth Cooper)
    Giacomo Puccini (1858-1924)
    La Bohème (Vecchia zimmara - Rubén Amoretti)
    Ruggero Leoncavallo (1857-1919)
    La Bohème (Io non ho che une povera stanzetta - Roberto Alagna)
    Carlos Alberto Bracco
    Serenade La luna scende (Enrico Caruso)
    Carlos Antonio Gomes (1836-1896)
    Il Guarany (Sento una forza indomita - Roberto Alagna-Nathalie Manfrino)

    Orchestre Lamoureux
    direction : Ariane Matiakh

     


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