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CRITIQUES DE CONCERTS |
01 décembre 2024 |
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Création à l’Opéra de Dijon du Tristan de Wagner mis en scène par Olivier Py, sous la direction de Daniel Kawka.
Tristan en noir et blanc
Elaine McKrill (Isolde) et Leonid Zakhozaev (Tristan)
Après Genève et Angers-Nantes, Dijon ! L’Auditorium de la capitale bourguignonne accueillait pour deux soirées le déjà mythique Tristan d’Olivier Py, qu’on croyait à jamais réservé aux bords du Lac Léman. Parfaite intégration à la salle, orchestre local métamorphosé, distribution d’un meilleur niveau qu’à Bayreuth l’été passé ; bref, une réussite exemplaire.
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Les malheureux wagnériens privés comme nous du don d’ubiquité, qui avaient raté la naissance du Tristan d’Olivier Py à Genève en 2005 en rêvaient secrètement ; Angers-Nantes et Dijon l’ont fait, nous permettant d’effacer une lacune que ne rachetait en rien le DVD, dont le montage à la manière d’un clip pour MTV donne vite la nausée et n’effleure qu’à peine le contenu du spectacle.
Si notre cœur penchait plutôt du côté des musiciens de la Loire, nous avons choisi Dijon pour l’évidence scénique d’un lieu vaste et moderne, parfaitement adapté à ce type de scénographie très exigeante. Sur ce point, on ne risquait pas d’être déçu, la machinerie triomphant de toutes les embûches en respectant au cordeau la technique de la production, sans les scories et imprécisions notées par certains confrères à Angers-Nantes.
Ainsi, le déroulement de jardin à cour de la proue à la poupe du vaisseau aura été réglé au millimètre, l’exploration des chambres en coupe du II d’une discrétion admirable, tout comme le plan d’eau amniotique du III exploité sans peine aucune ; bref, rien qui vienne briser l’illusion d’un spectacle virtuose et génialement conçu, ce qui constitue déjà en soi une magnifique réussite.
En revanche, tout comme notre consœur Monique Barichella, nous devons confesser, après avoir vu ses Rake’s Progress, Tannhäuser, Damnation de Faust, Contes d’Hoffmann et Freischütz notamment, une certaine lassitude devant les incontournables néons et noirs bakélite de toutes les mises en scène d’Olivier Py, qui donne vraiment peu l’impression de se renouveler.
Et surtout, si l’adéquation de son Tristan avec la temporalité wagnérienne est indéniable, si la mise en scène hante durablement par son ancrage psychanalytique comme viatique d’acceptation de la mort, son appel irrépressible vers le monde de la nuit, comment ignorer une direction d’acteurs plutôt sommaire, le classicisme du I, et plus généralement le fait que la narration ressortisse à la seule scénographie, loin des attentes suscitées par la présence aux commandes d’un homme de théâtre aussi aguerri ? Reste toutefois que ce Tristan qui n’émeut guère questionne, impressionne, captive et interpelle comme peu d’autres.
De la distribution, on retiendra l’homogénéité globale, supérieure à ce qu’offrait encore l’été dernier Bayreuth, grâce notamment au choix de voix claires de couleur comme de diction. Seule différence avec Angers-Nantes, l’Isolde d’Elaine McKrill, succédant au soprano dramatique Sabine Hogrefe, voix moins large et plus accrochée, au troisième registre percutant, à l’émission parfois acérée ou Walkyrie, dont on regrettera seulement le vibrato mécanique, car l’Irlandaise campe un personnage jeune et volontaire, qui offre son lot de nuances.
Face à elle, Martina Dike est une Brangäne absolument somptueuse, au chant irradiant, débordant de couleur et de féminité, de sagesse aussi, le vrai beau mezzo d’antan en somme, distillant au passage des appels parmi les plus somnambuliques et maîtrisés qu’on ait entendus. Accueilli comme une révélation, le Kurwenal d’Alfred Walker nous semble en comparaison bien monolithique et engorgé, inapte à imposer un personnage.
Nettement plus léger, le Tristan fragile et exotique de Leonid Zakhozaev exhale une certaine suavité, pas toujours contrôlée ou dans la nuance attendue, et parvient au bout de son agonie honorablement, sans les ressources d’aigu et de dynamique qu’on peut souhaiter, mais sans démériter non plus. Enfin, on se souviendra de la voix très saine, entre beau lyrique et lyrique-léger, du Jeune marin et du Pâtre de Christophe Berry, et du roi Marke de Jyrki Korhonen, très musicien et jamais déclamé dans l’outrance, meilleure incarnation du Finlandais, qu’on avait rarement couvert d’éloges jusqu’ici.
La plus grande surprise de la soirée reste toutefois la prestation de l’Orchestre de Dijon, sans doute largement fortifié, qui distille un fondu, une pâte sonore de très belle qualité, où manquent parfois dans le détail certaines aspérités, mais avec une homogénéité et une couleur crépusculaire remarquables.
La direction de Daniel Kawka n’y est pas pour rien, toujours attentive à ne pas couvrir le plateau, réservant ses déflagrations pour les moments à orchestre seul, et d’une magnifique fluidité, d’une qualité de finition transfigurée par des transitions qui laissent le souffle coupé – celle précédant immédiatement la Liebestod offrant l’expérience de l’apesanteur dans l’expectative – et un soin des timbres accouchant d’un monologue du roi Marke parmi les mieux dirigés qu’on ait entendus : vivant, au service du texte, de la déclamation, dénué de toute emphase.
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Auditorium, Dijon Le 17/06/2009 Yannick MILLON |
| Création à l’Opéra de Dijon du Tristan de Wagner mis en scène par Olivier Py, sous la direction de Daniel Kawka. | Richard Wagner (1813-1883)
Tristan und Isolde, opéra en trois actes (1865)
Livret du compositeur
Production du Grand Théâtre de Genève
Coproduction avec Angers-Nantes Opéra
Chœur de l’Opéra de Dijon
Camerata de Bourgogne
Orchestre de Dijon
direction : Daniel Kawka
mise en scène et éclairages : Olivier Py
décors et costumes : Pierre-André Weitz
préparation des chœurs : Xavier Ribes & Sandrine Abello
Avec :
Leonid Zakhozaev (Tristan), Elaine McKrill (Isolde), Martina Dike (Brangäne), Alfred Walker (Kurwenal), Jyrki Korhonen (König Marke), Éric Huchet (Melot), Christophe Berry (Ein junger Seeman / Ein Hirt), Éric Vrain (Ein Steuermann). | |
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