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CRITIQUES DE CONCERTS 17 août 2018

Création d’Am Anfang d’Amselm Kiefer et Jörg Widmann à l’Opéra de Paris, pour le vingtième anniversaire de l’Opéra Bastille.

À chaque fin son commencement
© Charles Duprat

Étrange Am Anfang commandé au plasticien allemand Anselm Kiefer pour les vingt ans de l'Opéra Bastille, et dont le ton apocalyptique emprunté aux Livres de Jérémie et d'Isaïe semble surtout illustrer la fin de mandat du directeur de l'Opéra de Paris, Gerard Mortier. Ce spectacle qui déroule son hybridité formelle sur une musique décorative de Jörg Widmann est néanmoins inoffensif.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 07/07/2009
Laurent VILAREM
 



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  • Commençons par la fin de ce spectacle dont on ressort partagé et dubitatif. Bien accueilli dans son ensemble, on sera d'accord avec les thuriféraires et les admirateurs du plasticien allemand Anselm Kiefer, véritable maître d'œuvre de ce projet hors-normes commandé pour les vingt ans de l'Opéra Bastille, et qui n'auront pas de mots assez forts pour décrire l'impressionnant décor érigé sur une scène qui n'aura jamais paru aussi immense que ce soir.

    Aux quelques siffleurs qui ponctuèrent les généreux applaudissements finaux, on donnera également raison en faisant remarquer qu'aucun des artistes impliqués n'a dépassé le cadre de l'imagerie attenante à ce qui constitue, de toute évidence, une simple commande institutionnelle pour chacun.

    Car qu'est-ce que cet Am Anfang (Au commencement) ? Un opéra? Non pas. Un oratorio ? Guère davantage. Éventuellement un mélodrame avec un prélude, lu par l'acteur Denis Podalydès, qui nous ramène aux temps immémoriaux de la civilisation moyen-orientale entre Tigre et Euphrate. Parsemé d'ombres et de lumières, la véritable star d'Am Anfang, le décor d'Anselm Kiefer, se découvre petit à petit, et l'on peut à bon droit affirmer que sa vision justifie à elle seule d'aller voir le spectacle.

    Avec des effets de profondeurs hallucinants, ce décor nous donne en effet l'impression d'être dans un cinéma, chaussé de lunettes 3D. On se croirait selon son humeur, au début du 2001 de Kubrick, ou aux prémisses de Wall-e des studios Pixar où, en lieu et place de singes et de robots cependant, on verrait évoluer durant un peu plus d'une heure des femmes en longues toges couleur rouille dans une ville perdue au milieu du désert. Des figurants erreront entre des tours effondrées et construiront lentement, très lentement, une petite barricade des deux côtés du plateau pendant qu'une récitante (Geneviève Boivin) déclamera en fond de scène un texte apocalyptique inspiré de l'Ancien Testament.

    Se croirait-on presque dans un cours de catéchisme, ou dans la reconstitution grandeur nature d'une scène biblique, à la manière d'une crèche de Noël ? La musique du compositeur allemand Jörg Widmann ne déroge pas à ce plat figuralisme : de longs à-plats de cordes, entrecoupées de bruits de briques, rappellent le Lontano de Ligeti, mais un Lontano – qui, rappelons-le, dure dix minutes – qui serait étiré, morcelé sur plus d'une heure, laissant échapper parfois de petites bouffées de Berg, ou de proto-spectraux germaniques tels Georg Friedrich Haas – également protégé de Gerard Mortier qui avait créé la saison passée à Garnier sa Melancholia.

    Widmann, à défaut d'être personnel, est néanmoins un compositeur talentueux qui réussit à tenir la longueur là où d'autres, plus fougueux, auraient grillé leurs cartouches musicales dès les premières minutes. Mais alors que cherche à dire cette logorrhée verbale, ce décor somptuaire, ces mouvements immobiles, ce ton obstinément solennel qui se goinfre de destruction et de deuil, bref, à qui s'adresse cette apocalypse ?

    Avançons l'hypothèse que la détresse invoquée éveille chez le spectateur, moins la sienne ou celle de sa civilisation, par trop de désincarnation, que celle de la fin du mandat à l'Opéra de Paris de Gerard Mortier, qui, jusqu'au bout, aura voulu ériger en symbole cet Am Anfang. Car si l'impresario gantois laisse par ce spectacle un champ de ruines, il offre également la promesse d'un recommencement fertile.

    Triomphe de la mise en scène sur le contenu musical, Am Anfang a l'immense mérite de faire travailler l'imagination du spectateur, jusqu'à ce qu'il façonne sa propre interprétation personnelle, mais il a aussi l'inconvénient de jouer de l'immobilité et du statisme jusqu'à en oublier la part de densité émotionnelle et d'hétérogène nécessaires à l'opéra. Oui, cet Am Anfang est finalement bien comme le souhaitait Mortier, une fin et à la fois un commencement.




    Opéra Bastille, jusqu’au 14 juillet.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 07/07/2009
    Laurent VILAREM

    Création d’Am Anfang d’Amselm Kiefer et Jörg Widmann à l’Opéra de Paris, pour le vingtième anniversaire de l’Opéra Bastille.
    Anselm Kiefer (*1945) – Jorg Widmann (*1973)
    Am Anfang (Au commencement)
    Création mondiale
    conception, mise en scène, décors et costumes : Anselm Kiefer
    composition et direction d'orchestre : Jörg Widmann
    collaboratrice à la mise en scène : Ellen Hammer
    éclairages : Urs Schönebaum
    récitante : Geneviève Boivin
    lilith : Geneviève Motard
    clarinette : Jörg Widmann
    harmonica de verre : Christa Schönfeldinger
    accordéon : Teodoro Anzelotti
    Orchestre de l'Opéra national de Paris

     


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