altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 18 aoűt 2019

Nouvelle production d’Orphée aux Enfers d’Offenbach mise en scène par Yves Beaunesne et sous la direction d’Alain Altinoglu au festival d’Aix-en-Provence 2009.

Aix 2009 (3) :
Une fosse d’enfer

© Elisabeth Carecchio

Vincent Deliau (Jupiter) et Pauline Courtin (Eurydice)

L’année passée, l’Académie européenne de musique avait présenté une Infedeltà delusa de Haydn d’une belle homogénéité. Élargie, la troupe réunie pour Orphée aux Enfers d’Offenbach n’atteint pas ce degré d’unité, portée à bout de bras par Alain Altinoglu, qui anime la fosse avec un grain de folie auquel la mise en scène soignée mais trop sage d’Yves Beaunesne ne peut prétendre.
 

Théâtre de l’Archevêché, Aix-en-Provence
Le 08/07/2009
Mehdi MAHDAVI
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Bayreuth 2019 (2) : Sur la route

  • Bayreuth 2019 (1) : Coup de foudre ?

  • Orange 2019 (2) : Sur les chapeaux de roues

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • Trouver le ton juste dans Offenbach tient de la gageure. Laurent Pelly et Agathe MĂ©linand y sont souvent parvenus, et la Belle HĂ©lène revue et corrigĂ©e par Mariame ClĂ©ment et HĂ©lène Delavault a Ă©tĂ© saluĂ©e avec un enthousiasme rĂ©pĂ©tĂ© dans ces colonnes. Parce qu’ils ont su injecter aux dialogues originaux la dose d’irrĂ©vĂ©rence suffisante pour actualiser un humour ancrĂ© dans une Ă©poque, le Second Empire, Ă  tel point qu’il en devint le reflet caustique et autorisĂ©, et cela sans vulgaritĂ© : le Mozart des Champs-ÉlysĂ©es n’est pas, malgrĂ© l’acharnement d’un JĂ©rĂ´me Savary Ă  le prouver, l’ancĂŞtre de Benny Hill.

    Vautrons-nous allégrement dans ce lieu commun : Offenbach, c’est du champagne, et du brut, à la bulle fine et élégante, qui ne rend gai qu’à température idéale. Servie par Yves Beaunesne, cette cuvée 2009 d’Orphée aux Enfers est, malgré ses cépages subtilement assemblés, légèrement tiède déjà, et un peu éventée. Il y manque en premier lieu un zeste d’insolence dans la réécriture des dialogues, où Marion Bernède dépasse rarement l’élégant dépoussiérage. Et si le spectacle n’est que parfaitement réglé, souvent, mais pas franchement drôle, c’est qu’il s’en tient à une ligne claire joliment tracée entre les deux guerres, que ne déborde aucune trouvaille véritablement fantasque.

    L’Olympe a beau y être savoureuse, avec ses faux airs de Palace – qu’on nous pardonne l’anachronisme –, le bouchon ne saute décidément pas. Les acteurs ne seraient-ils pas suffisamment en verve ? Les jeunes chanteurs de l’Académie européenne de musique, dont certains ont déjà fait parler d’eux – et pour cause, ce sont principalement ceux-là que l’on remarque –, n’auraient-ils pas tous réussi, comme on dit familièrement, à se lâcher ? Il y a de cela, sans doute.

    La distribution n’en compte pas moins quelques gueules, et quelques voix. Aristée ou Pluton, Mathias Vidal a assurément les deux. Petit bout d’acteur épatant, il ressuscite une émission, un goût du dire d’un autre âge du chant français, celui-là même sur lequel certains n’ont pas fini de pleurer… Dans la livrée négligée de son serviteur John Styx, Jérôme Billy fait un irrésistible numéro de juke-box amnésique en forme d’anthologie de la chanson française grâce à un vrai talent d’imitateur. Cupidon potelé, Emmanuelle de Negri a la fluidité, la lumière d’un amour de tragédie lyrique, tandis que les pointes acides de Pauline Courtin font une Eurydice plus soubrette que nature, avec de la gouaille à revendre.

    Même s’il ne pétille que timidement, ce champagne se laisse donc boire avec un certain plaisir. D’autant qu’Alain Altinoglu n’a de cesse de secouer la bouteille, partout à la fois, un geste pour chacun, souffleur à l’occasion et donnant dans le finale plus que de la voix. Doté d’un infaillible sens du rythme, ce vrai chef de fosse à l’ancienne pourrait se contenter d’animer, de souder le plateau.

    Mais en plus, il raffine, nuance, prend au sĂ©rieux le texte musical, qui n’est plus seulement prĂ©texte Ă  gaudrioles. Et, divine surprise, la Camerata Salzburg, dont on craignait le pire après ses Mozart si peu soignĂ©s de l’an passĂ© – Così fan tutte, et surtout ZaĂŻde –, se dĂ©couvre une lĂ©gèretĂ©, une mobilitĂ©, des couleurs avec un malin plaisir. En le libĂ©rant des oreilles dĂ©finitivement rĂ©fractaires d’Eurydice, OrphĂ©e aux Enfers ne cĂ©lèbre-t-il pas après tout le triomphe d’un « violoneux Â» ?




    Théâtre de l’Archevêché, Aix-en-Provence
    Le 08/07/2009
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production d’Orphée aux Enfers d’Offenbach mise en scène par Yves Beaunesne et sous la direction d’Alain Altinoglu au festival d’Aix-en-Provence 2009.
    Jacques Offenbach (1819-1880)
    Orphée aux Enfers, opéra bouffe en deux actes et quatre tableaux (1858)
    Livret d’Hector Crémieux et Ludovic Halévy

    Chœur du Festival d’Aix-en-Provence
    Camerata Salzburg
    direction : Alain Altinoglu
    mise en scène : Yves Beaunesne
    scénographie : Damien Caille-Perret
    costumes : Patrice Cauchetier
    éclairages : Joël Hourbeigt

    Avec :
    Pauline Courtin (Eurydice), Julien Behr (Orphée), Mathias Vidal (Aristée / Pluton), Vincent Deliau (Jupiter), Marie Gautrot (l’Opinion Publique), Jérôme Billy (John Styx), Paul Cremazy (Mercure), Emmanuelle de Negri (Cupidon), Soula Parassidis (Diane), Marie Kalinine (Vénus), Estelle Kaïque (Minerve), Sabine Revault d’Allonnes (Junon).

     



      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com