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CRITIQUES DE CONCERTS 10 décembre 2018

Récital du pianiste Aldo Ciccolini au festival de Radio France et Montpellier 2009.

Montpellier 2009 (3) :
Un très grand du piano

Sublime récital d’Aldo Ciccolini au Festival de Radio France et Montpellier, où les interprétations de deux sonates de la période française de Mozart et du deuxième livre des Préludes de Debussy respirent une telle évidence qu'elles déjouent le commentaire et embarrassent le dithyrambe. Le témoignage d’un grand maître du piano d'aujourd'hui.
 

Opéra Berlioz - Le Corum, Montpellier
Le 26/07/2009
Laurent VILAREM
 



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  • À près de 80 ans, Aldo Ciccolini est aujourd'hui la mémoire du piano français, et garde l'insolence d'un jeune mousquetaire du clavier. Après avoir donné de nombreuses masterclasses publiques, notamment à la Médiathèque de Montpellier, le pianiste franco-italien se présentait au public du festival de Radio France avec le même programme que celui qu'il proposait ce printemps au Théâtre des Champs-Élysées de Paris.

    Et si une annonce le disait souffrant, c'est d'un pas alerte qu'il entre sur la scène du Corum, et entame sans le moindre chichi la 11e sonate de Mozart. Sous ses doigts, la célèbre Marche turque se gorge soudain d'une musicalité inattendue et fait apparaître des gouffres de mélancolie inquiète. Même évidence dans la 13e sonate, en sib majeur, que Mozart écrivit également lors de son malheureux séjour à Paris, où dans l'Allegretto grazioso final, le pianiste semble même inventer la partition sous des doigts.

    Il n'y aurait presque rien à dire de l’art de pareil maître, qui, rappelons-le, a joué avec les plus grands chefs (Kleiber, Karajan, Monteux...), d'autant que ce piano-là ne respire ni la sueur, ni le quotidien ni, à l'inverse, un excès de préciosité de celui qui pècherait avec son instrument dans des habitudes de vieux couple.

    Le deuxième livre des Préludes de Debussy qui s'ensuit désarçonne par la justesse de sa vision: comme on parle de blue note en jazz, Ciccolini a la Debussy note. Sans le ramener vers ses prédécesseurs Chopin et Schumann ni en privilégiant la ligne – et pourtant, quelles Bruyères ! –, il fait résonner son piano et inscrit le compositeur de Pelléas dans le temps de la modernité. Ligeti n'est pas si loin dans tels Brouillards ou Feuilles mortes.

    Nul impressionnisme vague, ni même nervosité aveuglante de clarté, Ciccolini réunit les douze pièces à la manière d'un grand livre de musique, et dans quel bain de velours. Que reprocher ? Que les pièces inspirées du cirque et du music-hall comme General Lavine ou Pickwick ne lui inspirent peut-être pas tout à fait l'ironie adéquate, mais que les pages les plus arachnéennes, les Fées sont d'exquises danseuses, Ondine ou les Tierces alternées – quelle dextérité digitale, sans une once de sentiment mécanique ! – touchent tout simplement au sublime.

    Réussir à incarner pareille dentelle sonore et l'animer avec des mélodies qui surgissent pour vous déchirer le cœur tient du miracle, de celui qui a l'expérience des passions humaines et qui avec ses doigts, sait, sent et pardonne.

    Après des Feux d'artifice plus extérieurs, le pianiste offrira trois bis à un public debout : un nocturne de Chopin, Évocation d'Iberia d'Albeniz, qui rappelle à quel point Debussy a appris du compositeur espagnol avant de composer ses préludes, et une pièce de Scarlatti, que Ciccolini a enregistrée il y a près d'un demi-siècle pour son premier disque.

    On sort de ce récital presque assommé d'avoir touché de si près ce qu'est la respiration et l'évidence de ce qu'on nomme la musique.




    Opéra Berlioz - Le Corum, Montpellier
    Le 26/07/2009
    Laurent VILAREM

    Récital du pianiste Aldo Ciccolini au festival de Radio France et Montpellier 2009.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Sonate pour piano n° 11 en la majeur KV 331 « alla turca »
    Sonate n° 13 en sib majeur KV 333

    Claude Debussy (1862-1918)
    Préludes pour piano, deuxième livre

    Aldo Ciccolini, piano

     


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