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CRITIQUES DE CONCERTS 25 février 2018

Nouvelles productions de Cavalleria rusticana de Mascagni et Pagliacci de Leoncavallo mises en scène par Jean-Claude Auvray, sous la direction de Georges Prêtre aux Chorégies d’Orange 2009.

Orange 2009 (2) :
Un diptyque sicilien d’anthologie

© Philippe Gromelle

En clôture d’Orange 2009, la double interprétation d’un Roberto Alagna souverain dans l’inconstant Turiddu comme dans le pathétique Canio, une distribution de niveau discographique et la direction raffinée de Georges Prêtre font entrer les ouvrages véristes Cavalleria rusticana et Pagliacci parmi les soirées historiques des Chorégies.
 

Théâtre antique, Orange
Le 04/08/2009
Monique BARICHELLA
 



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  • Mémorable soirée pour la clôture des Chorégies d’Orange 2009. Fort de la participation exceptionnelle du plus sicilien des ténors français, Raymond Duffaut a réussi un sans faute, d’autant plus méritoire que Cavalleria et Paillasse peuvent facilement tomber dans le pathos et une certaine vulgarité. Familièrement surnommés Cav-and-Pag par les Anglo-saxons, les deux opéras sont contemporains et souvent associés pour des raisons de timing comme pour leur évidente similitude sur le thème de la jalousie.

    On imagine que s’il n’a pas été aisé de convaincre Roberto Alagna d’enchaîner Turridu et Canio dans une même soirée – il n’avait jusqu’ici risqué le doublé qu’au Met en mars dernier –, le patron des Chorégies a dû user d’une force de conviction inouïe pour obtenir la participation de Georges Prêtre, qui a renoncé à l’opéra depuis trop longtemps.

    À 85 ans, notre maestro n’a rien perdu de l’enthousiasme qu’il sait insuffler à ses troupes. À la fosse comme au plateau, il impose un lyrisme, une délicatesse, une poésie rarissimes dans un répertoire où tant de chefs se laissent aller à des débordements racoleurs, et se situe ici dans la lignée de Karajan, qui avait réhabilité les deux ouvrages à la Scala.

    Sans exception, tous les chanteurs font preuve d’une même exigence stylistique, d’un identique refus du débordement et de l’effet facile. Quel bonheur de retrouver doublement irrésistible un Roberto Alagna totalement impliqué, avec la sincérité, la spontanéité et le pouvoir émotionnel dont il est capable !

    Son sang sicilien n’est évidemment pas étranger à cette adéquation aux deux personnages, à la fois opposés et complémentaires : on avait rarement réalisé combien le séducteur inconstant et volage de Cavalleria était en quelque sorte le pendant masculin de l’infidèle Nedda, qui brise le cœur de Paillasse, alors que ce dernier, comme Santuzza dans le premier ouvrage, aime d’un amour éperdu non payé de retour.

    Dans les deux cas, la mort est au rendez-vous, et c’est une très belle idée du metteur en scène Jean-Claude Auvray qu’après avoir poignardé Nedda (Inva Mula parfaite sous tous rapports) et Silvio (Stéphane Degout remarquablement stylé), Canio retourne l’arme contre lui puisque la commedia è finita !

    Ce n’est pas minimiser la magnifique prestation d’Alagna que de reconnaître que Turiddu, plus que Canio, correspond idéalement à son format vocal car selon les critères traditionnels, ce dernier rôle revenant plus à des Otello potentiels (Del Monaco, Vickers, Domingo, Galouzine), ce qui n’interdit pas des nuances qui ne sont pas toujours au rendez-vous avec certaines de ces grandes pointures !

    Un chant élégant, expressif et intense

    Exactement comme le Siegfried de Ben Heppner à Aix, Roberto Alagna s’impose par un chant élégant et expressif, intense quoique sans jamais forcer ses moyens naturels. Tout aussi convaincant est son portrait d’un clown juvénile qui n’a pas été artificiellement vieilli : on peut être trahi et désespéré à tout âge !

    A contrario des Santuzza tonitruantes, Béatrice Uria-Monzon se situe exactement au diapason d’Alagna : fière et distinguée par le chant autant que par la caractérisation. Plus encore que dans Tonio, Seng-Hyoun Ko est un Alfio superlatif. Enfin, chaque rôle secondaire possède une qualité discographique. La Lola d’Anne Catherine Gillet est l’évidente justification de la tragédie qu’elle provoque, Stefania Toczyska est une Mamma Lucia d’une vraie dignité et Florian Laconi ne passe pas inaperçu dans Beppe.

    Bravo enfin à la mise en scène sobre et efficace de Jean-Claude Auvray, qui a inscrit les deux ouvrages véristes dans une Sicile éternelle, relativement contemporaine, celle des années 1950, avec des références toujours en situation au néoréalisme des films de Rossellini, De Sica et des premiers Comencini et Fellini ! La sobriété des décors de Bernard Arnould et plus encore l’adéquation et l’harmonie des costumes de Rosalie Varda contribuent à rendre la soirée inoubliable.




    Théâtre antique, Orange
    Le 04/08/2009
    Monique BARICHELLA

    Nouvelles productions de Cavalleria rusticana de Mascagni et Pagliacci de Leoncavallo mises en scène par Jean-Claude Auvray, sous la direction de Georges Prêtre aux Chorégies d’Orange 2009.
    Pietro Mascagni (1863-1945)
    Cavalleria rusticana, opéra en un acte (1890)
    Ruggero Leoncavallo (1857-1919)
    Pagliacci, opéra en deux actes (1892)

    Chœurs des Opéras de Région
    Orchestre National de France
    direction : Georges Prêtre
    mise en scène : Jean-Claude Auvray
    décors : Bernard Arnould
    costumes : Rosalie Varda
    éclairages : Laurent Castaingt

    Avec :
    Cavalleria rusticana
    Béatrice Uria-Monzon (Santuzza), Anne-Catherine Gillet (Lola), Stefania Toczyska (Mamma Lucia), Roberto Alagna (Turiddu), Seng-Hyoun Ko (Alfio)

    Pagliacci
    Inva Mula (Nedda), Roberto Alagna (Canio), Seng-Hyoun Ko (Tonio), Stéphane Degout (Silvio), Florian Laconi (Beppe)

     



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