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CRITIQUES DE CONCERTS 18 août 2018

Reprise du Ring de Wagner mis en scène par Tankred Dorst et sous la direction de Christian Thielemann au festival de Bayreuth 2009.

Bayreuth 2009 (2) :
Un Ring pour l’avenir

© Enrico Nawrath / Bayreuther Festspiele GmbH

Andrew Shore (Alberich)

La Tétralogie de Tankred Dorst confirme ses qualités et ses défauts : bien imaginée, esthétique, moins statique que par le passé, elle reste complaisamment dirigée, passablement chantée et insuffisamment creusée dans le détail du travail de théâtre. Une leçon peut-être pour l’avenir de la Colline à l’aube d’une nouvelle ère entre conceptualité et savoir-faire.
 

Festspielhaus, Bayreuth
Le 12/08/2009
Thomas COUBRONNE
 



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  • Les derniers accords du Ring à Bayreuth véhiculent toujours une émotion particulière, peut-être à cause de l’effet d’immersion que le rythme et les conditions des représentations ne manquent pas d’exercer sur l’auditeur. La production de Tankred Dorst, vue une seconde fois, ne déroge pas à la règle, et l’évidence de sa conception reposant sur les « traces » des Dieux dans un monde d’éphémère ne laisse pas de donner à réfléchir sur le monde actuel, c’est-à-dire sur le monde de toujours.

    Pointant du doigt – on l’a souligné dans ces colonnes en 2007 – la vanité des efforts de puissance, Dorst remet l’humain et la nature au centre de l’univers, tout à fait dans la continuité du Parsifal de Herheim, et avec une pertinence qu’il faut saluer : Wotan et Alberich passent ainsi leur existence à se disputer un pouvoir insensé, à l’image de cette forêt de Siegfried sur laquelle chacun veut régner grâce à l’anneau, sans même s’apercevoir qu’elle est déjà abattue pour les travaux humains d’une autoroute.

    © Enrico Nawrath / Bayreuther Festspiele GmbH

    La même folie traverse les âges, et les enfants jouent à la guerre, les touristes ne distinguent plus les vestiges antiques sous les graffitis, chacun prisonnier de son temps reproduit les mêmes erreurs d’aveuglement ; qu’est-ce alors que la sagesse, sinon la conscience de l’éphémère et de l’absurdité de l’ambition ?

    Malheureusement, le contrepoids de cette idée solide est une réalisation très inégale. Passons sur le jeu théâtral, tout de même plus vivant que par le passé, mais dont seules les véritables natures tirent leur épingle, Loge, Alberich, Mime, Sieglinde, le reste de la direction d’acteurs étant au mieux honnête, souvent inexpressif, parfois d’un ennui mortel.

    Le travail de conception accuse aussi des maladresses très dommageables, à commencer par une juxtaposition assez artificielle et exploitée sans grande cohérence ni imagination des univers mythologique et contemporain. Passé l’énoncé conceptuel de la mise en scène, il ne reste pas grand-chose à se mettre sous la dent, hors un Rheingold assez enlevé, un Siegfried adolescent et des scènes chez les Gibichungen traitées en un marivaudage très réussi.

    Une battue de plus en plus complaisante

    Tout cela sous la battue de plus en plus négligente et complaisante de Christian Thielemann, adulé du public, et qui malgré un admirable travail vertical – textures des bois, justesse des cors, fluidité des cordes – semble se contenter de lancer des départs et de laisser retomber ad libitum le moindre motif, la dernière phrase, sans une once de tenue rythmique.

    Certains passages en deviennent particulièrement nébuleux – orage de la Walkyrie –, brouillons – adieux de Wotan – ou grossiers – réveil de Brünnhilde –, tandis qu’on attend en vain un peu d’énergie qui ne soit pas du narcissisme sonore à faire passer le brillant d’un Karajan pour les âpretés d’un Harnoncourt – marche funèbre de Siegfried.

    Si encore les voix suivaient… Mais entre d’impossibles Loge et Alberich – Arnold Bezuyen et Andrew Shore, pourtant les deux meilleurs en scène et en texte –, la Brünnhilde toujours paresseuse de Linda Watson, le Siegmund tout bouché d’Endrik Wottrich, le Wotan parfois bougon d’Albert Dohmen, le Siegfried juvénile, ici débraillé, là à court d’aigus, de Christian Franz, un panthéon bien prosaïque, des géants, un Hunding et un Hagen mollassons, une Erda spectrale et un oiseau bariolé, on se consolera avec la Gutrune lumineuse de la touchante Edith Haller – pourtant bien verte en Freia – qui trouve l’épaisseur d’un personnage souvent raté, la Sieglinde rayonnante mais finalement bien moins engagée et passionnante qu’Adrienne Pieczonka d’Eva-Maria Westbroek–, et, ironie du sort, le si décrié Siegfried des deux Rings précédents, Wolfgang Schmidt, en Mime !

    Bayreuth devrait peut-être y réfléchir : à l’heure des Meistersinger iconoclastes de Katharina, ce ne sont pas les concepts tapageurs ou la modernité qui manquent le plus à ce Ring, mais simplement du vrai beau théâtre et du vrai beau chant.




    Festspielhaus, Bayreuth
    Le 12/08/2009
    Thomas COUBRONNE

    Reprise du Ring de Wagner mis en scène par Tankred Dorst et sous la direction de Christian Thielemann au festival de Bayreuth 2009.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Der Ring des Nibelungen, festival scénique en un prologue et trois journées
    Livret du compositeur

    Chor und Orchester der Bayreuther Festspiele
    direction : Christian Thielemann
    mise en scène : Tankred Dorst
    décors : Frank Philipp Schlößmann
    costumes : Bernd Ernst Skodzig
    éclairages : Ulrich Niepel

    Avec :
    7 août
    Das Rheingold
    (1869)
    Albert Dohmen (Wotan), Ralf Lukas (Donner), Clemens Bieber (Froh), Arnold Bezuyen (Loge), Kwangchul Youn (Fasolt), Ain Anger (Fafner), Andrew Shore (Alberich), Wolfgang Schmidt (Mime), Michelle Breedt (Fricka), Edith Haller (Freia), Christa Mayer (Erda), Christiane Kohl (Woglinde), Ulrike Helzel (Wellgunde), Simone Schröder (Flosshilde).

    8 août
    Die Walküre
    (1870)
    Endrik Wottrich (Siegmund), Kwangchul Youn (Hunding), Albert Dohmen (Wotan), Eva-Maria Westbroek (Sieglinde), Linda Watson (Brünnhilde), Michelle Breedt (Fricka), Sonja Mühleck (Gerhilde), Anna Gabler (Ortlinde), Martina Dike (Waltraute), Simone Schröder (Schwertleite), Edith Haller (Helmwige), Wilke te Brummelstroete (Siegrune), Annette Küttenbaum (Grimgerde), Alexandra Petersamer (Rossweisse).

    10 août
    Siegfried
    (1876)
    Christian Franz (Siegfried), Wolfgang Schmidt (Mime), Albert Dohmen (Der Wanderer), Andrew Shore (Alberich), Ain Anger (Fafner), Christa Mayer (Erda), Linda Watson (Brünnhilde), Christiane Kohl (Stimme des Waldvogels).

    12 août
    Götterdämmerung
    (1876)
    Christian Franz (Siegfried), Ralf Lukas (Gunther), Hans-Peter König (Hagen), Andrew Shore (Alberich), Linda Watson (Brünnhilde), Edith Haller (Gutrune), Christa Mayer (Waltraute), Simone Schröder (1. Norn), Martina Dike (2. Norn), Edith Haller (3. Norn), Christiane Kohl (Woglinde), Ulrike Helzel (Wellgunde), Simone Schröder (Flosshilde).

     



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