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CRITIQUES DE CONCERTS 17 novembre 2019

Liederabend de la soprano Anna Netrebko, accompagnée au piano par Daniel Barenboïm au festival de Salzbourg 2009.

Salzbourg 2009 (6) :
Madonna Netrebko

© Kasskara

Atmosphère de foire cinématographique pour la rentrée salzbourgeoise d’Anna Netrebko, dont l’unique prestation de cet été est l’événement médiatique de l’édition 2009. Admirablement soutenue par le piano de Daniel Barenboïm, la diva russo-autrichienne défend Rimski-Korsakov et Tchaïkovski avec un art souverain. Une soirée magique.
 

GroĂźes Festspielhaus, Salzburg
Le 17/08/2009
Monique BARICHELLA
 



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  • Le festival de Salzbourg est Ă  l’origine de la carrière internationale d’Anna Netrebko, propulsĂ©e au firmament des rares superstars lyriques par sa Donna Anna in loco en 2002, dans la sulfureuse production de Martin Kušej. Depuis sa triomphale Traviata en 2005 avec VillazĂłn, elle Ă©tait absente de la manifestation, ayant annulĂ© son seul concert d’il y a deux ans Ă  la suite d’un refroidissement puis l’étĂ© passĂ© sa Juliette de Gounod pour cause de maternitĂ©.

    Dès l’ouverture de la location, les billets pour son unique Liederabend au Großes Festspielhaus se sont envolés, et malgré quatre rangés de surnuméraires sur les bas-côtés de la scène, aucun moyen de trouver une place. Un billet se même serait vendu au marché noir 700 euros sur Internet, alors que cet été la plupart des représentations d’opéra ne font pas le plein, même Moïse et Pharaon de Rossini, pourtant dirigé par Riccardo Muti…

    Plus ahurissant encore, la nuée de photographes et de caméras de télévision se pressant devant le Festspielhaus pour flasher les spectateurs arrivant en voiture ou entrant dans le hall, dans l’espoir d’obtenir le cliché ou d’obtenir un vague commentaire de quelque personnalité locale sinon internationale. Bousculades, micro-trottoir, une effervescence digne du festival de Cannes, se prolongeant pendant l’entracte où chacun tente d’obtenir une déclaration sur la qualité de la star.

    Un cirque en total porte-à-faux avec le sérieux et la qualité artistique du concert, mais hautement significatif de la pression quasi insoutenable que doit supporter en permanence la cantatrice. Proie des ragots, des médisances, des jalousies comme de l’ignorance et de la sottise de certains médias qui osent émettre une opinion sur un art dont ils n’ont pas la moindre connaissance, Anna Netrebko est la principale victime de cette médiatisation outrancière.

    C’est ainsi qu’à la première heure, le lendemain matin d’un récital aussi exceptionnel par le chant que par l’accompagnement pianistique, monsieur tout le monde apprendra par une radio éclairée que la soirée a été décevante et que la soprano n’a pas été à la hauteur de sa réputation.

    Le tout est de s’entendre sur ladite réputation, car le programme choisi pour ce qui semble le premier récital de mélodies de la soprano ne s’adresse évidemment pas à un public intéressé par les variétés ou quelques airs populaires. La soirée est entièrement consacrée à la mélodie russe, avec une première partie comportant onze titres de Rimski-Korsakov, peu connus hors de leur pays d’origine et, pour la seconde, neuf mélodies de Tchaïkovski ; c’est-à-dire un programme attractif et séduisant pour les mélomanes mais sans doute difficile quand on ne fréquente pas les salles de concert classiques.

    Amincie et radieuse dans une superbe robe parme, la diva ne semble peu assurée que lors du premier Rimski, sur un texte d’Apollon Maykov. Dès le deuxième, sa voix se raffermit et déploie toutes les séductions d’un timbre fruité, richement coloré, avec des aigus glorieux et une palette de nuances raffinée. Pour chaque mélodie, elle sait trouver le climat, l’expression, les couleurs qui caractérisent un chant engagé et passionné. Sentiment encore renforcé après l’entracte avec Tchaïkovski, qu’on peut considérer comme un mélodiste supérieur.

    Cette fois, habillée d’une somptueuse tenue noire, au large décolleté, elle se montre tour à tour mutine pour les deux berceuses de son programme mélancolique. La soprano installe déjà l’atmosphère de chaque mélodie par la simple expression du visage, avant même d’ouvrir la bouche pour chanter. Pourquoi, d’après Warum de Heinrich Heine, est d’ailleurs un pur moment de grâce.

    Tout au long d’une soirée magique, Netrebko nous rappelle ce que doit être idéalement un Liederabend, même quand, en tant qu’auditeur, on ne parle pas un mot de la langue chantée. À ses côtés, un vrai partenaire, Daniel Barenboïm, qui la soutient, la porte, la transcende par un accompagnement aérien, d’une présence constante mais discrète dans la mesure où il se montre d’abord au service de la voix, dans une totale osmose musicale, afin de rendre justice au compositeur.

    Un BanreboĂŻm visiblement sous le charme de la cantatrice, devant laquelle il s’efface plus d’une fois avec une modestie inattendue pour l’applaudir, avant de chaleureuses Ă©treintes rĂ©ciproques. En bis, un Dvořák en tchèque et un Strauss en allemand acclamĂ©s par une salle enflammĂ©e.

    S’il ne fait aucun doute qu’Anna Netrebko est surmédiatisée et qu’elle en paie les conséquences, en aucun cas elle n’est surestimée.




    GroĂźes Festspielhaus, Salzburg
    Le 17/08/2009
    Monique BARICHELLA

    Liederabend de la soprano Anna Netrebko, accompagnée au piano par Daniel Barenboïm au festival de Salzbourg 2009.
    MĂ©lodies de Rimski-Korsakov et TchaĂŻkovski
    Anna Netrebko, soprano
    Daniel BarenboĂŻm, piano

     


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