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CRITIQUES DE CONCERTS 19 septembre 2020

Reprise des Noces de Figaro de Mozart mises en scène par Claus Guth, sous la direction de Daniel Harding au festival de Salzbourg 2009.

Salzbourg 2009 (8) :
Le miracle intact des Noces

© Monika Rittershaus

Deuxième reprise pour les Noces déjà mythiques de Claus Guth à Salzbourg, avec une distribution largement renouvelée qui ne compromet en rien la magie initiale d’un spectacle toujours aussi brillant, beau et intelligent. Jusque-là défenseur de tempi cravachés dans Mozart, Daniel Harding se coule avec plus ou moins de bonheur dans la lenteur baroque initiée par Harnoncourt.
 

Haus fĂĽr Mozart, Salzburg
Le 19/08/2009
Yannick MILLON
 



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  • En pleine crise identitaire, Salzbourg parvient tout de mĂŞme Ă  retrouver son esprit originel Ă  travers certaines productions mozartiennes emblĂ©matiques, avec cette qualitĂ© de troupe Hausgemacht très particulière qui, couplĂ©e Ă  la prĂ©sence unique en fosse du Philharmonique de Vienne, explique le cachet incomparable des productions lyriques prĂ©sentĂ©es depuis bientĂ´t quatre-vingt-dix ans dans la ville de Mozart.

    Ainsi, ce soir encore, dans la mise en scène fraîche comme au premier jour de Claus Guth, les Noces de Figaro triomphent et rivalisent d’intelligence, de qualité du jeu théâtral, d’unité de conception et de poésie. Nous ne nous étendrons pas sur ce travail exceptionnel largement commenté dans ces colonnes tant à la création du spectacle en 2006 que lors de sa parution en DVD ou sa reprise en 2007, pour nous concentrer davantage sur la partie musicale.

    En passant de Harnoncourt à Harding, on s’attendait à un raccourcissement drastique de la durée d’exécution et à un rythme en tous points différent, surtout avec la coupure des airs de Basilio et Marcelline au IV. À notre grande surprise, le petit trublion d’ordinaire friand de tempi TGV et de coups de serpe s’est laissé happer par l’esprit de la lenteur initié à la première du spectacle, dans un acte de quasi reniement des options très proches de ses Don Giovanni in loco et Così d’Aix.

    Trois heures trente de représentation bien tassées, qu’on traverse non sans avoir ressenti ici ou là quelques fourmis dans les jambes, surtout dans l’étuve ambiante d’une salle peu encline à endiguer la violente montée de mercure qui frappe Salzbourg depuis une semaine. Plus naturel de flux et nettement moins décortiqué que celui de Harnoncourt, ce Mozart, qui cherche par trop à arrondir les angles – la conclusion du III, prudente et peu jubilatoire – s’avère au final prévisible dans sa retenue systématique des tempi médians, sans assumer pour autant le redoublement d’articulation dont le grand Nikolaus avait le secret.

    Comme tant d’autres avant lui, Harding s’est laissé envoûter par un Philharmonique de Vienne aussi rayonnant qu’avant-hier dans Così, bien que constitué d’une équipe tout à fait différente. D’une couleur et d’un équilibre toujours ad hoc, d’une qualité de rebond, d’un génie dans le dialogue avec les chanteurs – le hautbois du Dove sono de la Comtesse, à tomber –, les Wiener demeurent décidément la formation mozartienne par excellence.

    Une Comtesse et un Comte idéaux

    Seule rescapée de la distribution d’origine pour ce qui est des rôles principaux, Dorothea Röschmann n’a jamais été aussi convaincante : sa Comtesse névrotique, déchirée, folle d’amour et pourtant si faillible marque par sa sincérité, son engagement total et son feu intérieur, bien portés par une voix parfaitement conduite, nuancée et toujours aussi fine d’intentions – Più docile sono.

    Après Bo Skovhus, peut-être plus marquant encore en scène mais en voix tellement plus défaite, Gerald Finley est un Comte absolument idéal – veule, velléitaire et sanguin – qui remporte avec mérite la palme des ovations aux saluts. D’une émission mordante, juste assez noire mais toujours aristocratique, d’un placement vocal et d’une agilité irréprochables, le Canadien finit d’affirmer toute la différence de rang entre les padroni et leurs domestiques.

    Marlis Petersen est une Susanna cabocharde, au bel abattage, un rien acidulée et mince de médium – tout l’inverse en somme d’Anna Netrebko –, même si elle parvient à prodiguer quelques rayonnants aigus suspendus. Si l’on préfère en Figaro la déclamation plus stylée et la voix moins charbonneuse, en un mot plus saine, de Luca Pisaroni à l’émission noircie et parfois dans le goitre d’Ildebrando d’Arcangelo, on doit tout de même reconnaître que le personnage de ce dernier était plus consistant.

    Inconnue à Salzbourg, Katja Dragojevic est un Chérubin d’une parfaite silhouette d’ado et d’un potentiel sexuel plus crédibles que ceux de Christine Schäfer ou Martina Jankova, et prodigue un chant élégiaque, fort d’une ligne bien colorée. Enfin, si le Bartolo toujours poussif de Franz-Josef Selig bougonne avec une rare constance, la Marcelline de Marie McLaughlin dispose encore d’une belle franchise vocale.

    Voilà en tout cas une soirée lyrique portée par la magie que Salzbourg sait encore offrir quand elle s’en donne les moyens.




    Haus fĂĽr Mozart, Salzburg
    Le 19/08/2009
    Yannick MILLON

    Reprise des Noces de Figaro de Mozart mises en scène par Claus Guth, sous la direction de Daniel Harding au festival de Salzbourg 2009.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Le Nozze di Figaro, dramma giocoso en quatre actes KV 492 (1786)
    Livret de Lorenzo Da Ponte d’après le Mariage de Figaro de Beaumarchais

    Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
    Wiener Philharmoniker
    direction : Daniel Harding
    mise en scène : Claus Guth
    décors et costumes : Christian Schmidt
    Ă©clairages : Olaf Winter
    préparation des chœurs : Thomas Lang

    Avec :
    Gerald Finley (Il Comte Almaviva), Dorothea Röschmann (La Comtessa Almaviva), Marlis Petersen (Susanna), Luca Pisaroni (Figaro), Katja Dragojevic (Cherubino), Marie McLaughlin (Marcellina), Franz-Josef Selig (Bartolo), Patrick Henckens (Basilio), Oliver Ringelhahn ( Don Curzio), Eva Liebau (Barbarina), Adam Plachetka (Antonio), Uli Kirsch (Cherubim).

     



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