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CRITIQUES DE CONCERTS 17 octobre 2018

Concert Mahler du Lucerne Festival Orchestra sous la direction de Claudio Abbado au festival de Lucerne 2009.

Lucerne 2009 (1) :
Osmose et jubilation

© Kasskara / DG

L’édition 2009 de Lucerne, ayant pour thématique la Nature, s’est ouverte la semaine dernière sur la 1re symphonie de Mahler. Quelques jours plus tard, la 4e défendue par Abbado et le Lucerne Festival Orchestra s’inscrit dans le même esprit d’hymne à la Nature dans une optique résolument vivante et jubilatoire.
 

Konzertsaal, Kultur- und Kongresszentrum, Luzern
Le 22/08/2009
Benjamin GRENARD
 



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  • Les concerts de Claudio Abbado sont désormais un rituel bien établi au festival de Lucerne, et valent au maître d’œuvre une standing ovation presque de rigueur. On peut dès lors se demander légitimement si cette acclamation se justifie ou si elle appartient aux rites de circonstance qui grèvent parfois sans fondement les soirées de concert. Mais ce soir, force est de constater que l’on n’est rarement sorti d’une salle aussi conquis.

    La première partie, sans être indigne, ne s’annonçait pourtant pas si prometteuse. Si les Rückert-Lieder apparaissent indubitablement comme ceux des solistes remarquables de l’orchestre et en particulier des bois, on reste sur sa faim pendant les trois premiers. Magdalena Kožená peine d’abord à trouver ses marques en raison d’un matériau perturbé par un vibrato trémulant, et si la voix dispose d’un beau timbre, elle manque néanmoins de corps.

    Attentif à créer une osmose, Abbado privilégie une lecture sans emphase, voire sans effusion inutile, privilégiant la souplesse des textures, doublée d’une volonté évidente de mettre en relief l’aspect liminaire de cette musique par un jeu de transparence bien senti. Il évite ainsi les poncifs et a tendance à retenir l’orchestre, notamment sur le climax de Um Mitternacht.

    Mais il faudra attendre Ich atmet’ einen linden Duft pour que cette osmose se révèle ; la voix de Magdalena Kožená, sur le ton de la tragédienne jusqu’ici, tend alors à s’estomper pour devenir instrument, à se fondre davantage dans le tissu orchestral et devient paradoxalement chant véritable. Ainsi, c’est presque dans la blancheur que la mezzo finit par séduire le plus, alors que le cor anglais d’Emma Schied, parfait de narration et de musicalité, la soutient idéalement dans Ich bin der Welt abhanden gekommen.

    Abbado aborde la 4e symphonie dans un esprit foncièrement différent. La musique initiale n’apparaît que sporadiquement et le chef italien s’attache à redonner à la symphonie sa véritable dimension. Dans un geste proprement jubilatoire, il donne vie à tous les micro-éléments parfois abrupts qui entrent en contradiction dans le premier mouvement, se jouant des contrastes d’inflexions pour donner corps à un magnifique bouillonnement.

    Chaque instrumentiste paraît totalement engagé, en comparaison de la retenue qui caractérisait la première partie, si bien que des cordes échevelées répondent à des bois en effervescence. Chaque phrasé est mené jusqu’au bout dans l’esprit de la sensualité viennoise, et une agogique souple et vivante conduit à l’agitation dionysiaque du développement.

    Une route toute tracée pour le deuxième mouvement, enchaîné dans le même souffle, tandis que par son atemporalité propre le mouvement lent apparaît dans toute sa grâce. Soutenue par un tissu orchestral idéal, Magdalena Kožená apparait dans le Lied terminal avec plus de velouté, s’inscrivant dans l’osmose tissée de main de maître par Abbado.

    Un tel pétillement et une telle vie montrent que le maestro, à l’instar des grands chefs du passé, est bien désormais un monstre sacré, de ceux pour lesquels le concert est plus que jamais une expérience d’éveil à soi-même, où l’énergie à l’état brut vient littéralement nourrir et combler l’auditeur pour le rendre momentanément plus vivant qu’il ne l’a jamais été.

    Une propriété qui a toujours fait de la musique un art sacré en tant que tel et qui, malheureusement, fait souvent bien défaut à des chefs plus jeunes, sans doute par manque d’expérience mais aussi par leur appartenance à une génération aux repères différents – on s’en convaincra en comparant cette 4e de Mahler à celle, complètement désincarnée, de Daniel Harding il y a quatre ans. Une caractéristique à laquelle le public ne peut quoi qu’il en soit se méprendre tant elle revêt caractère d’évidence.



    Diffusion du concert sur ARTE le 30 août




    Konzertsaal, Kultur- und Kongresszentrum, Luzern
    Le 22/08/2009
    Benjamin GRENARD

    Concert Mahler du Lucerne Festival Orchestra sous la direction de Claudio Abbado au festival de Lucerne 2009.
    Gustav Mahler (1860-1911)
    Fünf Lieder nach Gedichten von Friedrich Rückert (1902)
    Symphonie n° 4 en sol majeur (1901)
    Magdalena Kožená, mezzo-soprano

    Lucerne Festival Orchestra
    direction : Claudio Abbado

     


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