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CRITIQUES DE CONCERTS 22 juin 2018

Nouvelle production de Moïse et Pharaon de Rossini mise en scène par Jürgen Flimm et sous la direction de Riccardo Muti au festival de Salzbourg 2009.

Salzbourg 2009 (9) :
La goutte d’eau qui fait déborder le Nil

© Clärchen Baus-Mattar & Matthias Baus

Production phare de l’édition 2009 de Salzbourg, le Moïse et Pharaon voulu par Muti déçoit par une direction inexistante, une mise en scène inégale et surtout un français déplorable de l’ensemble du plateau : inadmissible à ce niveau et symptomatique d’une tendance détestable de notre époque, aux effets dévastateurs et sous-estimés sur l’impact de la musique.
 

Großes Festspielhaus, Salzburg
Le 25/08/2009
Thomas COUBRONNE
 



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  • Qu’on nous pardonne de faire de ces colonnes une tribune pour une cause qui nous tient à cœur ; mais enfin, autant le récent récital de Thomas Quasthoff nous a semblé mériter mieux qu’une énumération fastidieuse de qualités et de performances, autant il nous semble devoir élever une voix désapprobatrice dans la démission globale de nos confrères par ailleurs émérites. Il est purement et simplement insupportable d’endurer pareil massacre du français sur une scène de ce renom. Nulle part au monde on n’entendrait un allemand aussi mauvais, un italien aussi défiguré ; il n’y a pas de raison que le français soit une exception.

    D’autant que la négligence en question paraît être le fruit d’une paresse intellectuelle assez globale sur cette production : le maestro Muti explique à qui veut l’entendre que la version française est préférable, car plus monumentale que l’italienne. Mais alors pourquoi nous infliger une distribution qui de brillante en italien devient exécrable d’exotisme ou d’inintelligibilité dans la langue de Molière ? Ne pouvait-on pas trouver des chanteurs un peu plus francophones ou au moins engager un chef de chant versé dans ces matières ?

    Ou bien alors, si l’on voulait assumer la programmation de ce chef-d’œuvre un peu périphérique au grand répertoire habituel à Salzbourg, ne fallait-il pas se doter d’une vraie distribution exceptionnelle ? Et si Jürgen Flimm voulait éviter une « transposition trop grossière dans la Bande de Gaza », pourquoi nous assène-t-il pendant la musique souriante du ballet – absent dans la version italienne – une pantomime grinçante d’ailleurs assez saisissante sur les plaies d’Égypte et un récapitulatif de tout ce qu’il y a de plus intégriste dans l’Ancien Testament ?

    Mais il faut croire que l’idéal du bel canto est totalement étranger à l’intendant du Festival, comme naguère le merveilleux dans un King Arthur laborieux. On ne peut pas faire d’un opéra comme Moïse et Pharaon autre chose que ce qu’il est, même si la version française est évidemment plus romantique – au sens de plus moderne – que l’original en italien : une œuvre formelle sophistiquée, où tout vise à une beauté sublimée, et certainement pas un manifeste pour ou contre les grands monothéismes.

    On comprend bien que pour le public d’aujourd’hui, le peu de portée politique et philosophique de l’opéra – non seulement manifeste, mais revendiqué par Rossini qui tout au long de sa carrière s’est méfié du genre quand il n’était pas assez stylisé – soit quelque peu indigent ; mais il y a aussi une part d’honnêteté intellectuelle à ne pas chercher à travestir l’esprit de l’œuvre pour se conformer au goût du jour.

    Flimm ne respecte que la lettre – sa mise en scène paraîtra globalement très classique – mais pas toujours avec bonheur – les interminables figurations du chœur –, trahissant volontiers l’esprit dans les scènes les plus réussies – la Mer Rouge, les anges de la mort marquant de sang la porte des premiers-nés d’Israël – et avec une idée forte : tout l’effort du peuple est de faire sien le commandement « tu ne tueras point », qui restera lettre morte sous le pinceau d’artisans occupés pendant toute la représentation à le recopier méticuleusement.

    On ne conteste pas ici que Moïse et Pharaon pose aussi ces questions sur le pouvoir, la foi… Mais c’est avant tout une œuvre de beauté, d’élégance, de goût, de perfection stylistique comme tout ce qu’a écrit Rossini. Et si l’orchestre évidemment magnifique des Wiener est à la hauteur, en revanche la direction négligente de Muti qui laisse jouer sans aucune conduite et occasionne mainte imprécision, alliée au phrasé forcément inexpressif de la quasi-totalité du plateau aux prises qui avec des liaisons improbables, qui avec des élisions intempestives, qui avec ses « r » roulés, et tous avec des nasales et des « e » muets absolument impossibles, sont complètement hors de propos et tuent dans l’œuf tout effort de style.

    Il ne sert dès lors plus à rien d’écrire tout le bien qu’on pense des chanteurs, de leur chant, de leur engagement : à essayer d’entendre le texte, on n’a pas réussi à écouter les voix !




    Großes Festspielhaus, Salzburg
    Le 25/08/2009
    Thomas COUBRONNE

    Nouvelle production de Moïse et Pharaon de Rossini mise en scène par Jürgen Flimm et sous la direction de Riccardo Muti au festival de Salzbourg 2009.
    Gioacchino Rossini (1792-1868)
    Moïse et Pharaon, ou le passage de la Mer rouge, opéra en quatre actes
    Livret de Luigi Balocchi et Étienne de Jouy d’après le livret d’Andrea Leone Tolotta pour le Mosè in Egitto de Rossini

    Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
    Wiener Philharmoniker
    direction : Riccardo Muti
    mise en scène : Jürgen Flimm
    décors : Ferdinand Wögerbauer
    costumes : Birgit Hutter
    éclairages : Friedrich Rom
    préparation des chœurs : Thomas Lang

    Avec :
    Ildar Abdrazakov (Moïse), Juan Francisco Gatell (Eliézer), Nicola Alaimo (Pharaon), Nino Surguladze (Sinaïde), Eric Cutler (Aménophis), Marina Rebeka (Anaï), Barbara Di Castri (Marie), Saverio Fiore (Aufide), Alexeï Tikhomirov (Osiride), Ante Jerkunica (une voix mystérieuse).

     



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