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CRITIQUES DE CONCERTS 22 mai 2018

Deuxième concert du Philharmonia Orchestra sous la direction d’Esa-Pekka Salonen au festival de Lucerne 2009.

Lucerne 2009 (3) :
Un Sacre de toute perfection

Alors que Salonen oscillait entre exception et ratage dans la 6e symphonie de Mahler, son Sacre du printemps, désormais entré dans la légende, fera sans nul doute date dans l’histoire du Festival. De quoi faire littéralement oublier une première partie avec ses qualités (Debussy) et ses errances (le Piano Concerto du chef-compositeur).
 

Konzertsaal, Kultur- und Kongresszentrum, Luzern
Le 25/08/2009
Benjamin GRENARD
 



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  • Après le Mahler d’hier, il faut bien admettre que l’on avait un peu peur de retrouver Salonen dans la respiration musicale propre à Debussy, qui anime le rêve moite et sensuel du Faune. Mais le chef finlandais est curieusement beaucoup plus à l’aise dans la respiration debussyste, qu’il aborde avec souplesse.

    Son Prélude à l’après-midi d’un Faune séduit par sa retenue, évoquant l’engourdissement et l’endormissement. Le Philharmonia s’impose comme un écrin de toute beauté et distille de belles couleurs propres à en faire une phalange de choix pour le répertoire français. Évacuant l’aspect suave de la rêverie érotique, Salonen prend le parti de faire de la pièce de Debussy un épisode éthéré et anecdotique, où le rêve disparaît aussi vaporeusement qu’il est apparu.

    Suit le Piano Concerto commis par Salonen il y a semble-t-il quelque deux ans. D’emblée, des violons mécaniques plantent le décor. Un piano s’excite à varier un thème. Au gré de la plume, d’indécises réminiscences romantiques et d’improbables thèmes tournoyants se dessinent au sein d’un matériau étourdissant de modernité, comprenant trente fois plus de notes que Joseph II lui-même n’en a pu supporter en trois fois plus de temps dans l’Enlèvement au sérail de Mozart.

    On finirait par se sentir presque embarrassé que l’ensemble nous assomme : tout cela nous parait un peu confus, un brin embrouillé et pour tout dire tout à fait bavard. Heureusement, un programme en guise de notice explicative nous éclaire : Salonen s’est représenté une hypothétique culture post-biologique dans laquelle un vague Système cybernétique ressent, semble-t-il soudainement, la nécessité existentielle d’un Folklore.

    Nous voilà rassurés quant à la pertinence du propos, car sans l’aide de ces notes de bas de page, nous aurions appréhendé ces temps futurs avec l’idée que pendant quelque trente-cinq minutes, le moindre petit critique y avait perdu son latin dans des logorrhées hors de sa portée qui n’en finissaient pas de déblatérer.

    Retour en terrain connu et familier avec le Sacre du printemps. Cette fois, le génie de Salonen apparaît avec éclat dans une partition qui n’a désormais plus aucun secret pour son chef et dont l’interprétation est définitivement entrée à juste raison dans la légende. Sous la férule du Finlandais, la prestation du Philharmonia apparaît tout simplement miraculeuse.

    Ce Sacre de toute perfection relève d’un travail sidérant et exemplaire d’orchestre : chaque timbre est soigné jusqu’à l’inimaginable, non seulement dans sa texture mais aussi dans sa musicalité la plus pure. Jamais la partition n’a sonné avec tant de science et d’évidence, bref avec autant de vérité éclatante. Les passages chambristes frisent le miracle, les doublures de bois évoquent avec excellence les temps quasi légendaires de l’ancienne Russie. Les tutti sonnent en même temps avec une aération et une puissance peu commune : tout est absolument perceptible dans la masse. Alors que l’orchestre fait preuve généralement d’une rondeur nourrissante, Salonen ne répugne pas à recourir à la sécheresse aux endroits les plus judicieux.

    Et pourtant, derrière un travail à l’évidence chevronné, jamais on n’a l’impression d’une vision trop analytique ou distanciée. Ce Sacre tellurique est d’un aboutissement rare et est réellement habité par une vision. La maîtrise du temps y est confondante. À chaque instant, cette magnifique prestation totalement aboutie sur le plan orchestrale reste une véritable Apothéose de la danse, de sorte que ce Sacre mythique se révèle dans toute sa splendeur dionysiaque.




    Konzertsaal, Kultur- und Kongresszentrum, Luzern
    Le 25/08/2009
    Benjamin GRENARD

    Deuxième concert du Philharmonia Orchestra sous la direction d’Esa-Pekka Salonen au festival de Lucerne 2009.
    Claude Debussy (1862-1918)
    Prélude à l’Après-midi d’un faune (1894)

    Esa-Pekka Salonen (*1958)
    Piano Concerto (2007)
    Yefim Bronfman, piano

    Igor Stravinski (1882-1971)
    Le Sacre du printemps (1913)
    Tableaux de la Russie païenne en deux parties

    Philharmonia Orchestra
    direction : Esa-Pekka Salonen

     


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