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CRITIQUES DE CONCERTS 17 janvier 2018

Récital du baryton Stéphane Degout accompagné au piano par Hélène Lucas dans le cadre de la Saison musicale de Royaumont.

La mélodie française, c’est lui

En 2005, Stéphane Degout avait donné à Royaumont, outre des Duparc à pleurer de beauté, des Histoires naturelles de Ravel absolument maîtrisées, déjà personnelles, en un mot mémorables. Pour son retour à l’Abbaye, il a choisi Poulenc sur des poèmes d’Apollinaire, toujours en compagnie d’Hélène Lucas. Plus de doute possible, la mélodie française aujourd’hui lui appartient.
 

Abbaye de Royaumont,
Le 30/08/2009
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Bien sûr, Ruben Lifschitz, auprès duquel il a tant sinon tout appris, est là, et qui veille. Hélène Lucas le porte comme depuis toujours, malgré un piano qui ce soir lui refuse presque toutes ses couleurs, heureusement pas ses phrasés. Elle le guide même, mais comme quelqu’un qui connaît déjà le chemin. Car ce n’est plus en disciple que Stéphane Degout revient à Royaumont, mais en maître, devant une poignée de fidèles.

    Poulenc, Hahn, Saint-Saëns, Chabrier, c’est absolument pour lui. Les fidèles du moins en sont persuadés. Il le sait, sans doute trop – déjà un soupçon de raideur dans la posture en témoigne, peut-être. Le Dromadaire n’en ouvre pas moins la marche du Bestiaire de Poulenc et Apollinaire comme en état de grâce, déjà. Nous retrouvons dans son art, qui pourrait ne pas en être – quelle est la part d’inné, la part d’acquis ? –, tout ce que nous y avions laissé, admiré quatre ans plus tôt, et qui nous oblige aujourd’hui à nous répéter.

    Ce qui, d’abord et avant tout, laisse pantois jusqu’à tirer des larmes, c’est la maîtrise absolue des résonateurs. Chaque voyelle, chaque consonne même, trouve l’exact chemin vers sa couleur naturelle, et cela sans sortir de la ligne, sans brouiller le souffle, pour aller s’épanouir acoustiquement loin, très loin, parce que le corps chante. Tout l’éventail dynamique en découle, et quelles couleurs ! Ce pourrait être suffisant, car c’est déjà immense. D’autres d’ailleurs s’en contenteraient. Et même de moins. Car d’aucuns, et parmi les plus adulés, ont jugé l’intelligibilité condition nécessaire et suffisante. Que l’émission permette la plus grande clarté d’articulation, et le tour était joué !

    Eh bien non ! Poulenc a beau dire que : « Chanter le Bestiaire avec ironie et surtout des intentions est un contresens complet » et Stéphane Degout y mettre la distance qu’il faut, ne pas même jouer pas là où d’autres, qui confondent la mélodie et le mime, surjouent – sans intention donc –, l’invention, elle, demeure, elle est la ligne poétique, ce lien secret qui unit les syllabes aux notes, et inversement. Le défi est là, et notre baryton le sait : tenir le sens toujours.

    Car sans le sens, les mots, même les plus limpides, restent dans leur coin, et somme toute ne valent rien. Quant à la musique seule, même avec des effets de vrai musicien, celui qui comprend les notes mieux que les mots, c’est souvent beau, mais cela ne veut rien dire non plus. Et cela fait, dans un cas comme dans l’autre, de la mélodie décorative, c’est-à-dire vaine. Stéphane Degout a dépassé toutes ces querelles d’école, il les domine, jusqu’à la question du « r », qu’il roule dans Hahn – ah ! ce Cimetière de campagne – et Chabrier, pas dans Poulenc et Saint-Saëns.

    Et pourtant, çà et là, il s’inquiète. Dans Sanglots, dernière des Banalités, il lâche un peu prise, peut-être parce qu’il vient de Paris, sa gouaille, son pied-de-nez, et que le coq-à-l’âne cher à Poulenc reste acrobatique, même pour celui qui en a assimilé l’esprit singulier. Dès lors, le Cimetière de Saint-Saëns s’ouvre comme un piège et la mémoire flanche – le baryton français, comme il le fait toujours, chante sans partition. Et la mémoire reflanche. La troisième sera la bonne. Mais le Tournoiement du Songe d’opium est plus fébrile que vertigineux. Même si supérieurement chanté, et dit.

    Les Poulenc qui suivent, la Grenouillère, puis les Calligrammes sont intouchables, sinon par lui-même quand il les refera, encore et encore, si sa carrière d’opéra lui en laisse le temps – mais quelque chose nous dit qu’il le prendra. Le voilà cependant qui de nouveau trébuche sur l’Ile heureuse de Chabrier. Et puis ? L’important, ce ne sont pas les trous, c’est ce qu’il y a autour, et c’est justement – nous nous répétons, mais nous vous avions prévenus – inapprochable. De pareilles Cigales et en bis un Paganini à ce point ciselé, donc goûté, nous pensions même que cela n’existait plus.

    Jadis royaume de Gérard Souzay, la mélodie française appartient désormais à Stéphane Degout. Pareil accomplissement se doit d’être gravé dans le marbre. Il paraît que c’est imminent !




    Abbaye de Royaumont,
    Le 30/08/2009
    Mehdi MAHDAVI

    Récital du baryton Stéphane Degout accompagné au piano par Hélène Lucas dans le cadre de la Saison musicale de Royaumont.
    Francis Poulenc (1899-1963)
    Le Bestiaire (Guillaume Apollinaire)

    Reynaldo Hahn (1875-1947)
    Trois jours de vendange (Alphonse Daudet)
    Le Cimetière de campagne (Gabriel Vicaire)

    Francis Poulenc
    Banalités (Guillaume Apollinaire)

    Camille Saint-Saëns (1835-1921)
    Mélodies persanes (extraits) (Armand Renaud)

    Francis Poulenc
    La Grenouillère (Guillaume Apollinaire)
    Calligrammes (Guillaume Apollinaire)

    Emmanuel Chabrier (1841-1894)
    L’Ile heureuse (Ephraïm Mikhaël)
    Chanson pour Jeanne (Catulle Mendès)
    Les Cigales (Rosemonde Gérard)

    Stéphane Degout, baryton
    Hélène Lucas, piano

     


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