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CRITIQUES DE CONCERTS 19 juin 2018

Nouvelle production de Mireille de Gounod mise en scène par Nicolas Joel et sous la direction de Marc Minkowski à l’Opéra de Paris.

Table rase
© Agathe Poupeney

Qu’il faille réhabiliter Mireille, la cause est entendue. De là à la surexposer dans la grande pompe de la soirée d’ouverture d’un mandat directorial ? D’autant que cette nouvelle production signée Nicolas Joel, qui fait très symboliquement d’une pierre deux coups, n’évite ni la ringardise ni le provincialisme dont le nouveau maître des lieux fut accusé a priori.
 

Palais Garnier, Paris
Le 14/09/2009
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Réglant une dernière fois ses comptes avec Paris à la veille de son départ, Gerard Mortier avait annoncé la Restauration. Ce sont plutôt les grandes heures de la IVe République qu’évoque la soirée d’ouverture de l’ère Joel au Palais Garnier, avec son grand escalier couvert de fleurs, ses rangs de ministres et de rosettes enrubannés, son ouverture à rideau fermé, comme on n’en avait plus entendu à la Grande Boutique depuis des années, autant de signes ostensibles jusqu’à la caricature d’un retour désiré et assumé aux vraies, aux justes valeurs du théâtre lyrique.

    Symbolique, le choix de Mireille l’est assurément. Mais l’adorable Provençale de Gounod et Mistral a-t-elle les épaules assez larges pour supporter le poids de tout un pan de répertoire national négligé non sans mépris par le prédécesseur de Nicolas Joel ? Le trésor national, régional même de Mireille, c’est son orchestre. Que d’aucuns y perçoivent Verdi, que d’autres y décèlent encore Mozart n’a à dire vrai que peu d’importance. Ce qui nous enivre, nous émeut, nous étreint, c’est cette finesse de touche, ce sens attendri du folklore, cette vertigineuse perméabilité à la couleur locale qui irradient toute la partition de Gounod, mais aussi les brumes mystérieuses du Val d’enfer, le soleil noir de la Crau, et même ce finale naïvement sulpicien.

    © Agathe Poupeney

    Marc Minkowski, qui a fait le pèlerinage sur les lieux de l’action, déborde comme toujours d’enthousiasme, battue ample et passionnée. Et sa lecture avance, mais d’un pas lourd, ponctuée de fanfaronnants tintamarres. Surtout, l’Orchestre de l’Opéra, estampillé le meilleur de France, le moins docile aussi, bâcle sans vergogne, en dérapages incontrôlés au Val d’Enfer, percussions, cuivres toutes voiles dehors et cordes baveuses, rétives à la moindre nuance. Le chœur s’exprime en français audible, ce qui est un progrès considérable, mais ces dames se dispersent, et ces messieurs ne connaissent pas la mesure. Pour Patrick Marie Aubert, que Nicolas Joel a amené avec lui du Capitole de Toulouse, le chemin est long, et parsemé d’embûches.

    Mais la spécialité du nouveau directeur n’est-elle pas – on nous l’a suffisamment rabâché – son art des distributions vocales, au sein desquelles les chanteurs français tiennent une place de choix, celle en somme qui leur est due sur la première scène nationale ? Alors ils sont venus, ils sont tous là. Alain Vernhes est toujours un modèle de diction, d’émission franche, même si Maître Ramon révèle çà et là qu’il n’est pas tout à fait inoxydable. Sylvie Brunet, Taven immense mais sans excès ogresques, incarne à elle seule la grande tradition perdue d’une école de chant qui n’en a pas moins repris quelques couleurs.

    Sans doute Nicolas Cavallier, dont l’allure en scène donne toujours le change, appartient-il à la génération sacrifiée, mais Amel Brahim-Djelloul s’épanouit avec fraîcheur, Sébastien Droy, dont le ténor si clair sera sans doute un jour celui de Vincent, chante admirablement la chanson d’Andreloun, neutralisant par là même la question du travesti, et l’Écho révèle le baryton percutant d’Alexandre Duhamel. Ourrias enfin colle assez parfaitement à Franck Ferrari, qui use avec délectation de ses voyelles de méchant d’opérette, et sait authentiquement animer le récit. Quel dommage que l’aigu détimbre à ce point !

    Une Mireille trahissant l’effort

    Charles Castronovo, lui, est américain, et cela ne s’entend qu’au détour de quelques syllabes, tant son français est cultivé. Sa ligne ne l’est pas moins, d’un legato trop italien peut-être, qu’accuse une émission sombrée, étouffant des harmoniques qui ne résistent aux assauts de l’orchestre que dans le haut de la tessiture. Inva Mula est à cet égard plus efficace, radieuse même dès lors que le pianissimo n’en reste pas au stade de l’intention. Sa Mireille trahit cependant l’effort, touchante par son côté petite femme puccinienne, mais perdant ses mots, jamais idiomatiques malgré de très audibles efforts, sous le soleil de la Crau. C’est que le rôle – elle le prenait – est impitoyable assurément, forçant la voix à emprunter des chemins de traverse, qui sont autant d’obstacles au déploiement serein de la phrase.

    Et puis la soprano albanaise joue vieux. Personne, il est vrai, ne l’en a empêché. Que la mise en scène de Nicolas Joel s’inscrive dans une ligne patrimoniale, rien n’est plus logique : il n’est pas aisé d’imaginer une alternative pour le théâtre de Mireille. Qu’elle soit à ce point minimale dans sa littéralité se révèle en revanche contre-productif, au point de desservir un ouvrage auquel Paris reprocha dès sa naissance ses allures provinciales.

    Homme de tant de décors somptueux, Ezio Frigerio a voulu faire simple, humble plutôt que carte postale. S’imposant la frontalité telle une contrainte, il frôle un misérabilisme niais que la lumière de soleil terne signée Vinicio Cheli a renoncé à éclairer. Pour voir ce à quoi pourrait et devrait ressembler Mireille, on se rendra donc à l’exposition présentée à la Bibliothèque-Musée du Palais Garnier pour admirer les dessins quintessentiels de Léo Lelée, également reproduits dans le programme.

    L’acharnement puéril et ostentatoire d’un spectateur penché à une loge latérale excepté, le geste de Nicolas Joel portant la main à l’oreille comme pour dire : « Ai-je bien entendu ? » aura suffi à faire taire les hueurs à l’issue d’une soirée inaugurale applaudie plus longuement que passionnément. Le Roi est mort, vive le Roi !




    Palais Garnier, Paris
    Le 14/09/2009
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production de Mireille de Gounod mise en scène par Nicolas Joel et sous la direction de Marc Minkowski à l’Opéra de Paris.
    Charles Gounod (1818-1893)
    Mireille, opéra en cinq actes (1864)
    Livret de Michel Carré, d’après Mirèio de Frédéric Mistral

    Chœur et orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Marc Minkowski
    mise en scène : Nicolas Joel
    décors : Ezio Frigerio
    costumes : Franca Squarciapino
    éclairages : Vinicio Cheli
    chorégraphie : Patrick Segot
    chef du chœur : Patrick Marie Aubert

    Avec :
    Inva Mula (Mireille), Charles Castronovo (Vincent), Franck Ferrari (Ourrias), Alain Vernhes (Maître Ramon), Sylvie Brunet (Taven), Sébastien Droy (Andreloun), Nicolas Cavallier (Maître Ambroise), Amel Brahim-Djelloul (Clémence), Anne-Catherine Gillet (Vincenette), Ugo Rabec (le Passeur), Christian Rodrigue Moungoungou (un Arlésien), Sophie Claisse (une Voix d’en haut), Alexandre Duhamel (l’Echo).

     



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