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CRITIQUES DE CONCERTS 21 février 2018

Nouvelle production de l’Opéra de quat’ sous de Weill mise en scène par Bob Wilson et sous la direction de Hans-Jörn Brandenburg, dans le cadre du Festival d’automne au Théâtre de la Ville, Paris.

Bob Wilson riche de l’Opéra de quat’ sous
© Lesley Leslie-Spinks

Le metteur en scène américain Robert Wilson est depuis trente-huit ans la vedette du Festival d’automne de Paris. Il y revient cette année encore avec un spectacle époustouflant au Théâtre de la Ville pour lequel les rares places s’arrachent et dans lequel il se renouvelle : l’Opéra de quat’ sous du tandem Bertolt Brecht-Kurt Weill.
 

Théâtre de la Ville, Paris
Le 14/09/2009
Nicole DUAULT
 



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  • La rentrée parisienne s’est faite sous le signe de Bertolt Brecht- Kurt Weill. Après les Sept péchés capitaux au TCE, voici l’Opéra de quat’ sous. Fascinant spectacle puisque c’est le Berliner Ensemble, fondé par Brecht, qui s‘est installé au Théâtre de la Ville, pour quatre représentations seulement. C’est là que le bât blesse. Il y en aurait eu une vingtaine, elles auraient toutes été remplies. Fort heureusement, une deuxième courte série a été programme tout début avril 2010.

    Mais les demandes de places devant le théâtre ont frôlé l’émeute. On ne comprendra jamais que l’offre ne corresponde pas à la demande. Certes, ce cas-là s’explique. Le Berliner est un théâtre d’alternance comme la Comédie-Française et ne peut s’absenter longtemps de sa base. Dont acte. Mais évoquer un spectacle magnifique que si peu de spectateurs ont vu est particulièrement frustrant pour tous les autres.

    Le Berliner est composé d’une troupe d’un professionnalisme, d’une rigueur, d’une homogénéité remarquables. Et ces comédiens savent aussi chanter ! Certes, ils sont sonorisés, mais peu importe. Ils ne la jouent pas lyrique mais expressionniste : les Songs de Weill ne sont-elles pas, d’ailleurs, aussi près du chant, de la parole et de l’image ?

    C’est cette fusion d’acteurs-chanteurs accompagnés dans la fosse par un petit orchestre de neuf musiciens qui convainc et séduit. Ces comédiens-chanteurs sont peu connus à Paris, à part Angela Winkler (Jenny), vedette de tant de productions. Les autres acteurs, véritables vedettes eux aussi, s‘appellent Stefan Kurt (Mackie), Veit Schubert (Peachum) ou encore Christia Drechsler (Polly).

    © Lesley Leslie-Spinks

    Évidemment, la star du spectacle, celui pour qui on a fait désespérément la queue devant le Théâtre de la Ville, c’est le metteur en scène américain Bob Wilson. Depuis le Regard du sourd, célébré jadis par Aragon qui avait estimé que Wilson avait renouvelé notre regard, tout Paris a été à ses genoux pour le pire, et pour le meilleur, dont cet Opéra de quat’ sous. Le tout Paris chic et choc est d’ailleurs à la première.

    Bob Wilson échappe pourtant par sa créativité à ce parisianisme exacerbé. Dans cet Opéra de quat’ sous, on retrouve certains de ses clichés. Qu’est-ce que la marque de Wilson ? Des images hiératiques transpercées par la lumière dans un décor minimaliste. On a vu tout cela à la Bastille comme au Palais Garnier, de Pelléas à Mélisande en passant par la Flûte enchantée : des spectacles de référence, tous dans le même esprit.

    Ce qui change cette fois, c’est que dans les mouvements déstructurés de ses interprètes, Wilson donne de la chair et de la densité. Songez donc à ces personnages qui jadis ne s’effleuraient jamais, même du bout des doigts. Là, ils se touchent, s’embrassent, se battent. Ils nous émeuvent dans un univers noir et blanc, tiré du cinéma muet, avec ces masques blafards dont sont habillés les visages. Wilson s’approprie les outrances de ce genre pour nous entraîner dans un univers de cynisme et de parodie qu’il sublime par son esthétique personnelle.

    L’histoire conte les amours de Mackie le surineur, roi de la pègre londonienne, qui épouse la fille du roi des mendiants. Cette mésalliance est arbitrée par un flic ripou. Drame et comédie avec la pendaison avortée de Mackie, cet opéra est une critique exacerbée du capitalisme outrancier. Aujourd’hui, en ces temps de crise financière, l’Opéra de quat’ sous n’a rien perdu de sa pertinence. Le public huppé de la première a beaucoup ri (jaune) de cette réplique : « Qui est le plus grand criminel, celui qui vole une banque ou celui qui en fonde une ? »

    Intense et émouvant, cet ouvrage vu par Bob Wilson est encourageant pour la suite des créations de cet artiste que l’on croyait à bout de souffle. Derrière des images stéréotypées, rabâchées, encore a-t-il réussi à nous étonner par un humanisme, une sensualité, une chaleur retrouvés et réinventés.




    Théâtre de la Ville, Paris
    Le 14/09/2009
    Nicole DUAULT

    Nouvelle production de l’Opéra de quat’ sous de Weill mise en scène par Bob Wilson et sous la direction de Hans-Jörn Brandenburg, dans le cadre du Festival d’automne au Théâtre de la Ville, Paris.
    Kurt Weill (1900-1950)
    Die Dreigroschenoper, opéra en un prologue et huit tableaux
    Livret de Bertolt Brecht d’après l’Opéra du gueux de John Gay

    Berliner Ensemble
    direction musicale : Hans-Jörn Brandenburg
    mise en scène, décor, éclairages : Robert Wilson
    costumes : Jacques Reynaud

    Avec :
    Jürgen Holtz, Traute Hoess, Christina Drechsler, Stefan Kurt, Axel Werner, Anna Graenzer, Angela Winkler, Georgios Tsivanoglou, Mathias Znidarec, Martin Schneider, Boris Jacoby, Christopher Nell, Dejan Bucin, Jörg Thieme, Uli Plessmann, Heinrich Buttchereit, Janina Rudenska, Ruth Glöss, Ursula Höpfner-Tabori, Anke Engelsmann, Gabriele Völsch, Gerd Kunath, Walter Schmidinger.

     



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