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CRITIQUES DE CONCERTS 07 décembre 2019

Concert du London Symphony Orchestra sous la direction de Valery Gergiev à l’Auditorium de Dijon.

Gergiev l’imprévisible

Ouverture de saison dijonnaise de haute volée, avec la venue à l’Auditorium du London Symphony Orchestra sous la direction renouvelée de Valery Gergiev, dans un programme Debussy-Chostakovitch où l’orchestre opère de bout en bout des prodiges, malgré la baguette ce soir rarement idiomatique de son directeur musical.
 

Auditorium, Dijon
Le 25/09/2009
Yannick MILLON
 



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  • La prĂ©sence du LSO en ouverture de saison de l’auditorium est le symbole fort de la volontĂ© d’excellence de l’équipe d’OpĂ©ra Dijon, qui a dĂ©jĂ  tissĂ© avec la phalange britannique des liens Ă©troits par le passĂ©, et notamment lors du rocambolesque concert Mahler que les musiciens avaient rĂ©ussi Ă  assurer alors que leurs instruments et partitions Ă©taient bloquĂ©s sur la cĂ´tĂ© anglaise.

    Pareille expérience ne s’oubliant pas, l’orchestre s’installe sur la scène de l’auditorium comme à la maison. Cette année, on croit tourner la page Mahler, pour un copieux programme Debussy-Chostakovitch tout aussi alléchant. On avait le souvenir, par ce même tandem, d’une Mer proche de l’esprit des Ballets russes à la salle Pleyel en avril 2007.

    Ce soir, si certaines options demeurent – la conception de l’œuvre entière en un bloc, notamment par l’enchaînement presque immédiat des mouvements –, on s’étonne d’une approche largement renouvelée, presque karajanesque, avec le tissage d’une lame de fond continue, et de la première à la dernière mesure un bourdonnement perpétuel dans le médium, un art des grandes transitions prenant le contre-pied de la spécificité debussyste du non-développement, ainsi qu’une incroyable fusion des timbres des bois, émergeant à peine d’une pâte sonore bien sombre, à l’exact opposé de la tradition française.

    Une version en noir et blanc, à la manière d’une eau-forte, une mer au ciel chargé, traversée de fulgurances orageuses à la Turner, qui dit à quel point d’un concert à l’autre, il ne faut jamais attendre la même exécution ni la même conception globale chez un Gergiev totalement imprévisible. De la même manière qu’il avait défendu la vision fauviste d’il y a deux ans, le LSO se plie avec maestria à ce nouvel exercice de style.

    La seconde partie de la soirée ne fera qu’enfoncer le clou de l’inattendu, au fil d’une 8e symphonie de Chostakovitch guère idiomatique, qui prend les dehors d’une formidable démonstration d’orchestre, privilégiant la matière et les mixtures sonores sur le vécu ou la notion de journal de guerre, dans une lecture abstraite, de pur concept, qui laisse toute latitude aux instrumentistes pour exposer leur superbe – des cuivres et percussions comme à la parade, des bois somptueux. Ce qui nous manquera le plus pendant cette heure de musique, c’est un vrai impact du quatuor – et notamment des cordes graves –, trop policé pour évoquer la dévastation des années de guerre.

    Tout en admirant la perfection de cette réalisation, on reste sur sa faim face à un exposé narcissique qui sacrifie par trop le sens au son – les cordes encore, qui croulent sous le plus beau legato, gagneraient à des attaques plus marquées, à moins de lissage des angles, à des altos plus mordants dans le mouvement central –, l’articulation à la phrase – les développements du premier mouvement s’effilochent à tant de raffinement, et manquent leur trajectoire d’inéluctable ; la trompette du moto perpetuo, par défaut de staccato, évoque plus la Danse napolitaine du Lac des cygnes que la référence acerbe à la Danse du sabre de Khatchaturian.

    En somme, on a l’impression que le chef ossète, à tant pratiquer Mahler dans le cadre de son enregistrement d’une intégrale des symphonies, tombe dans le péché du mahlérisme, au détriment de la griffe sonore crue et acérée d’un Chostakovitch authentiquement russe. Reste qu’on peut très bien succomber à cette approche occidentale faisant la part belle à l’aspect purement plastique, et qui, de la même manière que le Debussy qui avait ouvert la soirée, a quelque chose du pur hédonisme d’un Karajan.

    Comme quoi ce diable de Gergiev, qui ne nous était jamais apparu que comme un pur chef russe, a toujours un tour dans son sac pour brouiller les certitudes taxinomistes des critiques. Pour cela aussi, on se félicitera d’avoir fait le déplacement à Dijon !




    Auditorium, Dijon
    Le 25/09/2009
    Yannick MILLON

    Concert du London Symphony Orchestra sous la direction de Valery Gergiev à l’Auditorium de Dijon.
    Claude Debussy (1862-1918)
    La Mer, trois esquisses symphoniques (1905)

    Dimitri Chostakovitch (1906-1975)
    Symphonie n° 8 en ut mineur, op. 65 (1943)

    London Symphony Orchestra
    direction : Valery Gergiev

     


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